INTERVIEW
Réseau AEFE : prise en compte du handicap
3 juin 2014

Absence de structures de soins, politiques nationales diverses sur le handicap, prise en compte des élèves étrangers, barrière de la langue, représentations du handicap dans l’imaginaire collectif… les contextes particuliers à l’étranger rendent difficilement transposable dans les établissements du réseau la Loi du 11 février 2005 sur l’inclusion des élèves handicapés. Myriam Grafto, adjointe au chef du service pédagogique de l’AEFE et IEN spécialiste du handicap, dresse un état des lieux sur le dispositif à l’étranger.

On s’adapte en personnalisant les aménagements particuliers

Interview de Myriam Grafto, IA-IPR , adjointe au chef du service pédagogique de l’AEFE

Combien y a-t-il de situations de handicap dans le réseau AEFE ?

3048 élèves à besoins spécifiques ont été recensés dans 254 établissements sur la base d’une enquête auprès des 480 lycées du réseau (AEFE et homologués). Sont inclus les élèves dont le handicap est reconnu par une MDPH en France, ceux qui n’ont fait l’objet d’aucun diagnostic médical ou dont le dossier est en cours et les élèves étrangers qui ne peuvent avoir recours à une MDPH.

Quelles sont les zones géographiques les plus représentées ?

De nombreux cas ont été recensés en Europe ibérique, en Amérique du Nord et dans la zone Maghreb/Machrek mais tous les établissements n’ont pas encore répondu à l’enquête.

Quels sont les troubles constatés ?

Tous les troubles sont représentés et, comme en France, les plus fréquents sont les troubles spécifiques des apprentissages  [3]. En France, ces troubles sont diagnostiqués par un « Centre de référence » des troubles du langage et des apprentissages.

Comment les situations de handicap sont-elles dépistées dans le réseau AEFE ?

Deux situations sont possibles : soit l’élève arrive dans l’établissement avec un dossier déjà constitué auprès d’une MDPH, soit il fait l’objet d’un signalement de la part de l’enseignant et de l’équipe éducative. Pour le dépistage comme pour le suivi, il est parfois difficile de trouver un médecin référent dans le pays de résidence. Le diagnostic peut alors être fait à l’occasion d’un séjour de la famille en France. Avec ou sans reconnaissance du handicap, les besoins spécifiques de l’élève sont pris en compte : il peut bénéficier d’un dispositif particulier mis en place par l’établissement, la Loi de 2005 n’est pas toujours « transférable » à l’étranger.

Qui sont les intervenants ?

Les moyens sont très différents d’un pays à l’autre, quand ils existent. Selon les endroits, l’établissement peut avoir recours au médecin scolaire ou à celui de l’ambassade, à l’infirmière de l’école, au RASED (au Maroc), à un psychologue scolaire ou libéral... Aujourd’hui, une situation de handicap n’est plus un obstacle à l’expatriation des familles, alors il faut faire face.

Que fait-on en l’absence de ces moyens ?

On s’adapte en inventant des aménagements particuliers, avec l’accord de la direction de l’AEFE. Un élève agoraphobe, par exemple, a pu bénéficier d’un enseignement personnalisé à domicile.

Quel dispositif l’AEFE a-t-elle mis en place pour venir en aide aux établissements ?

L’Agence a instauré un document PPS spécifique pour tous les établissements de l’étranger qui tient compte des particularités du réseau. Ainsi, à défaut de postes d’enseignants référents à l’étranger, le « référent » du projet peut-être le directeur, un adjoint ou un enseignant spécialisé. Le PPS est validé par le proviseur, après réunion de l’équipe éducative, mais il peut-être réutilisé et validé par la MDPH (dont le choix relève de la famille). Le PPS précise l’ensemble des adaptations envisagées et les modalités de prise en charge des soins  [4].

Que faudrait-il pour améliorer le dispositif ?

Le service pédagogique va rédiger un Vademecum concernant les auxiliaires de vie scolaire (AVS), les établissements et les familles. Ce texte précisant les modalités d’accompagnement, le positionnement et les règles de déontologie pour les auxiliaires de vie scolaire est en préparation. L’AVS doit aider l’élève à acquérir une plus grande autonomie. C’est pour cela qu’un accompagnement à temps plein (même demandé par les parents) n’est pas toujours souhaitable.

505 AVS pour 3000 élèves en situation de handicap (17% ), est- ce suffisant ?

Tous les enfants n’ont pas besoin d’AVS et un AVS peut suivre plusieurs élèves. En France, le nombre d’AVS varie selon les départements. Les dotations horaires auprès des élèves dépendent de chaque MDPH.

Comment les AVS sont-ils embauchés ?

Une convention tripartite est signée entre la famille, l’établissement, et l’AVS afin de cadrer précisément son intervention et sa quotité horaire.

A l’étranger, les AVS sont rémunérés par les familles. Quelles sont les aides possibles pour la prise en charge des AVS ?

Les parents peuvent prétendre à une prise en charge via les bourses scolaires ou solliciter une aide exceptionnelle auprès du consulat. L’entreprise du père ou de la mère contribue parfois au salaire de l’AVS. Les services sociaux de la ville (comme à Zurich) peuvent aussi assurer tout ou partie de la rémunération, voire mettre l’AVS à disposition de la famille, mais c’est loin d’être le cas partout. Le recours à un AVS à temps plein pour plusieurs élèves d’une même école peut aussi permettre de réduire les coûts (A.V.S mutualisé).

Comment professionnaliser et pérenniser les emplois d’AVS ?

Cela ne relève pas de la compétence du service pédagogique de l’Agence. Pour l’instant, il n’existe pas de diplôme d’AVS. Les AVS à l’étranger sont souvent des étudiants, des jeunes en quête d’emploi ou des parents d’élèves.

Des stages de formation pour enseignants et AVS sont-ils envisagés ?

Des IEN ASH sont recrutés à l’AEFE. Dix huit stages de formation continue sont organisés dans le réseau sur la thématique du handicap (notamment sur les TSA). Cependant, une formation type pour les AVS semble difficilement envisageable, compte tenu de la diversité des situations de handicap. Il convient surtout de bien définir le type d’accompagnement proposé dans le cadre du PPS.

Des modules de formation seront-ils mis en ligne sur Magister ?

Magister est en train de se mettre en place. Des documents sur le handicap sont déjà en ligne sur Eduscol. Il convient également d’alimenter les ressources de l’espace pédagogique sur le site de l’AEFE.

A défaut de postes d’expatriés supplémentaires, faut-il revoir les missions des enseignants ASH, notamment en Tunisie ?

Une évaluation du dispositif en Tunisie est envisagée et pourra conduire à ajuster les missions des enseignants spécialisés en charge de l’ASH. Dans tous les cas, l’organisation de l’enseignement spécialisé au sein du réseau AEFE ne pourra évoluer vers des CLIS ou des ULIS dans le réseau.

En tant que adjointe au service pédagogique, comment intervenez-vous dans le dispositif ?

Je sers de relais et de conseil auprès des chefs d’établissement dans la gestion des situations de handicap. J’interviens au niveau des séminaires de zone, auprès des directeurs (dont certains ont le CAPASH) et des chefs d’établissements. J’anime également des stages de formation continue. Les enseignants sont très volontaristes et j’essaie de faire évoluer leur perception du handicap de façon plus positive. Les choses bougent dans le bon sens...

Et l’adaptation des locaux ?

Toute nouvelle construction tient compte des normes en vigueur. C’est parfois plus difficile pour les anciens bâtiments mais les situations individuelles nécessitant beaucoup d’aménagements matériels sont très rares dans le réseau.