Dossier "Travail enseignant, le pari du collectif"
Rep+ à Evreux : 54 h pour reprendre souffle
1er février 2016

Depuis l’année dernière les enseignants du Rep+ Pablo Neruda d’Évreux dans l’Eure bénéficient de 9 journées annuelles d’allègement de service. Où l’on voit comment des moyens supplémentaires en temps, en formation, en maître plus, peuvent avoir un impact sur la vie et le travail d’une équipe.

« Ici, le travail en équipe, ce n’est pas une option, c’est une nécessité » affirme Frédéric Dourgas, enseignant en CE2 à l’école Romain Rolland d’Évreux (27). Il est vrai que dans le REP + Pablo Neruda dont fait partie l’école, la prise en charge collective des élèves et la mise en place de parcours concertés de réussite sont impératives.

Ouvrir les portes des classes et parler pédagogie

Alors quand l’équipe a pu bénéficier dès l’année dernière des 9 journées d’allègement prévus pour les REP + elle a accueilli favorablement ce temps supplémentaire hors de la présence des élèves. « C’est une forme de reconnaissance de la difficulté de notre travail au quotidien, dit Nathalie Lagouge, la directrice de l’école. Ça permet de souffler, de se poser pour réfléchir et aussi de mieux se connaitre entre nous, donc de faire équipe plus rapidement en accueillant les nouveaux ». Dès le début, le planning de ces 54 heures a vite été rempli. France Barbot, la CPC qui accompagne l’équipe détaille leur contenu : « nous avons commencé par permettre à tous les enseignants d’aller voir leurs collègues faire classe en changeant de cycle ou d’école. Il y a eu ensuite des temps d’échanges de pratique puis des temps de formation plus didactique et enfin des temps de travail collectif par équipe de cycle mais aussi en inter-degrés, intercycles ou inter-écoles ».

Résultat, une formation différente parce qu’accompagnée, inscrite dans la durée et suivie en équipe. Au fil des journées, on dresse un inventaire des problèmes rencontrés dans les classes, on assiste à une conférence de la chercheure Valérie Barry sur la résolution de problèmes, on s’approprie le référentiel de l’éducation prioritaire, on s’initie à l’analyse des gestes professionnels à partir du multi agenda de Dominique Bucheton (voir Les ressources), on lance de nouveaux projets, on prend le temps de discuter des affichages ou des traces écrites, …« Les choses vont plus vite, dit Laurence Bauchet qui occupe le poste « plus de maîtres que de classes , les portes des classes se sont ouvertes et la pédagogie revient au cœur des discussions. » Sans doute est-ce lié à l’apport spécifique du « maitre + » mais pas seulement. Le fait de suivre ces 9 journées ensemble installe des objets de travail et un langage communs et cela a facilité les échanges. « Ce qui marche dans une classe est mis en place dans une autre, confirme Frédéric, on mutualise beaucoup, des documents, des outils, des méthodes de travail, et puis on ose davantage et on expérimente ». Au final, ce qu’on apprécie le plus ici c’est d’avoir un peu plus de temps, « du temps pour savoir ce que pensent et font les autres, du temps pour approfondir et affiner ». Du temps pour le travail en équipe et une équipe qui voit très bien maintenant comment le mettre à profit.

BREVES

Maternelle & collège : un projet de réseau

«  Maths en mat  », ce sont des collégiens décrocheurs qui viennent animer des ateliers mathématiques à l’école maternelle. C’est un projet initié par le collège et l’école Joliot Curie qui se situent tous deux dans le REP + Pablo Neruda d’Évreux pour redonner du sens aux apprentissages et donner une autre image de l’école aux parents comme aux jeunes. Pour Françoise Sudre, la directrice de la maternelle, ce projet inter-degrés doit aussi aux 9 journées d’allègement de service. D’abord parce qu’elles ont permis les rencontres et les échanges nécessaires entre enseignants du premier et du second degré ensuite parce qu’elles ont donné du temps pour son élaboration.

Une autre formation : « Apprendre à enseigner »

En s’appuyant sur de nombreux travaux de recherche qui décrivent et analysent le travail enseignant au plus près du terrain, Valérie Lussi Borer, universitaire et formatrice suisse et Luc Ria, porteur de la chaire Unesco «  Former les enseignants au XXIe siècle  » proposent un ouvrage collectif intitulé «  Apprendre à enseigner  ». On y trouvera «  un panorama des problématiques, des outils, des espaces impliqués dans l’apprentissage du travail enseignant  » et des expérimentations qui visent à faire évoluer les modalités de formation. Image Apprendre à enseigner sorti aux PUF en janvier 2016

Gestes professionnels : un modèle pour décrire le métier En décrivant et en analysant les préoccupations, les gestes professionnels et les postures des enseignants à travers son « multi agenda », Dominique Bucheton permet de mieux comprendre le métier enseignant. A la dernière Université d’automne du SNUipp, la professeure en sciences du langage et de l’éducation a montré pourquoi un travail sur des gestes professionnels plus ajustés et renouvelés devait être au cœur de la formation. Voir l’interview