Rentrée en REP : tout nouveau, tout beau ?
17 septembre 2015

Une rentrée en éducation prioritaire

Plus de maîtres que de classes, mise en place d’une Toute-petite-section, le classement en REP des écoles du quartier de Netreville à Évreux (27) a permis l’octroi de nouveaux moyens. Comment sont-ils accueillis par les enseignants en cette période cruciale de la rentrée ?

Éducation prioritaire ? On est saisi d’un doute lorsqu’on découvre l’école Paul Éluard, dans le quartier de Netreville à Évreux. Bâtiment sommaire inchangé depuis sa construction express dans les années 70, murs décrépits, cour bétonnée et exiguë... la volonté de donner plus à ceux qui ont moins ne semble pas être la préoccupation majeure des équipes municipales qui se sont succédé.

L’école élémentaire de 6 classes bénéficie pourtant du nouveau classement en REP comme 5 autres de ce quartier « sensible » de la préfecture de l’Eure. Heureusement, lorsqu’on pénètre dans l’école en ce jour de pré-rentrée, on est vite rassuré sur la détermination de la jeune équipe d’enseignants à accueillir comme il se doit leurs jeunes élèves : les cahiers s’empilent, fraîchement parés d’étiquettes impeccables, tables et chaises vont et viennent à la recherche de la configuration idéale, date du lendemain et messages de bienvenue sont déjà écrits au tableau... Le premier conseil des maîtres enregistre les inscriptions de dernière minute et jongle avec le casse tête des emplois du temps. Cette année, la mise en place de la nouvelle politique de l’éducation prioritaire va faire passer de 1,5 à 3 postes le nombre de maîtres supplémentaires du réseau.

Des dispositifs qui demandent du temps

Malorie Cauchoix occupe le poste de plus de maîtres (PMQC) pour la deuxième année. La montée en charge du dispositif va lui permettre de consacrer désormais près de la moitié de son temps d’enseignement à l’école Eluard. Avec ses collègues, elle a affiné le projet initié l’an dernier en l’orientant en direction du cycle II et des élèves en difficulté . « Je vais commencer par réaliser des évaluations diagnostiques dans les classes pour constituer des groupes de besoin, l’idée est de concevoir mes interventions par période : première période auprès des CP/CE1, puis au fur et à mesure consacrer plus de temps aux grandes sections ». Les enseignants concernés se félicitent du « confort d’enseigner à deux dans la classe » ainsi que de l’éventail des modalités d’apprentissages rendues possibles. Mais Guillaume Gamain, le directeur, évoque aussi « la complexité à mettre en place le dispositif » et « l’accompagnement insuffisant » qui leur donnent parfois l’impression d’être livrés à eux-mêmes. Malorie déplore également « le manque de pilotage ». Car les enseignants, contrairement à ceux qui exercent en REP+, ne bénéficient pas des 18 journées dégagées pour le travail en équipe et le suivi du projet. Heureusement, l’IEN de la circonscription leur octroie une certaine souplesse pour s’organiser pendant les 108 heures ou sur le temps d’animation pédagogique. Echaudés par les réformes qu’ils ont vu défiler ces dernières années : maître supplémentaire déjà, CP à 10 élèves... l’équipe attend avant tout que les moyens s’installent de façon pérenne et fiable pour travailler sur la durée.

Il ne faut pas que ça soit seulement une vitrine...

À la maternelle Christophe Colomb toute proche, c’est une autre nouveauté de l’éducation prioritaire qui focalise l’attention. Un local préfabriqué vient d’être adjoint aux quatre classes en dur pour accueillir une quinzaine d’enfants de moins de trois ans. Solène Gréard, recrutée sur ce poste de toute petite section était déjà enseignante de l’école et connaît le quartier. Cela lui a sans doute permis d’entrer avec plus de facilité dans une démarche nouvelle. En compagnie de la directrice Françoise Horlaville, de l’IEN maternelle, elles ont déterminé, avec le concours du centre social et des acteurs du programme de réussite éducative de la ville, les familles prioritaires dont les enfants intégreront la nouvelle classe. Pour Françoise « côtoyer ces partenaires nous permet de sortir de notre cercle un peu trop fermé et de mieux appréhender la réalité des familles de nos élèves ». Autre richesse : « La nécessité de repenser le fonctionnement de notre école en fonction de ces tout jeunes enfants qui rejaillit forcément sur toutes les classes. » Solène prépare sa rentrée avec enthousiasme « Il faut réfléchir à tous les détails qui permettront d’accueillir les tout-petits dans les meilleures conditions : l’aménagement de la classe avec un coin motricité à demeure, des espaces pour s’isoler, la souplesse des horaires et aussi la place importante laissée aux parents ». L’investissement de l’Éducation nationale et aussi de la mairie qui a débloqué un poste d’ATSEM à temps plein est révélateur de l’importance donnée au projet. Mais Claudine Beaudoin, l’enseignante de grande section s’interroge : « Comme le PMQC, c’est un dispositif intéressant mais il ne faut pas que ça soit seulement une vitrine. Cette année je commence l’année avec 27 élèves. »


Trois questions à Marc BABLET, chef de bureau à la DGESCO
Marc Bablet travaille à la direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) où il est en charge de la politique de l’éducation prioritaire et des dispositifs d’accompagnement. Il livre ici le point de vue institutionnel sur la mise en place des REP et des REP +.

Le travail en éducation prioritaire suppose-t-il une approche particulière de la part des enseignants ?

Enseigner en éducation prioritaire est à la fois le même métier que partout ailleurs et en même temps les conditions de l’exercice du métier n’y sont pas les mêmes : les élèves rencontrant des difficultés pour comprendre et apprendre y sont plus nombreux qu’ailleurs. C’est pourquoi, lors des assises de l’automne 2013, les personnels réunis ont proposé des perspectives de travail adaptées qui sont rassemblées dans le référentiel de l’éducation prioritaire. Enseigner plus explicitement pour que les élèves aient une claire conscience des buts des tâches scolaires, des procédures à utiliser, des savoirs à mobiliser, les motiver par les progrès réalisés sont des actes professionnels qui sont encore plus nécessaires en éducation prioritaire. Les besoins du travail collectif, du travail avec les parents et les partenaires également. L’éducation prioritaire donne des orientations souvent exemplaires qui peuvent valoir pour tous les territoires.

Les réseaux dits préfigurateurs livrent-ils des enseignements quant à la mise en oeuvre des nouveaux dispositifs ?

Les 102 REP+ préfigurateurs ont permis de bien préparer le travail pour les 248 REP+ qui les rejoignent à la rentrée 2015 en mettant notamment en évidence ce que l’on peut attendre sur le plan des organisations du travail collectif. Le travail conduit dans les écoles REP+ ou REP où est implanté le dispositif « plus de maîtres que de classes » est en particulier reconnu pour son intérêt pédagogique et pour la dynamique d’équipe qu’il permet de développer. Les enseignants de maternelle se sont aussi très largement engagés dans l’accueil des moins de trois ans qui appelle un travail conjoint avec les municipalités pour un accueil de qualité. Le travail conduit dans le cadre du conseil école/collège semble particulièrement bien développé en éducation prioritaire où la notion de réseau a donné l’habitude d’un travail partagé.

Comment accompagner les équipes, comment développer la formation ?

Le développement de la formation est un enjeu particulièrement important notamment dans les académies où les personnels qui exercent en éducation prioritaire sont jeunes. C’est la raison pour laquelle 200 personnes ont été formées pour accompagner les équipes prioritairement dans les REP+ mais aussi progressivement en REP. Le développement de la formation passe aussi par l’amélioration progressive du remplacement.


Ressources

Le référentiel de l’éducation prioritaire
Elaboré lors des assises de l’automne 2013, le référentiel de l’éducation prioritaire se propose d’offrir un cadre structurant à l’ensemble des acteurs de l’EP. Il définit six priorités parmi lesquelles l’acquisition du « lire, écrire, parler », le lien avec les parents d’élèves, le recours au travail collectif. Un outil intéressant pour bâtir des projets de réseau et d’école même si l’on peut regretter les difficultés à mettre en oeuvre la priorité 6 : « accueillir, accompagner, soutenir et former les personnels... »

- Le référentiel de l’éducation prioritaire

Le site de l’OZP
L’association « Observatoire des Zones Prioritaires » (OZP), créée en 1990, a pour objectif de favoriser les échanges et la réflexion sur l’éducation prioritaire et plus largement sur la lutte contre l’échec scolaire et l’exclusion dans les territoires de la politique de la ville. Son site, très complet et actualisé régulièrement, offre une mine d’informations, de références et de ressources sur l’éducation prioritaire, ses élèves et ses établissements.

- Le site de l’OZP

Evaluer les politiques d’Education prioritaire
Psychologue et statisticien, Marc Demeuse est professeur à l’Université de Mons (Belgique). Il consacre une partie de ses recherches aux politiques ciblées (ZEP, discriminations positives …), notamment dans une perspective comparative. En 2013, à l’Université d’automne du SNUipp-FSU, Marc Demeuse s’interrogeait sur la nécessité d’une évaluation des politiques d’Éducation prioritaire, pointant ses bénéfices et ses risques.

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