Maternelle 
Remise en forme !
7 avril 2013
  (1 vote)

Alors que le ministère veut redonner toute sa spécificité à l’école maternelle, re-questionner ses formes scolaires particulières est un vrai défi d’avenir. [Fenêtres sur cours] ouvre le dossier.

« La maternelle, elle a tout d’une grande ! » En voulant faire la promotion de l’école maternelle pour dire toute son importance dans le développement de l’enfant, certains ne croyaient pas si bien dire. La petite école aurait parfois tendance à se prendre pour la grande. Ce glissement vers une forme de « primarisation », les IGEN Viviane Bouysse et Philippe Claus l’ont pointé dans un rapport paru en 2011. Ils estiment que « depuis 1989, les cycles pédagogiques qui devaient mieux articuler les deux structures ont produit un amalgame tel que le modèle scolaire élémentaire a envahi toute l’école maternelle ». Si bien qu’au final les inspecteurs font ce constat désolant : « il n’y a plus guère aujourd’hui de spécialistes de cette école ». Après les années de dénigrement où il n’était pas question de former des enseignants « pour changer des couches culottes » puis ces années où la maternelle était avant tout considérée comme une propédeutique à l’élémentaire, voici venu semble-t-il le moment de remettre les pendules à l’heure. C’est du moins l’ambition affichée par le projet de loi d’orientation et de programmation de l’école qui fait l’objet du débat parlementaire. « Les missions de l’école maternelle seront redéfinies afin de lui permettre de jouer pleinement le rôle majeur qui doit être le sien dans la prévention des difficultés scolaires et la réduction des inégalités », annonce le ministère. Le texte met l’accent sur les conditions d’accueil des moins de trois ans dans les zones prioritaires ; 3 000 postes y seraient consacrés. Sa spécificité est de nouveau soulignée : « la formation dispensée dans les classes et les écoles maternelles favorise l’éveil de la personnalité des enfants, conforte et stimule leur développement affectif, sensoriel, moteur, cognitif et social. Elle les initie et les exerce à l’usage des différents moyens d’expression. » Le texte de loi propose « des approches éducatives qui visent à développer la confiance en soi et l’envie d’apprendre » et la GS réintègre pleinement le Cycle 1.

Réinterroger les formes scolaires de la maternelle

L’école maternelle semble soumise à un mouvement de balancier. Un bémol est mis sur l’usage du papier-crayon et des fiches, qui ont peu à peu envahi les classes de moyenne ou grande section. Voici (re)venu le temps du développement de l’enfant. En vérité, la maternelle ne s’est jamais complètement éloignée de cette mission première, preuve en est la persistance des formes scolaires qui lui sont propres : l’atelier, le coin jeu, les rituels. Il ne s’agit pas pour autant de revenir à un âge d’or de la maternelle si tant est qu’il n’ait jamais existé, mais de réinterroger des formes scolaires qui ont vu le jour avec les mouvements d’éducation populaire des années 40, puis ont été revisitées à la lumière des valeurs sociales issues de mai 68. Et cela, à la lueur des enjeux d’aujourd’hui, notamment celui d’endiguer cette difficulté scolaire qui continue de frapper entre 15% et 20% des élèves à la sortie de l’élémentaire. Dans ce contexte la question de la formation se pose avec acuité. Plus que jamais il faut mettre en place une formation spécifique solide, prenant en compte le travail des enseignants et les missions de l’école maternelle. Mais il faut aussi tirer parti des acquis de la recherche afin de revitaliser les savoirs professionnels.

Construire des progressions qui vont de l’avant

La création d’une centaine d’IEN maternelle en 2009, aurait pu aller dans ce sens. Le bilan reste contrasté selon les départements. A certains endroits cela a pu permettre l’émergence de véritables « pôles pédagogiques » comme dans l’académie de Dijon avec des ressources, des actions de formation. Mais ces expériences ne doivent pas rester l’exception, elles doivent au contraire constituer un point d’appui qui accompagne les changements annoncés pour la maternelle. Bien entendu, il serait exagéré de dire que la formation ne prend jamais en compte les besoins des jeunes enfants. La preuve, à l’école Sophie Condorcet de Valence, dans la Drôme, c’est bien parce que le travail fait à l’IUFM avec une équipe de l’IREM de Bordeaux les a conduit à se questionner sur la pertinence de certaines formes de travail que les enseignants ont remis en question l’organisation a priori des ateliers et choisissent la forme de travail en fonction d’objectifs précis. A Varennes dans la Meuse, c’est aussi avec le concours d’un IEN que les enseignantes de l’école sont passées « des coins jeu aux espaces jeu comme lieux d’apprentissage ». Mais comme tout le monde n’a pas la chance d’avoir un IEN concerné sous la main, autant savoir que certaines ressources se trouvent en ligne même s’il reste difficile de transmettre une pratique par le web. Il y a les sites officiels institutionnels, tels que Néopass, mais aussi des outils issus du terrain, de la mutualisation des pratiques, c’est le cas de maternaile.net, site créé par Christine Lemoine, enseignante en Seine-et-Marne et dont elle a ressenti le besoin quand, débutante en classe unique maternelle elle se sentait « très isolée ». Cependant, ces ressources ne peuvent se substituer à des véritables temps de formation pour aider les enseignants. Tout cela doit contribuer au final à la mise en place d’une organisation des activités qui soit au service des apprentissages. Pour Alain Houchot, inspecteur général, il faut « d’abord réfléchir à ce que l’on peut organiser avec de très jeunes enfants et ensuite en déduire ce qu’on pourra mettre en place dans les classes suivantes ». Autrement dit, pour réussir la maternelle il faut construire des progressions qui vont de l’avant et non plus à rebours.

Lire :

- Le Fenêtres sur cours n° 382


Voir aussi :

- l’interview de Viviane Bouysse : à l’école de la maternelle
- l’interview de Mireille Brigaudiot : mais à quoi sert la grande section ?