Dossier "La classe partagée : une valeur ajoutée"
« Reconnaître les dimensions collectives du travail »
7 mars 2016

3 questions à Marie Toullec-Théry, Maître de conférences en sciences de l’éducation, membre du Comité national de suivi du dispositif « Plus de maîtres que de classes »

En quoi « le plus de maîtres que de classes » a-t-il questionné la forme traditionnelle « un maître une classe » ?

Le dispositif repose sur un système de nécessités et de contraintes. Travailler avec d’autres impose d’ouvrir sa classe, de montrer, d’expliciter ce que l’on fait et donc d’utiliser un langage professionnel commun. Ce n’est ni habituel ni simple. Travailler avec d’autres, c’est aussi interroger ses habitudes et ses certitudes pour construire des relations professionnelles symétriques, et passer d’une logique de périmètre (ma classe, mes élèves) à une logique de réseau. Ces dimensions collectives sont indispensables, mais nécessitent d’être attentifs à ne pas diluer les apprentissages au profit des organisations.

Quels points de vigilance en ce qui concerne le co-enseignement ?

Partager le travail, c’est faire en commun, mais aussi séparément. Il est alors nécessaire de négocier les responsabilités de chacun, de trouver des terrains d’entente, d’éprouver des systèmes de valeurs qui ne sont pas forcément partagées. Il s’agit aussi d’anticiper, de préparer la classe et de se tenir à la planification décidée ensemble. En effet, un enjeu majeur dans le travail partagé est de se donner les moyens d’assurer la continuité des apprentissages. Le risque est sinon de créer des systèmes « étanches » où ce que fait l’un n’est pas connecté à ce que fait l’autre.

Quel travail partager ?

La question de la classe partagée monte en puissance parce que le nombre de dispositifs et de temps partagés augmente. Il est spécifique au premier degré car dans le second, rares sont les classes où deux professeurs se partagent une même discipline. Travailler à plusieurs demande de discuter des manières de faire apprendre, mais aussi des manières d’enseigner et donc des situations d’enseignement / apprentissage à mettre en œuvre. Si on occulte ce que l’on fait faire aux élèves, on passe alors à côté de ce qui est important dans ce travail à deux. Avec le « plus de maîtres », les enseignants ont d’abord parlé d’organisation puis ils se sont davantage centrés sur le didactique, les obstacles que rencontrent les élèves et comment les élucider. C’est à cette condition que les enseignants peuvent élaborer des systèmes qui ne soient pas concurrents ou étanches, mais complémentaires.


L’ensemble du dossier

- Présentation du dossier
- Une classe, deux ou trois maîtres ?
- « Reconnaître les dimensions collectives du travail » - 3 questions à Marie Toullec-Théry, maître de conférence en sciences de l’éducation, membre du Comité national de suivi du dispositif « Plus de maîtres que de classes »
- Une équipe à Beynost (01)
- Vitruve (75)
- « L’enjeu fondamental, c’est la polyvalence des enseignants » - Entretien avec Pascale Garnier, sociologue