DOSSIER : « POUR QUE L’EQUIPE DECOLLE »
« Reconnaître les dimensions collectives du travail »
28 août 2015

Trois questions à Patricia CHAMPY-REMOUSSENARD, professeure en Sciences de l’Éducation à l’Université Lille3

Au sens de l’analyse du travail, comment définir un collectif de travail ?

Il faut distinguer les collectifs de travail, qui n’existent pas dans toutes les situations, et les dimensions collectives du travail qui, elles, sont génériques et universelles. L’activité de travail relie forcément les individus les uns aux autres et des cultures professionnelles collectives en découlent. Le collectif de travail, lui, peut être formel ou informel. Il peut en effet être imposé par l’institution, donc contraint, ou bien être choisi et naître des initiatives des acteurs. Mais les rapports de coopération dans un collectif ne peuvent pas être réellement prescrits car ils ressortent d’une dynamique issue des rapports entre les individus. Et comme le collectif a aussi sa propre autonomie, le travail d’équipe prescrit n’est jamais celui qui est effectivement réalisé.

En quoi peut-il être une ressource professionnelle  ?

C’en est une à plusieurs titres. D’abord parce qu’un collectif permet de dialoguer et de partager autour de l’expérience vécue. Ensuite parce qu’il permet de s’engager dans des débats et des controverses professionnelles. Les recherches montrent que ces échanges sont des garants de la santé au travail car ils favorisent une inter-connaissance, des formes de solidarité et d’entraide et peuvent aider les individus à analyser ensemble les situations de travail. Enfin le collectif permet la mutualisation et la transmission de l’expérience au sein du groupe professionnel. Il faut cependant pour cela de la confiance et celle-ci est plus difficile à trouver quand le collectif est contraint ou manque de stabilité.

Y a-t-il une spécificité du travail collectif des enseignants ?

Les enseignants, étant toujours sous le regard des enfants, sont sans doute davantage à la recherche du regard des autres adultes. Ils ont besoin du collectif d’adultes et de pairs pour être reconnus, valorisés, pour trouver des appuis et rompre leur solitude. Pourtant, le recrutement, la formation et l’évaluation des enseignants ne prennent pas assez en compte ces dimensions collectives du travail. Comme ailleurs dans le monde du travail, on note actuellement tout à la fois une volonté de renforcer le collectif et, paradoxalement, une individualisation des rapports sociaux.


Lire aussi :
- Questions vives n° 21/2014 : Le travail collectif des enseignants en question(s)


L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier
- Ensemble, c’est tout ?
- « Reconnaître les dimensions collectives du travail » / Trois questions à Patricia CHAMPY-REMOUSSENARD
- Alençon : Avec du temps...
- Un collectif choisi : l’AGEEM , précieuse en Gironde
- Entretien avec Vincent Dupriez : « Tout a été fait pour séparer les enseignants »