Sur la piste des Papous
Quand l’ethnologie donne du sens aux apprentissages
18 mars 2016

A Gennevilliers (92), dans la classe de Philippe Nicolas, les différents domaines d’apprentissages sont travaillés dans le cadre d’un projet en lien avec l’ethnologie.

Drapeau au mur, composition d’orchidées, aquarium aux multiples poissons… A l’école élémentaire Gustave Caillebotte de Gennevilliers, la Papouasie Nouvelle-Guinée est à l’honneur. Et tout particulièrement dans cette classe de CM1.

«  Là sur la photo, c’est nous dans la rue quand on a accueilli Mundiya.  » Sur le cliché, tout sourire au milieu des enfants, on peut voir un homme avec un bâtonnet dans le nez et portant une coiffure traditionnelle. « Le monsieur, c’est un Papou de la tribu des Hulis. Il est venu dans notre école parce qu’on voulait rencontrer quelqu’un du bout du monde, quelqu’un qui vit dans les forêts et qui parle aux animaux  » racontent les élèves. En tant que chef traditionnel, Mundiya Kepanga a été invité à participer à la COP21 à Paris et il est intervenu à l’Unesco sur le problème de la déforestation. «  Notre rencontre avec Mundiya s’inscrit dans un projet pédagogique qui vise à faire prendre conscience aux enfants de l’importance de consulter l’héritage des cultures premières pour comprendre le sens d’habiter la Terre en lien avec la nature  » explique alors Philippe Nicolas, l’enseignant de la classe. Mêlant approche anthropologique et approche scientifique, le projet se décline dans les différents domaines d’apprentissage des programmes, «  en donnant du sens au socle commun  ».

Un expédition naturaliste dans les Hautes-Alpes

De par sa démarche d’investigation, l’ethnologie se présente ici comme un support favorisant l’acquisition des connaissances et des compétences scolaires. A travers l’étude des sociétés primitives, elle permet à l’élève de progresser dans ses apprentissages. Ainsi depuis septembre, la classe a déjà travaillé sur la culture papoue (avec la réalisation d’un bestiaire), sur la faune (avec l’installation d’un aquarium dans la classe) et sur la flore de Papouasie (avec l’installation d’un mur végétal dans le hall de l’école). Et un séjour en classe transplantée dans les Hautes Alpes sera l’occasion pour les élèves de «  vivre à la manière des Papous  » le temps d’une expédition naturaliste.

Aussi, en cette période de l’année scolaire, ce qui occupe tous les esprits, c’est la conception et la réalisation d’une embarcation montable-démontable. Apporté par l’enseignant, un véritable canoë en bois trône au milieu de la classe. C’est à partir de son observation que les élèves vont être amenés à réfléchir à la conception de leur propre canoë, dont ils vont ensuite réaliser les plans, aidés par des élèves du lycée professionnel Charles Petiet de Villeneuve-la-Garenne. A travers la réalisation des pagaies, ils vont aussi travailler la symétrie et réfléchir à comment fonctionne la propulsion. Sans oublier de s’entraîner à la synchronisation des gestes pour faire avancer l’embarcation…

Une pédagogie de projet qui vise à rendre l’élève acteur de ses apprentissages

Par sa transversalité, le projet ne se contente pas de définir des savoir-faire. Il définit également des savoir-être, comme «  prendre soin de soi pour prendre soin des autres, développer son autonomie, développer de la persévérance, s’investir dans son rôle sans prendre celui des autres, découvrir que nous y arrivons mieux ensemble que tout seul, donner son meilleur plutôt que d’être le meilleur  ». Motivation plus importante, meilleure compréhension de l’information, capacités de recherche, d’analyse et de résolutions de problème accrues… Cette pédagogie de projet vise à rendre l’élève acteur de ses apprentissages. Pour Philippe Nicolas, également docteur en sciences de l’Éducation, «  se lancer dans un tel projet demande beaucoup d’énergie et d’investissement. Mais au-delà de l’aventure pédagogique, c’est une formidable aventure humaine. La pédagogie de projet est avant tout une pédagogie coopérative, qui vise à redonner à chacun l’estime de soi, sans l’exigence de la note. Pour une école qui permet à chacun de s’émanciper.  »


« S’intéresser à l’universalité de l’homme » : Trois questions à Sylvie Teveny, ethnologue, spécialiste des Inuits

Sylvie Teveny est responsable de l’association “Inuksuk-espace culturel inuit” et médiatrice culturelle pour l’association “Ethnoart”, qui propose une initiation à l’ethnologie en milieu scolaire de la maternelle au lycée.

Quelle peut être la place de l’ethnologie à l’école primaire  ?

L’ethnologie s’intéresse à l’universalité de l’homme à travers la diversité des cultures. À l’école primaire, elle peut avoir une place très large car elle est en mesure de participer très amplement à l’acquisition du socle commun des connaissances et des compétences scolaires. Elle peut couvrir tous les domaines d’apprentissages, de la maîtrise de la langue française à celle des sciences en passant par la géographie, les arts, le sport etc.

En quoi l’ethnologie peut donner du sens aux apprentissages scolaires  ?

La sensibilisation à l’ethnologie en milieu scolaire vise à inviter les élèves à vivre l’expérience du décentrement, c’est-à-dire à découvrir des manières de vivre et de se représenter le monde, sans les juger d’emblée, pour interroger ensuite leurs propres pratiques et représentations. Tout en aidant à lutter contre les préjugés, les comportements ethno-centrés, les stéréotypes racistes et sexistes, elle permet aux élèves de mieux comprendre leur environnement et développe en eux une plus grande autonomie et un esprit d’initiative.

Quels conseils donnez-vous à un enseignant qui voudrait se lancer dans un projet en lien avec l’ethnologie  ?

Le principal conseil est de mettre en place une collaboration avec des intervenants extérieurs spécialistes des cultures étudiées et/ou spécialistes de l’initiation à l’ethnologie en milieu scolaire.Par ailleurs, afin de transmettre des informations les plus justes possibles aux élèves, les supports visuels et sonores (photographies, vidéos, présentations d’objets) sont certainement les plus parlants dans un premier temps. Enfin, il importe de laisser une large place au débat, de favoriser la prise de parole de tous, tout en veillant à ce que les élèves découvrent différentes cultures sans les hiérarchiser et sans jugement de valeur.


Ressources

Ethnologie contemporaine : favoriser les apprentissages

L’association «  Ethnologues en herbe  » invite les enseignants à enrichir leurs pratiques pédagogiques grâce aux méthodes et ressources de l’ethnologie contemporaine et en particulier les techniques de l’enquête ethnographique. Pour favoriser les apprentissages, promouvoir une meilleure compréhension de la diversité culturelle, combattre les stéréotypes et les préjugés, favoriser le dialogue interculturel et l’échange de points de vue. Des ateliers d’ethnologie en milieu scolaire sont proposés.

- Le site de l’association «  Ethnologues en herbe  »

Ethnologie ludique : permettre à chacun de s’exprimer

L’association «  Images Solidaires  » allie l’ethnologie et la vidéo pour permettre à tous de s’exprimer, sans distinction d’âge, de sexe, de nationalité. Des ateliers d’ethnologie ludique sont proposés dans les écoles. L’ethnologie ludique repose sur une pédagogie active et participative qui s’inspire à la fois de l’ethnologie (méthodes, contenus), de l’animation de groupe (jeux-débats, enquêtes ethnographiques) et de la création audiovisuelle (apprentissages techniques, moyens d’expression, de création, supports aux échanges).

- Le site de l’association «  Images Solidaires  »

Ethnologie et arts : s’approprier les méthodes ethnologiques

L’association «  EthnoArt  », qui regroupe des ethnologues et des artistes, a pour objectif d’œuvrer à la diffusion des méthodes et des savoirs ethnologiques qui permettent d’interroger les faits culturels et de société, participant ainsi à la déconstruction des stéréotypes. Pour ce faire, elle propose des ateliers d’initiation, où les élèves de l’école élémentaire pourront s’approprier la méthodologie de l’ethnologue, essentiellement fondée sur l’observation, la description et l’analyse de faits sociaux.

- Le site de l’association «  EthnoArt  »