Dossier "Lecture | Apprendre à comprendre"
Projet lecture à Alençon (61) | Pour comprendre le film
4 avril 2016

Développer chez les élèves des stratégies pour la compréhension fine d’un texte, c’est l’objectif d’un travail en co-intervention des enseignants de l’école et du collège d’un REP+ normand.

Ce matin, dans la classe de Thomas Gouhier à l’école La Fontaine d’Alençon classée en REP+, il y a deux enseignants avec les élèves de CM1-CM2. Vanessa Ozenne, qui enseigne le français au collège Louise Michel est là aussi, dans le cadre d’un projet de liaison École-Collège. Un projet issu d’une analyse partagée des évaluations des élèves en lecture et d’un travail effectué par les équipes enseignantes et les conseillers pédagogiques du réseau.
La classe travaille depuis plusieurs semaines sur un ouvrage de littérature jeunesse : Le vieux fou de peinture. « Ça se passe où ? Qui sont les personnages ? Quelles sont leurs intentions, que pensent-ils ? » demande Thomas à propos du chapitre qu’on étudie aujourd’hui. Il utilise une procédure développée par Lector-lectrix, qu’il a mise à sa main, pour amener les élèves à développer des stratégies de compréhension, à « se faire le film » de la scène.
Car de fait, les difficultés de ses élèves « résident moins dans le déchiffrage ou la fluidité de la lecture, à peu près acquis pour le plus grand nombre, que dans la compréhension fine du texte » souligne Thomas. Vanessa relit le texte avec les élèves qui se répartissent ensuite en groupes et miment la scène à tour de rôle. On en discute ensemble, pour s’assurer qu’il ne manque rien, que tous les éléments du « film » sont bien compris et restitués.

Regards croisés

« Des procédures qui sont d’ailleurs transférables à d’autres situations d’apprentissage », relève le maître qui les utilise aussi dans le cadre de productions d’écrits, ou de l’étude de textes documentaires, en histoire par exemple. Et puis il y a cet intérêt, que tous deux relèvent, à échanger sur leurs pratiques qui ne sont pas forcément les mêmes à l’école et au collège mais qui ont pour but d’aider les élèves à construire du sens : « traquer l’implicite, repérer des inférences, les reprises nominales par exemple » détaille Vanessa. Cette coopération va maintenant nourrir la réflexion des enseignants du réseau qui vont concevoir ensemble de nouvelles progressions en français pour l’ensemble du nouveau cycle III. Un travail collaboratif permis par les fameuses « heures de pondération » attribuées dans le cadre du dispositif REP+.

EN BREF

GRUFFALO
UN APPRENTISSAGE MONSTRE


Voici un exemple d’apprentissage explicite et intensif de la compréhension dans des ULIS-école proposé par Sylvie Cèbe maître de conférences à l’Espé de Clermont Ferrand et Isabelle Lardon CPC ASH. A partir du livre
 « Le Gruffalo », elles ont élaboré et mis en œuvre un scénario pédagogique pour « apprendre aux élèves à raconter tout seuls une histoire à quelqu’un qui ne la connaît pas ». Les vingt séances qui le composent visent à leur « apprendre à construire une représentation mentale, rappeler et reformuler les idées principales du texte pour les mémoriser ».

Un mémoire de recherche rend compte de ce travail.

« Enseigner la compréhension en lecture à des élèves avec déficience intellectuelle : A quelles conditions ? Avec quels outils ? Et pour quels résultats ? » Mémoire de Master 2, Isabelle Lardon et Mickaël Billebault.

Voir aussi FSC N° 417
EN BREF

CAISSE À OUTILS
DEUX APPROCHES COMPLÉMENTAIRES


Comment travailler les compétences pour comprendre ? Certains proposent des outils exerçant des compétences particulières qu’ils convient ensuite de transférer dans la lecture de textes littéraires ou informatifs. C’est le cas de « Stratégies pour lire au quotidien » (Canopé), de l’outil numérique TACIT (Université de Rennes) ou encore de « Je lis je comprends » développé par le groupe départemental de prévention de l’illettrisme 36.

D’autres comme Lector & Lectrix ou son petit frère Lectorino & Lectorinette (Retz) proposent des activités de compréhension multidimensionnelles intégrées à la lecture des textes.
EN BREF

LEXIQUE
LES MOTS EN CONTEXTE


Parce que le vocabulaire, sorti de son contexte, n’est rien qu’une liste de mots et parce que tout est point d’appui pour comprendre un texte, Patrick Joole, maître de conférences en langue et littérature françaises à l’Espé de Versailles propose des objectifs qui associent le vocabulaire à la lecture
 et à la production d’écrit. Invité de 
la dernière Université d’automne
 du SNUipp, il détaille une démarche 
en situation, basée sur l’étude des champs lexicaux et sémantiques.

Rubrique Métier / Témoignages

L’ensemble du dossier

- Présentation du dossier
- La lecture en panne de sens
- « Apprendre à lire le discours des disciplines » - 3 questions à Martine Jaubert, Professeure en sciences du langage et didactique du français, à l’Espé d’Aquitaine – Université de Bordeaux
- Travail en équipe à Châteauroux (36)
- Projet lecture à Alençon (61)
- « Un enseignement explicite de stratégies » - Entretien avec Maryse Bianco, maître de conférences en sciences de l’éducation