Trois question à Olivier Burger IEN et chercheur
Programmes maternelle : "Construire les apprentissages avec souplesse"
8 janvier 2015

Trois questions à Olivier Burger, IEN et chercheur associé à l’équipe Circeft-ESCOL de l’université Paris 8

Programmes maternelle : « construire les apprentissages avec souplesse »

Quel regard portez-vous sur le premier projet de nouveaux programmes pour la maternelle ?

Nous passons d’un programme maternelle structuré autour de domaines d’activités à un projet qui met en avant les apprentissages et la compréhension des élèves. La particularité de l’élève de maternelle, un élève en devenir, y est affirmée, ainsi que la place fondamentale de l’école maternelle. C’est plutôt bon signe. C’est donc un bon projet mais en l’état, ce n’est pas un programme utilisable parce qu’il appelle plus de précisions. Ce texte pourrait être davantage perçu comme une déclaration d’intention que comme un ensemble d’objectifs à mettre en œuvre. Le domaine d’apprentissages « explorer le monde » est très représentatif de ce manque, que faut-il enseigner pour apprendre aux élèves à « commencer à identifier ce qui est vivant » ?

Précisément, les enseignants attendent des repères progressifs. Ils craignent aussi une primarisation. Vous partagez cette analyse ?

La demande de repères est légitime mais il faut faire attention. Ils doivent permettre de construire des apprentissages avec assez de souplesse pour permettre à tous les élèves d’apprendre et se développer à leur rythme. On ne peut pas avoir les mêmes exigences en petite section, pour deux enfants ayant par exemple un écart d’âge de six mois. Cet écart ne peut être gommé par une progression normée par section. Quant à la primarisation, c’est un vrai danger. Nous avons vu apparaître ces dernières années, en grande section particulièrement, mais pas uniquement, des modes de faire importés de l’élémentaire : beaucoup de fiches, d’activités papier/crayon... La spécificité de démarches propres à la maternelle doit être réaffirmée au service de tous les élèves. Fixer les attendus de fin d’école maternelle donne le cap, mais n’impose rien sur la façon de l’atteindre et le franchir.

Changer les programmes suffira-t-il à restaurer l’école maternelle ?

Ça ne suffira évidemment pas. Le projet évoque la liaison école élémentaire/école maternelle. C’est l’une des pistes de travail fortes pour permettre à l’école maternelle de reprendre la place qu’elle a perdue ces dernières années. J’évoquerais même la liaison premier et second degré : de la maternelle au lycée, enseigner, c’est le même métier ! Restaurer l’école maternelle suppose aussi de modifier les pratiques, d’essayer de nouvelles choses, d’imaginer de travailler sans atelier, d’envisager des activités spécifiques uniquement pour quelques élèves, de partir de ce dont les élèves ont besoin de mobiliser pour entrer dans une activité... Autant de pistes de travail qui supposent de la formation.