Citoyenneté
Programme d’EMC : trop flou et trop lourd
11 avril 2015

Dès la rentrée prochaine, l’éducation morale et civique (EMC) devrait remplacer l’instruction civique actuelle. Si les principes généraux vont dans le bon sens, les indications pour la mise en oeuvre apparaissent trop floues et trop lourdes. Ce 10 avril, le CSE ne les a d’ailleurs pas majoritairement approuvées.

Au Conseil Supérieur de l’Education (CSE), le ministère a présenté hier des nouveaux programmes d’Enseignement moral et civique (EMC) pour la rentrée prochaine qui remplaceront l’instruction civique et morale des programmes 2008. Organisés en quatre parties (la sensibilité, la règle et le droit, le jugement, l’engagement ), ils affichent l’objectif de permettre aux élèves de devenir progressivement conscients de leurs responsabilités dans leur vie personnelle et sociale et d’apprendre à vivre ensemble en respectant les différences et les points de vue de chacun. 

L’esprit...

Dans l’esprit, les intentions sont bonnes et inscrivent cet enseignement dans la vie de la classe et à travers des activités ciblées (débats réglés, jeux de rôle, rencontres avec la littérature de jeunesse et œuvres mythologiques…). Ce programme présente donc des orientations générales intéressantes en rupture avec certaines prescriptions des programmes de 2008. 

...et la lettre

Pour autant, du côté des indications pour aider à la mise en œuvre dans les classes, ces programmes font preuve d’un vrai flou sur plusieurs points : 

Les grilles horaires
Pour 2015, l’EMC s’inscrira de manière transitoire dans les 78 heures jusqu’ici consacrées à l’instruction civique et morale (78h qui englobent aussi l’histoire et la géographie). Pour 2016, avec les nouveaux programmes de cycle, on ne connaît pas les horaires de ce même enseignement d’EMC. Encore du changement à prévoir pour 2016 ? 

Les repères pédagogiques
En présentant des « connaissances, compétences et attitudes visées » saucissonnées en quatre parties cloisonnées ( la sensibilité, la règle et le droit, le jugement, l’engagement ) le projet d’ensemble apparaît donc totalement éclaté. Cela donne un effet d’empilement réduisant l’enseignement à un travail sur des connaissances et compétences juxtaposées, au contraire des principes annoncés qui demandent à juste titre de conduire un enseignement transversal.

En somme, ces programmes ne fixent pas clairement ce qui est attendu en fin de cycle et n’offrent pas de repères de progressivité. On fait mieux pour aider à la mise en œuvre.

L’évaluation
Neuf objectifs de formation très généraux, 21 sous-compétences en cycle II, et 18 en cycle III, ces programmes ne présentent pas d’attendus de fin de cycle qui sont pourtant des points de repères pour mettre en place les programmations. Le renvoi aux enseignants pour évaluer s’apparente à un “débrouillez-vous” qui va les obliger à inventer des grilles sur les grilles des programmes en sachant que certaines compétences liées à la sensibilité et aux comportements (empathie, prendre soin de soi...) ne sont pas évaluables comme le rappelle l’introduction des programmes. Alors, pourquoi les avoir laissé dans les tableaux ?

Le temps politique avant celui de la pédagogie

Au final, ces programmes apparaissent insuffisamment pensés pour leur mise en œuvre. Le SNUipp a demandé qu’ils soient retravaillés pour être opérationnels. Pour le syndicat, cela nécessite qu’ils soient reportés de fait à la rentrée 2016 pour entrer en vigueur en même temps que l’ensemble des programmes sur un horaire stabilisé. Il est regrettable que le ministère impose un texte insuffisamment abouti pour la rentrée prochaine avec le seul souci d’afficher dans les médias un changement de programme comme un réponse aux attentats de janvier dernier. Le temps politique semble bien prendre le pas sur les intérêts pédagogiques et professionnels…
En conséquence, le SNUipp-FSU a refusé de voter ce projet de programme.