Présentation du dossier "Formation continue : un besoin permanent"
16 octobre 2013

« La formation continue est indispensable. Il faut s’attendre à ce qu’en 2013-2014 et 2014- 2015 nous ayons encore des tensions sur les postes ». Dans un entretien accordé à la presse début septembre, Vincent Peillon annonce clairement la couleur : pas d’amélioration en vue avant 2016. De toute évidence, le ministre de l’Éducation nationale n’a pas tout à fait tiré les conclusions du rapport de l’Inspection générale sur la formation continue publié durant l’été. Il reste au milieu du gué, reconnaissant d’un côté son importance mais n’ayant pas les moyens nécessaires. Pourtant, la formation continue n’a jamais été aussi affaiblie. Les inspecteurs généraux estiment en effet qu’elle « est plutôt insatisfaisante et rare ». Dans leur état des lieux, ils pointent à la fois l’inadéquation du système aux besoins des enseignants, mais aussi une diminution importante du nombre de jours de formation et des budgets qui y sont consacrés depuis 2006 (lire l’article).

Curieuse posture alors qu’est engagée depuis le mois de septembre la mise en oeuvre de la « refondation ». Cette dernière met en place de nouveaux dispositifs, le plus de maîtres que de classes, la scolarisation des moins de trois ans, et par ailleurs prévoit de nouveaux programmes. Peut-on envisager de réformer l’école avec des enseignants qui en resteraient avec pour tout bagage autre que leur expérience, ce qu’ils ont appris durant leur formation initiale ?

Ce n’est pas en tout cas ce que déduit l’OCDE de ses enquêtes internationales. Eric Charbonnier, un de ses experts, note « que les réformes, quand elles touchent à la formation professionnelle, sont parmi les plus efficaces pour la réussite des élèves ». Et de citer les exemples de la Finlande, le pays champion de PISA qui a assorti sa réforme dans les années 70 d’une solide politique de formation, ou encore d’un autre premier de la classe, le Canada où les enseignants expérimentés retournent régulièrement à l’université pour y transmettre leur expérience aux jeunes enseignants (lire l’article).

Mais, avec ou sans réforme, la formation continue reste une nécessité. Qu’on le veuille ou non le métier évolue. Il le fait pour répondre à chaque nouvelle injonction de l’institution qui demande par exemple de scolariser des publics à besoins particuliers, de faire de la différenciation ou de prendre en charge de nouveaux enseignements comme les langues vivantes. Le métier évolue aussi sous le coup des nouvelles technologies, de l’évolution des savoirs et des connaissances, des apports de la recherche aujourd’hui trop peu diffusés dans le primaire ou encore des pratiques pédagogiques nouvelles.

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À ce titre, on peut même dire que la formation continue fait partie intégrante du métier d’enseignant. Le SNUipp-FSU y voit un « droit qui doit être effectif » (lire l’article)). Or, les promesses du ministre ne rassurent pas vraiment. Le texte de loi qui définit la réforme ne change pas grand-chose à ce qui était prévu jusque là, il se contente de reformuler pour les ESPE les missions anciennement dévolues aux IUFM.

Formation à distance

Une mesure a toutefois été prise avec la création de M@gistère, plateforme numérique de formation à distance (lire l’article). Le risque est que l’outil ne vienne se substituer à la remise en place d’une solide formation continue. Pour autant, il s’inscrit dans la perspective de ce que l’on appelle désormais la formation hybride. En effet, entre la formation exclusivement à distance et la formation exclusivement en présence du formateur, il existe un moyen terme qui associe les deux manières de procéder, mais ce doit rester un entre deux.

Comme le souligne Serge Leblanc, formateur à l’IUFM de Montpellier, « la principale difficulté est de mettre en place un accompagnement dans les formes à distance qui soit perçu comme réaliste, acceptable et utile par les acteurs ». (lire l’entretien)Par ailleurs, il faut veiller à diversifier l’offre de formation, à ce qu’elle ne soit pas déséquilibrée au profit de contenus trop institutionnels afin de répondre aux besoins individuels des enseignants et des équipes.

Pour les formateurs, maillon particulièrement indispensable du système et tout aussi en besoin de formation continue, les attentes sont également fortes. EMF, CPC, témoignent du manque d’accompagnement de l’institution, qui pèse tout particulièrement sur les nouveaux (lire l’article). Le ministère s’apprête à ouvrir un « chantier » dédié au métier. Parmi les groupes de travail constitués l’un d’entre eux abordera le thème des formateurs. Toutes les questions préoccupant les personnels devront être mises sur la table et trouver des réponses.

Le département de l’Eure apporte un exemple atypique de ce qui peut être fait pour maintenir un bon niveau de formation continue en évitant les dérives. Le « distanciel » ou l’hybride qui y font leur apparition n’ont pas éliminé le « présentiel ». La recette : un DASEN convaincu, attribuant des moyens dédiés avec le maintien d’une brigade de remplacement (lire l’article). La situation est, il faut hélas le souligner, assez rare. Selon l’enquête réalisée sur le sujet par le SNUipp en septembre dans une vingtaine de départements, seulement trois ont vu leurs volumes de formation continue augmenter à la rentrée, et encore cela est principalement dû à l’augmentation du nombre d‘animations pédagogiques. Dans six autres les volumes étaient stables et, pour les restants la baisse était avérée, voire très lourde. Il est temps d’inverser la tendance !

L’ensemble du dossier :

- Présentation du dossier "Formation continue : un besoin permanent"
- Lier métier et recherche
- Rapport IGEN : des moyens insuffisants
- M@gistère : La mise à distance
- Plan départemental de formation : Le cas atypique de l’Eure
- « Pour améliorer la réussite des élèves »
- Formateurs : Un besoin criant…
- En bref
- « Faire parler le métier réel »