Dossier " Éducation prioritaire : ambition réussite"
Présentation du dossier " Éducation prioritaire : ambition réussite"
3 octobre 2013

Le ministère a précisé les modalités d’organisation des assises de l’éducation prioritaire. Depuis la remise au chef de l’Etat en octobre 2012 du rapport sur « la Refondation de l’école de la République », la révision des dispositifs est à l’ordre du jour. Des pistes avaient été avancées, comme la fin des labels et l’attribution de moyens sur la base du taux d’élèves en difficulté, qui posent bien des questions. Alors que la concertation est sur le point de s’ouvrir, force est de constater cependant que rien ne semble avoir été tranché rue de Grenelle. En octobre, les personnels des réseaux de l’éducation prioritaire bénéficieront d’une demi-journée banalisée pour donner leur avis. Ces consultations seront suivies d’assises académiques et inter-académiques en novembre. Six questions doivent être abordées : les pratiques pédagogiques, l’accompagnement et la formation des personnels, les modalités du travail en équipe, en réseau, en partenariat, le pilotage et l’évaluation, l’allocation des moyens, la carte de l’éducation prioritaire. Il s’agit de sujets cruciaux pour qui veut améliorer le paysage de l’éducation prioritaire, là où se joue la bataille contre les inégalités scolaires. La forte concentration d’un insoutenable échec scolaire reste bien le problème majeur des écoles d’éducation prioritaire. Les écarts de réussite entre les élèves en EP et les autres ne cessent de croître et ce malgré l’engagement important des équipes enseignantes (lire l’article). 15 à 20% des élèves arrivent en 6e avec des difficultés en français et en maths, environ 150 000 jeunes sortent du système éducatif chaque année sans qualification ni diplôme. L’éducation prioritaire avait été pensée comme un dispositif censé corriger les inégalités scolaires et sociales en apportant plus à ceux qui ont moins, il est grand temps de relancer la machine.

Un émiettement des moyens

En réalité, les ZEP n’ont jamais connu de vraies priorités, les relances annoncées depuis 30 ans n’ayant jamais été menées jusqu’au bout et ce dans un contexte d’accroissement des inégalités et de recul de la mixité sociale. Le nombre d’élèves et d’écoles concernés a plus que doublé depuis 1982, année de création des premières ZEP. Du coup, la discrimination positive qui prévalait il y a trente ans s’est progressivement diluée. Par exemple, le nombre d’élèves par classe entre les écoles de l’EP et les autres n’est plus suffisamment significatif pour peser sur le taux de réussite des élèves. Partout le constat est le même : empilement des dispositifs, émiettement des moyens, faiblesse de l’accompagnement, absence de formation, difficultés des conditions d’exercice du métier. La concertation se prépare avec en toile de fond le projet de loi de réforme de la politique de la ville à laquelle les politiques de l’EP ont toujours été adossées. Le ministre de la ville François Lamy a annoncé une concentration des moyens sur un nombre réduit de zones urbaines sensibles. Quelles en seront les incidences dans le domaine de l’éducation prioritaire, pour les élèves et les enseignants ? La carte de l’EP sera-t-elle purement et simplement calquée sur celle des quartiers sensibles au risque d’ignorer les problématiques spécifiques à l’école ? De même est posée la question du devenir les territoires ruraux et ultramarins qui eux aussi concentrent parfois des taux élevés d’élèves en difficulté (lire l’article). Une nouvelle carte redessinée ne doit pas conduire à une sortie brutale synonyme de pertes de moyens pour les équipes et de fin des indemnités pour les enseignants. En juillet 2013 le Comité interministériel pour la modernisation de l’action publique rendait un rapport sur lequel le ministre entend s’appuyer. Il considérait que les principaux leviers de réussite reposent sur le travail en équipe et la co-intervention. Il préconisait de favoriser les temps d’échange et les actions de formation, soulignant l’importance des postes ou missions spécifiques (Rased, remplaçants, coordonnateurs réseaux, maîtres référents). Bref, il n’y aura pas de relance de l’éducation prioritaire sans que ne soit posée la question des pédagogies qui lui sont propres, nécessitant accompagnement et formation.

Faire reculer l’échec et les inégalités scolaire

On ne fera pas bouger les résultats des élèves sans un développement sans précédent de la formation initiale et continue, et sans un approfondissement des relations entre recherche et formation. Aujourd’hui, la nature des difficultés des élèves est connue (lire l’article). Le SNUipp plaide pour un déploiement à grande échelle du « plus de maîtres que de classes » qui doit offrir de nouvelles manières de travailler auprès des élèves : petits groupes, décloisonnement, co-intervention… Sur le terrain, les équipes ont développé une expertise dont le ministre ferait bien de s’inspirer. La recherche s’est elle aussi longuement penchée sur la question. Parfois cela donne lieu à des pratiques efficaces, comme à Besançon dans le Doubs où en jouant sur les règles de vie, l’équipe éducative a su remettre tout le monde au travail, au service des apprentissages (lire l’article). « Il faut poser des collectifs de professionnels, leur faire confiance et s’appuyer sur les expériences » ajoute le président de l’OZP, Marc Douaire (lire l’entretien). Enseignant-chercheur, Jean-Yves Rochex regrette toutefois que les enseignants de l’éducation prioritaire aient été mobilisés « sans pour autant les outiller et sans que soit organisée une véritable réflexion collective sur la nature des pratiques sociales et professionnelles susceptibles de faire reculer l’échec et l’inégalité scolaires » (lire l’entretien). Or, c’est tout l’enjeu de la prochaine réforme de l’éducation prioritaire.

Sommaire du dossier :

- Présentation du dossier " Éducation prioritaire : ambition réussite"
- Pour une relance ambitieuse de l’EP
- L’EP en chiffres
- « L’heure est à la décision politique »
- Métier : Des éclairs d’héroïsmes
- en BREF
- Cartographie : Quel dessein pour la géographie prioritaire ?
- « Généraliser la dotation inégalitaire »