Dossier "Éducation musicale : en mode mineur ou majeur ?"
Présentation du dossier
8 octobre 2016

Les nouveaux programmes réaffirment le rôle et la place de l’enseignement musical à l’école. Des objectifs ambitieux compromis par une diminution du nombre d’heures d’enseignement, le manque de formation initiale et continue, le peu de moyens débloqués par les partenaires de l’école et les obstacles rencontrés par les enseignants. Comment bien faire ?

Sur le papier il n’y a pas de dissonance entre les acteurs de l’éducation. Ils louent ses vertus pédagogiques : enseigner la musique à l’école primaire, que du bonheur pour les élèves. Mais dans la vraie vie, les choses ne sont pas si simples. Pour les nouveaux programmes il n’y a pas d’équivoque. La musique « est souvent la première occasion pour les élèves de se produire en public. Elle leur permet de développer leur esprit d’équipe et de collaboration, elle contribue à leur intégration et élargit leur culture générale ». Les pratiques de chant en classe, les chorales, les classes orchestres sont encouragées. Mais si elle reconnaît les apports de l’enseignement musical, si elle identifie les bonnes pratiques, l’institution ne se donne pas les moyens d’atteindre ses propres objectifs.

Les programmes entrés en vigueur en 2015 pour la maternelle et cette année pour les cycles 2 et 3 en sont la première illustration. Pour l’enseignement de la musique, intégré à l’éducation artistique, ils ne manquent pas d’ambitions. Ils sont plus détaillés que ceux de 2008 qui tenaient en quelques lignes et ils vont crescendo, identifiant les compétences et les progressions. Mais dans le même temps, le nombre d’heures qui doivent y être consacrées diminue : pas de quotas horaires en maternelle, mais 9 heures en moins au C2 et 6 heures au C3. Pour le SNUipp-FSU, difficile dans un temps plus contraint d’arriver aux objectifs fixés (lire ici).

À chacun sa partition

La réforme des rythmes n’est pas sans conséquence non plus. Elle se traduit par des après-midis plus courts (ou un de moins par semaine), ce qui rend plus compliquée l’organisation de séquences musicales. Les élèves étant toujours plus réceptifs en début de journée, c’est sur la matinée que sont généralement concentrés les enseignements fondamentaux, ce qui laisse moins de temps pour d’autres disciplines. L’inspection générale, dans son rapport de juin 2015 sur l’efficacité pédagogique de la réforme des rythmes scolaires, le dit elle-même. « La réorganisation des enseignements semble avoir surtout bénéficié au français, aux mathématiques, qui étaient déjà favorisés dans les répartitions horaires et qui se repositionnent majoritairement sur les cinq matinées. Les sciences, les arts et surtout l’éducation physique et sportive, apparaissent un peu plus encore qu’auparavant en danger », affirment les rédacteurs du texte.

La mise en place des Temps d’activités périscolaires ajoute aussi de la confusion. Qui fait quoi ? Enseignants d’un côté, animateurs de l’autre, chacun doit pouvoir jouer sa partition. Autre fausse note, les moyens débloqués par le ministère et par les partenaires de l’école. Ils ne sont pas souvent au diapason avec les exigences des programmes. Ils génèrent des inégalités territoriales, mais aussi là où certains dispositifs sont mis en place, des inégalités d’accès entre les élèves.

Comment faire pour organiser une classe orchestre ? Où trouver instruments, structure support quand c’est nécessaire ? Et pour le chant, sur quelles compétences s’appuyer ? Faut-il faire appel à des intervenants extérieurs et à qui en revient la charge ? Quand ça fonctionne, c’est parfois parce qu’il y a une forte implication de toutes les parties.

Pour la classe orchestre de CE2 de l’école Jules Ferry à Bressuire, dans les Deux-Sèvres, tout est réglé comme sur du papier à musique. Il faut dire que de nombreux acteurs se sont mobilisés : les collectivités, le conservatoire, le centre socio-culturel, avec à la clef des financements, la mise à disposition d’instruments et des intervenants (lire ici).

Une formation initiale réduite

Et puis, enseigner la musique n’est pas toujours évident. Comment faire quand soi-même on ne maîtrise pas le chant, quand on ne sait pas jouer d’un instrument ? Les difficultés sont bien réelles. « Il faut permettre aux enseignants de construire leurs propres expériences cognitives et corporelles pour leur permettre de les transposer dans leur classe », explique Frédéric Maizières, maître de conférences en musicologie. Plus facile à dire qu’à faire. D’abord parce que « la formation initiale est très réduite », ensuite parce que « la formation continue a pratiquement disparu » (lire ici).

Dans un rapport publié en 2014, Transmettre aujourd’hui la musique, Didier Lockwood, violoniste et membre du Haut conseil à l’éducation artistique et culturelle, soulignait aussi « l’importance de la formation continue » qui « s’avère primordiale ».
Les insuffisances en la matière ne sont guère contestables.

Nadia Metivier, conseillère pédagogique départementale en éducation musicale en
Gironde en témoigne. « Dans notre département, mais on n’est certainement pas le seul, il n’existe plus de plan académique de formation » dit-elle. Du coup, quand des modules sont proposés, « nous avons beaucoup plus de candidatures que de places, ce qui montre l’intérêt porté aux activités musicales. » (lire ici).

Pour autant, les enseignants peuvent aussi compter sur leurs propres ressources, leur propre capacité à innover pour trouver des solutions quand certaines conditions sont réunies. À la maternelle des Mirabelles à Metz en Moselle, la chorale fonctionne toutes les semaines et toute l’année. Huit classes, 218 élèves, si tout ce petit monde s’accorde, c’est aussi grâce « à l’envie de faire » d’une équipe qui donne le la, après avoir été conseillée par une enseignante ayant déjà une pratique personnelle de la musique. (lire ici).

Surmonter les difficultés c’est savoir viser les vrais objectifs qui ne sont pas de former des musiciens mais, comme le dit Didier Lockwood, « des mélomanes, des enfants avertis de ce qu’est le langage musical, à quoi il sert, quelles émotions on peut en tirer » (lire ici).
Alors, en avant la musique !


L’ensemble du dossier

- Présentation du dossier
- Enseignement artistique – Quoi de neuf dans les programmes ?
- « Une discipline particulière à enseigner » - 3 questions à Frédéric Maizières, maître de conférence en musicologie à l’université Toulouse Jean Jaurès
- Orchestre à l’école de Bressuire (79) – Un brass band de jeunes
- « Se former pour se décomplexer » - 3 questions à Nadia Metivier, conseillère pédagogique départementale en éducation musicale en Gironde
- En maternelle à Metz – Chorale à plusieurs voix
- « À l’école, il faut une éducation par le plaisir, par le rythme » - Entretien avec Didier Lockwood, violoniste de jazz, parrain de plusieurs « classes orchestres » en zones d’éducation prioritaire