Dossier "Devenir PE : qu’on leur donne l’envie"
Présentation du dossier
16 septembre 2016

Le nombre de candidats se présentant au concours de PE témoigne d’une désaffection des jeunes envers le métier d’enseignant. Des solutions existent pour y remédier. Quant à ceux qui entrent dans la carrière, ils font preuve d’une grande motivation, choisissant pour une grande partie d’entre eux, de devenir PE par vocation.

Enseignant des écoles : un métier qui suscite les vocations ou un métier pas très attractif ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que le métier n’a pas très bonne presse. En témoigne le nombre de PES faisant leur rentrée cette année. On en compte 12 246, mais 12 911 postes étaient ouverts au concours 2016. 665 postes sont donc non pourvus après les 368 de 2015.

Certes, la situation n’est pas homogène d’une académie à l’autre, certaines peinent à recruter plus que d’autres, celles où les conditions de vie
ou d’enseignement sont réputées difficiles. À Créteil et Versailles par exemple, 8 candidats sur 10 ont été reçus au concours, 5,4 sur 10 à Amiens,
la moyenne nationale s’établissant à 4 sur 10. Mais la désaffection pour le métier est visible partout, le nombre de candidats étant de moins en moins élevé proportionnellement à celui de postes ouverts au concours.

Comment en est-on arrivé là ? Les explications sont multiples. Sous le précédent quinquennat, le nombre de postes proposés a chuté jusqu’à tout juste 3 000 en 2011. Pour le coup, là, les chances d’être reçu étaient minces, de quoi en dissuader plus d’un. Mais d’autres raisons sont encore plus pesantes aujourd’hui. Le recrutement en M2 garantit un niveau d’études supérieur à celui du passé, mais à niveau de diplôme équivalent, les salaires sont beaucoup plus rémunérateurs ailleurs et les perspectives de carrière plus réjouissantes (lire ici).

Remettre à plat la formation et revaloriser les salaires


 Face à cette situation, le ministère a avancé quelques solutions. Il a expérimenté à Créteil et en Guyane une formation initiale en alternance dès la première année de master. Dans la même académie, qui souffre d’une pénurie exceptionnelle de candidats, il a organisé un concours supplémentaire en 2015 et 2016. En 2014 il a mis en place le dispositif des Emplois d’avenir professeurs (EAP), proposant à des étudiants boursiers de niveau L3 une rémunération contre 12 heures de cours par semaine et un engagement à passer le concours, mais le succès est loin d’avoir été au rendez-vous. Il a fait évoluer la fonction vers celle d’Etudiants apprentis professeurs, réduisant le temps de service dû par ces étudiants à deux demi- journées hebdomadaires. Il espère aujourd’hui motiver davantage de jeunes (lire ici).
 Mais justement, cette décision dont l’impact reste à démontrer, souligne à quel point les dispositifs actuels sont loin de donner satisfaction.

Le SNUipp-FSU, pour sa part, propose la mise en place d’un pré-recrutement dès la L1, assorti d’une bourse permettant aux étudiants de se consacrer entièrement à leurs études. Le syndicat propose aussi de décaler la place du concours en fin de licence, suivi de 2 années de formation.

Une telle mesure permettrait de démocratiser l’accès à la profession, d’élargir un vivier qui s’est réduit mécaniquement du fait du recrutement directe- ment au niveau M2. Redonner de l’attractivité au métier passe aussi par « l’amélioration des conditions de formation, de rémunération et d’exercice du métier », ce pourquoi le syndicat demande toujours « une remise à plat de formation des enseignants et une revalorisation salariale » (lire ici).


Mais pour redonner de l’attractivité au métier d’enseignant des écoles, motiver davantage de jeunes étudiants, c’est aussi un autre regard qu’il faut porter sur leur métier, leur fonction, leur personne. « Toute une société qui reconnaît que c’est important d’avoir des enseignants, ça incite les étudiants à se destiner à ce métier », observe Eric Charbonnier, conseiller éducation à l’OCDE, comparaisons internationales à l’appui. Après les années de défiance savamment entretenues par les politiques sous l’ère Sarkozy, le climat de confiance reste à rétablir pour qu’enseigner fasse plus envie (lire ici).

Des nouveaux PE tout à fait consentants


 Pour autant, chez les jeunes qui choisissent le métier, il n’y a pas de crise de conviction. En atteste l’étude de l’Observatoire des professeurs des écoles débutants, réalisée en juin dernier par Harris interactive pour le SNUipp-FSU.
À la question, pourquoi voulez-vous devenir PE, 74 % des nouveaux enseignants du primaire donnent effectivement en première réponse, « par vocation » (lire ici).

Nombre de jeunes entrant dans le métier témoignent de cet état d’esprit. « Je trouve ce métier intellectuellement enrichissant »,
dit l’un. « On ne fait pas ça pour les salaires
et les vacances », confie une autre, mais pour « ses dimensions intellectuelle et altruiste » ajoute une troisième (lire p15). Certains ont à ce point l’envie du métier qu’ils n’hésitent pas à se pencher de manière approfondie sur les enjeux de leur profession. Ils ont rédigé leur mémoire de M2 comme de véritables travaux de recherche qu’ils ont conduits tout en assumant leur temps passé en classe. De leur propre initiative ils ont travaillé, sur des problématiques pédagogiques très pointues comme le décalage entre attitudes explicites et implicites, l’entrée dans l’écrit, l’autonomie en maternelle, etc. « Cela peut vraiment aider en classe à comprendre les élèves » souligne une jeune T1 (lire ici).

Pas de problème de motivation pour la plupart des nouveaux enseignants, d’autant que leur profil évolue. Ils sont de plus en plus nombreux à avoir passé le concours après un premier parcours professionnel, 32 % aujourd’hui, 25 % il y a seulement 6 ans et 15 % en 2001. « La profession évolue en partie en suivant les tendances qui s’observent par ailleurs dans la société – hausse du niveau de diplôme, diffusion des reconversions professionnelles, déclin des formes traditionnelles d’engagement – mais la vocation reste au centre du métier », souligne Harris interactive. Des nouveaux PE tout à fait consentants et, qui n’arrivent pas dans les écoles par hasard mais par choix clairement revendiqué.


L’ensemble du dossier

- Présentation du dossier
- Enquête – Photo de groupe
- Recrutement – Pendant la réforme, la crise continue
- Pourquoi, comment ? – Paroles de professeurs d’école stagiaires
- Master 2 en Espé – La recherche, ils s’y retrouvent !
- « Valoriser le métier » - Entretien avec Éric Charbonnier, analyste auprès de la direction de l’éducation et des compétences de l’OCDE