Dossier "Élémentaire : les nouveaux programmes à la loupe"
Présentation du dossier
25 août 2016

Les nouveaux programmes des cycles 2 et 3 entrent en vigueur. S’ils vont dans le bon sens, ils sont parfois très flous. Un dossier pour y voir plus clair.

Après ceux de maternelle entrés en vigueur l’année dernière, voici les nouveaux programmes de cycle 2 et de cycle 3 qui font leur première rentrée scolaire. À cette occasion, on aurait pu espérer que le ministère décrète une mobilisation générale pour apporter aux enseignants qui vont devoir les faire vivre dès la semaine prochaine, les outils de compréhension et d’appropriation nécessaires. Or il n’en est presque rien comme en témoigne par exemple le peu de moyens déployés par la hiérarchie pour mettre en place une formation continue à la hauteur de nombreuses circonscriptions rien n’a encore été fait en la matière.

De même, les enseignants attendent encore une version papier des programmes seulement disponibles sous forme numérique (lire ici). Si Fenêtres sur cours ouvre le dossier à la veille de la reprise de la classe, c’est bien pour aider les enseignants à y voir plus clair, à décrypter des programmes introduisant de vraies nouveautés dans la conception des apprentissages, la manière d’enseigner, les pratiques pédagogiques.

Ces nouveautés, qui vont « dans le bon sens » comme le disait le SNUipp-FSU lors de l’élaboration des programmes l’hiver dernier, portent des avancées qualitatives mais posent question quant à leur faisabilité. Ainsi, l’apport de la recherche dans les nouveaux textes est indéniable et c’est une bonne chose, mais il existe souvent un décalage entre les travaux des chercheurs et la formation initiale et continue reçue par les enseignants. Exemple avec la place donnée à l’oral sur les deux cycles. Jusqu’ici la compétence était souvent travaillée de manière transversale, désormais il faudra aussi organiser des séances spécifiques dans le cadre de l’enseignement du français (lire ici). En mathématiques, l’accent est fortement mis sur la résolution de situations problèmes, pour « apprendre à chercher » ou pour « montrer comment les notions mathématiques peuvent être des outils pertinents pour résoudre des situations » (lire ici). Ces pratiques qui existent déjà deviennent prioritaires ce qui nécessite quand même un renforcement de l’accompagnement et des contenus didactiques.

L’interdisciplinarité encouragée

Parmi les traits caractéristiques de ces nouveaux textes figure aussi la nécessité de prodiguer un enseignement explicite dans tous les domaines, de mener de pair compréhension et automatisation, de rentrer dans les apprentissages par les compétences de l’élève. L’interdisciplinarité est elle aussi encouragée, les textes préconisant le « croisement entre les enseignements ». L’allègement des contenus en français et en maths, s’il peut permettre de travailler sur moins de notions mais d’aller plus loin dans leur maîtrise, n’enlève rien à la complexité du travail de l’enseignant. Une complexité accrue dans certaines matières telles les langues vivantes où le niveau à atteindre est ambitieux. Il faudra amener les élèves en fin de cycle 3 vers le A1, alors que les ressources disponibles restent lacunaires. Ambitieux aussi l’enseignement artistique, alors que le temps consacré à la discipline est diminué de 9 heures sur chaque année du cycle 2. Il en va de même pour celui des sciences, abrégé de 6 heures au cycle 3. Dans ces deux disciplines pourtant, le poids des contenus reste inchangé, voire pléthorique.

Mais peut-être ne faut-il pas s’arrêter aux contenus d’enseignement, mais à l’esprit dans lequel ils ont été faits ? En cycle 2 comme en cycle 3, les programmes sont rédigés en 3 volets. Le premier, consacré aux spécificités du cycle permet de mieux comprendre les intentions de leurs rédacteurs. Il réaffirme fortement l’enseignement par cycle, ne prononçant que des attendus de fin d’année avec des repères de progressivité. Le deuxième stipule les articulations avec les piliers du socle commun.

« Nous avons travaillé à l’intérieur du socle et pas de façon orthogonale », c’est-à-dire qu’« il n’y a plus le socle d’un côté et les programmes de l’autre », souligne André Tricot, professeur à l’Espé de Toulouse et coordinateur du groupe chargé de l’élaboration du projet de programmes de cycle 2 (lire ici). Enfin, le troisième volet est dédié aux apprentissages proprement dits.



Du temps pour se les approprier

Les nouveaux programmes, c’est aussi une redéfinition des cycles. Le C2 court du CP au CE2, le C3 va du CM1 à la classe de 6e. Une véritable révolution culturelle pour les enseignants comme pour les équipes tant le lien entre élémentaire et collège est difficile à tisser.
« Il faut approfondir la continuité école-collège en incitant les enseignants du second degré à mieux s’appuyer sur les acquis réels des élèves de l’élémentaire. Aider également les équipes à articuler les progressions disciplinaires et mettre en réseau le travail de la classe et de l’école », estime Sylvie Plane, professeure en sciences du langage et membre du Conseil supérieur des programmes (lire ici).

Durant cette année qui débute, chacun devra mener plus d’un chantier de front. Parmi eux, mettre en œuvre de nouvelles modalités d’évaluation, rédiger de nouveaux projets d’école...


Le contexte s’annonce donc difficile. Si une plus grande liberté pédagogique est laissée aux enseignants et aux équipes, il leur faudra du temps pour s’approprier les programmes, pour une investigation pertinente dans la multitude de documents d’accompagnement mis à leur disposition sur Eduscol. Alors, sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, tout faire tout de suite relève de la mission impossible. Dès lors il faudra faire des choix, donner des priorités. Les équipes seront-elles confrontées à une hiérarchie préconisant une application immédiate et rigide des programmes ou, au contraire, plus préoccupée par l’esprit que par la lettre, leur laissant le temps de les expérimenter et de les mettre à leur main ? C’est aussi un des enjeux de la mise en œuvre des nouveaux programmes.


L’ensemble du dossier

- Présentation du dossier
- Un cycle 2 redessiné
- « Donner une vraie chance aux cycles », 3 questions à André Tricot, professeur à l’ESPE de Toulouse Midi-Pyrénées, coordinateur du groupe chargé de l’élaboration du projet de programme pour le cycle 2
- Cycles 2 et 3 – Education artistique et EPS
- Un cycle 3 de consolidation
- « Aider les élèves à conquérir leur autonomie » - 3 questions à Sylvie Plane, professeure en sciences du langage à l’Université Paris-Sorbonne, membre du Conseil supérieur des programmes


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