Dossier "Pour que les RASED retissent leur toile"
Présentation du dossier
19 juin 2016

La nouvelle circulaire sur le fonctionnement des RASED doit être mise en œuvre alors que les effectifs de ces derniers n’ont pas été reconstitués après la grande purge des années 2007-2012. Dans ce contexte, comment faire pour que ça marche ?

Les RASED nouveaux sont-ils arrivés ? La circulaire du mois d’août 2014 appelle à revoir leur fonctionnement, mais comment faire quand 5 000 postes supprimés entre 2007 et 2012 n’ont pas été reconstitués et que de nombreux réseaux, même en REP+, restent encore aujourd’hui incomplets ?
En effet, les Réseaux d’aide aux élèves en difficulté ont perdu le tiers de leurs effectifs, ces derniers ayant été stabilisés autour de 10 000 depuis. Si le ministère n’a pas annoncé les créations de postes qui permettraient de retrouver le niveau d’avant l’ère Sarkozy, sa circulaire a au moins le mérite de reconnaître l’importance des réseaux pour l’école tout en réinterrogeant leur rôle dans l’institution. Cette reconnaissance passe par une réaffirmation de leurs missions. Le ministère rappelle ainsi que « Les enseignants spécialisés apportent une aide directe aux élèves manifestant des difficultés persistantes d’apprentissage ou de comportement, le psychologue scolaire aide à comprendre les difficultés d’un enfant et contribue à faire évoluer la situation ».

Mais la circulaire ne se contente pas de rafraîchir la mémoire de celles et ceux qui auraient oublié le rôle et l’apport des réseaux, elle donne clairement à ces derniers une nouvelle dimension en les incluant dans le pôle ressource de circonscription piloté par l’IEN. Pôle qui « regroupe tous les personnels de l’Éducation nationale » et qui, pour répondre à la demande d’un enseignant ou d’une école « peut solliciter et fédérer » conseillers pédagogiques, maître formateurs, animateurs Tice, enseignants référents pour la scolarisation des élèves en situation de handicap et bien sûr, les maîtres spécialisés E et G et, les psychologues scolaires (lire ici).

Un espace de travail commun, un espace intermétier

Intervention directe auprès des élèves, accompagnement des enseignants, le RASED doit désormais répondre à cette double mission. Plus facile à dire qu’à faire, d’abord pour une simple raison arithmétique. Les pertes de postes se sont traduites au final par la disparition de réseaux, tandis que de nombreux autres se retrouvent incomplets aujourd’hui.

Seconde raison de cette difficulté, avec la mise en place des pôles ressources les équipes de circonscription, les RASED et les enseignants des écoles doivent inventer eux-mêmes la meilleure articulation possible. Elle doit répondre aux besoins des élèves en grande difficulté, mais aussi à ceux des enseignants. Elle ne doit pas céder à l’externalisation et à la médicalisation de la difficulté scolaire, mais sans laisser aucun élève de côté et en aidant les enseignants, parfois submergés par des comportements ou des difficultés difficiles à gérer. Un travail collectif s’impose, mais il n’est pas facile.

Corinne Mérini, enseignante-chercheuse en sciences de l’éducation le confirme. Pour elle cette remise en cause du rôle de chacun est aussi génératrice de tensions. « Les dilemmes rencontrés ne sont pas les mêmes pour chacun des deux métiers. Face à un élève en difficulté ou à besoins particuliers, le maître de la classe va se demander s’il doit ralentir ou bien faire le programme, s’il doit aider cet élève ou gérer le collectif, s’il doit faire apprendre ou préserver la paix sociale. Le maître spécialisé va lui se demander s’il doit travailler en continuité ou en rupture avec la classe » dit-elle. La confrontation entre les deux ouvre, selon la chercheuse, un espace de travail commun, un espace « intermétier » qui demande à chacun de réorganiser ses pratiques, ce qui ne va pas de soi. (lire ici)

Un new deal entre maîtres ordinaires et spécialisés

Faut-il « déspécialiser les savoirs liés aux élèves à besoins particuliers » et installer « un véritable New deal » ? comme le propose Philippe Mazereau.

« Les enseignants ordinaires, dit-il, ont été enclins à déléguer tout ce qui sortait du cadre à un spécialiste et se trouvent démunis face à un enfant particulier parce qu’ils considèrent que ça ne fait pas partie de leur professionnalité. Les enseignants spécialisés, eux, doivent davantage revenir dans l’environnement de la classe pour y percevoir ce qui fait problème et rentrer dans un espace de coopération avec l’enseignant » (lire ici).

À l’école des Provençaux à Reims, on
n’a en tout cas pas hésité à franchir
le pas. Les maîtres spécialisés et la psychologue scolaire interviennent directement dans la classe, en appui du maître pour les premiers, à travers par exemple l’organisation de
séances décloisonnées, ou en tant qu’observatrice pour la seconde afin de favoriser l’intégration de certains élèves et la cohésion de la classe. « Cette formule d’ateliers où on fait tous la même chose en même temps stigmatise moins les élèves en difficulté » estime Caroline, une des enseignantes (lire ici).

Mais il y a aussi les situations d’urgence pour lesquelles la présence du RASED ne suffit pas. Violences physiques ou verbales demandent l’intervention de moyens supplémentaires. C’est ce que met en œuvre depuis 2006 l’académie de Paris à travers son dispositif R’école (lire ici). Constitué de trois maîtresses spécialisées, d’une psychologue scolaire et de neuf AVS, il intervient auprès des équipes pour du conseil ou pour les renforcer temporairement si nécessaire. Mais à Reims comme à Paris c’est un même schéma de fonctionnement qui est mis en place privilégiant la circulation de l’information entre les parties prenantes, un fonctionnement plus horizontal loin des rapports hiérarchiques et la mise en place de situations de formation et de travail commun. Un véritable travail en réseau en somme.


L’ensemble du dossier

- Présentation du dossier
- RASED - Pour les enseignants ou pour les élèves ?
- « L’intermétier, un espace professionnel commun », 3 questions à Corinne Mérini, enseignante-chercheure en sciences de l’éducation (Acté, Université de Clermont-Ferrand)
- École des Provençaux à Reims - Une équipe augmentée
- Dispositif d’aide à Paris - R’école ou l’urgence de la médiation
- « Une approche plus systémique de la notion de difficulté scolaire » - Entretien avec Philippe Mazereau, enseignant chercheur