Dossier "Nouveaux programmes : un nouvel élan pour la maternelle ?"
Présentation du dossier
13 décembre 2015

Le colloque national organisé le 24 novembre dernier par le SNUipp-FSU a été l’occasion d’interroger les nouveaux programmes de maternelle. À quelles conditions peuvent-ils constituer un nouvel élan pour le travail enseignant ? Éclairage à partir d’expériences fructueuses dans les écoles.

Un nouvel élan, les nouveaux programmes de maternelle permettront-ils de donner un nouvel élan à la maternelle ? Même si les intégrer ne s’improvise pas, notamment quand les plans de formation continue restent aux abonnés absents et le nombre d’élèves par classe trop élevé, le contexte y semble favorable. Ces textes font consensus. 79% des enseignants de maternelle les jugent satisfaisants comme l’indique une enquête réalisée par le SNUipp-FSU (lire ici).

Parmi les chercheurs, associés à leur élaboration, nombreux sont ceux qui en soulignent la qualité pour leur domaine d’enseignement. En mathématiques, l’enseignant-chercheur Rémy Brissiaud trouve par exemple que l’accent mis sur la maîtrise des petits nombres « va dans le bon sens car il vaut mieux construire des relations entre les quantités dans ce domaine des dix premiers nombres plutôt que d’apprendre à compter-numéroter ».

Des propos similaires, tenus par des spécialistes d’autres matières, témoignent aussi d’une prise en compte de leurs travaux dans la rédaction de ces nouveaux textes. Les nouveaux programmes suggèrent de nouvelles pratiques professionnelles adaptées à l’âge des enfants, que ce soit dans l’apprentissage du langage, la compréhension des nombres, la place du jeu dans les classes ou encore le développement sensoriel. Le langage en particulier est au cœur des cinq domaines d’apprentissage. « Pour moi, il y a deux véritables nouveautés didactiques : l’écriture pour commencer à apprendre à lire, les essais d’écriture, et une autre approche du nombre, plus mathématique que culturelle et linguistique », estime l’Inspectrice générale Viviane Bouysse. « Dans les autres domaines, même s’il n’y a pas de changement majeur de contenus, il faut en profiter pour relire les pratiques, prévoir plus de progressivité dans les activités physiques notamment, éviter les activités en pointillés, la qualité supposant la quantité, redécouvrir les enjeux éducatifs et culturels d’activités qui se sont banalisées, comme les arts », ajoute-t-elle (lire ici).

Quand la recherche entre en action

À son arrivée à l’école maternelle Lapie à Bordeaux (Gironde) il y a quatre ans, Catherine Gerby a convaincu l’équipe d’engager une collaboration avec Véronique Boiron. Dans son ancienne école, elle travaillait déjà avec l’enseignante-chercheure de l’Espé d’Aquitaine. La lecture d’albums de littérature jeunesse est centrée sur la compréhension de l’implicite. Cela prend du temps de préparation, des rencontres régulières avec la chercheure pour des « apports théoriques, des échanges sur les pratiques et les activités des élèves ». Mais au final, chacun peut se « dégager de sa pratique pour l’interroger à plusieurs ». Les programmes parlent d’une école « bienveillante » mais « exigeante ». Ils s’appuient sur le principe d’éducabilité. Travailler les implicites, c’est aussi donner du temps aux enfants les plus éloignés des codes de l’école pour devenir élèves (lire ici).

Les nouveaux programmes invitent aussi à établir « un dialogue régulier et constructif entre enseignants et parents ». L’équipe de la maternelle Charles Perrault à Champigneulles (Meurthe-et- Moselle) est engagée dans une recherche-action sur cette relation décisive aux familles. Chaque parent est invité à tour de rôle à présenter son activité professionnelle aux élèves. « Nous avons fait le choix depuis deux ans de soigner la relation aux parents, des parents qui n’ont pas toujours une relation facile avec l’école », explique Laurent Schmitt, le directeur (lire ici). Les programmes aujourd’hui prônent une école qui accueille les enfants et leurs parents. « Dès l’accueil de l’enfant à l’école un dialogue régulier et constructif doit s’établir entre enseignants et parents ; il exige de la confiance et une information réciproques. » On sait bien que l’implication des parents dans l’école est aussi un levier de la réussite des élèves.

Se donner les moyens de réussir

On remarquera que ces deux initiatives ont débuté avant la mise en œuvre des nouveaux
 textes, les anticipant en quelque sorte. L’approche qu’elles suivent, formatrice, est bien loin
de l’esprit des animations pédagogiques à travers lesquelles l’institution « explique » les programmes aux enseignants. La formation ne peut pas juste être« descendante », il faut aussi faire place à l’expérimentation, aider les équipes à construire leurs projets, dans la durée. A Bordeaux, à Champigneulles, les enseignants développent de nouvelles formes de travail, positives pour la réussite des élèves. Alors, pourquoi ce qui est possible dans ces écoles ne deviendrait pas la norme ?

Le jeu en vaut la chandelle. La rénovation unifie la maternelle en un seul cycle, avec des programmes adaptés quand auparavant elle avait glissé sur une pente de « primarisation » avec une GS intégrée au cycle 2. Il ne faudrait pas rater le virage. Pour cela, un certain nombre d’obstacles restent à lever. Celui de la formation et de l’accompagnement en rendant possible les interactions régulières enseignants-chercheurs ou enseignants-CPC. Mais il faut aussi du temps pour tout le travail d’élaboration, de mise en commun, de conception du carnet de suivi, s’approprier le bilan de fin de cycle, scolariser plus et mieux les moins de 3 ans. La question des 108 heures et de la liberté des équipes d’en disposer selon leurs besoins est de nouveau posée. Sur le papier, les nouveaux programmes ouvrent de larges perspectives pour permettre un nouvel élan de l’école maternelle et des enseignants. Mais encore faut-il ne pas rester au milieu du gué, et se donner les moyens de le réussir.


L’ensemble du dossier
- Présentation du dossier
- Retour d’enquête - Ce qu’en disent les enseignants
- Bordeaux (33) - L’école Paul Lapie mobilisée pour le langage
- Champigneulles (54) - C’est aussi une affaire de familles
- « Une école bienveillante et exigeante » - Entretien avec Viviane Bouysse, Inspectrice générale de l’Education nationale