Dossier "Enseignant 2.0 en ligne !"
Présentation du dossier
15 septembre 2015

De plus en plus nombreux, de plus en plus consultés, les blogs enseignants ont envahi la toile. Simple reflet à l’école de l’engouement que connaissent les réseaux sociaux ou mouvement annonciateur d’une évolution du métier ? Fenêtres sur cours ouvre le dossier.

Chat noir, Lutinbazar, Charivari, Orphécole, Lalaaimesaclasse... En quelques années ils se sont multipliés. Difficile de les recenser mais il y en aurait plusieurs centaines de la maternelle à l’enseignement supérieur, dans toutes les disciplines. Ce sont les blogs enseignants. Certains enregistrent chaque jour des milliers de visites, un vrai succès d’audience. Leur particularité : ils ont été conçus par des enseignants pour les enseignants. Comment expliquer un tel engouement ? Est-ce simplement le reflet de la révolution numérique qui traverse la société ou l’annonce de changements dans la manière de travailler, de se former, de communiquer avec ses pairs ?
Les premiers éléments de réponse sont sans doute à rechercher auprès des blogueurs eux-mêmes. « Pour avoir passé un temps considérable à préparer mes documents, je me suis dit que ce temps, d’autres pourraient l’économiser » explique la conceptrice de LatroussedeSobelle. De son côté, Lutinbazar y voit un moyen de sortir de l’isolement, elle qui enseigne dans une école rurale (lire ici). Les motivations sont diverses : se raconter, échanger des expériences, proposer des ressources pédagogiques... Les utilisateurs, eux, sont légion. Les uns sont à la recherche de documents précis ou partent simplement à la pêche aux idées. Nombreux sont ceux estimant que l’usage des blogs a changé leur façon de travailler. « Cela élargit les horizons et donne de l’élan pour tester de nouvelles choses en classe » raconte Marianne (lire ici).
Les enseignants « y trouvent à la fois une liberté et une collégialité qui fait souvent défaut dans leur entourage de travail immédiat », estime pour sa part Louise Merzeau, enseignante en sciences de l’information à Nanterre. « Bloguer permet à l’enseignant d‘échapper à sa solitude pour entrer dans une logique de réseau, se nourrir de l’expérience des autres, valoriser la sienne, mettre en œuvre des projets communs. » (lire ici)

Comment y voir clair dans 
la blogosphère


La nébuleuse intègre aussi des réseaux collaboratifs, des blogs partagés pour échanger, mutualiser, parfois construire des projets en commun, sur lesquels tout membre du réseau peut intervenir. Pour mieux comprendre comment ça marche sans doute faut-il se référer aux travaux d’Isabelle Quentin, docteure en sciences de l’éducation à l’École normale supérieure à Cachan.
Elle distingue deux types de fonctionnement, les « bacs à sable » et les « ruches ». Dans les premiers les règles sont souples, chacun peut y déposer des séquences pédagogiques, anonymement s’il le souhaite, sans aucune régulation. Dans les secondes, au contraire, les règles sont à la fois explicites et contraignantes. Seuls les membres peuvent participer au réseau. On travaille collectivement sur des thèmes précis, chacun apportant sa pierre à l’édifice. Parfois, ces travaux conduisent à la production de cahiers, de manuels portant sur des notions ou des enseignements précis, la numération au cycle 3 par exemple.
Pour l’usager, reste à savoir quand même comment y voir clair dans la myriade de blogs disponibles en ligne. Certains ressentent le besoin de construire des « labels » réunissant divers blogs. Tout en gardant leur indépendance, ils s’engagent à suivre des règles de conduite : la gratuité, le respect du travail des autres. C’est le cas de la Communauté des profs blogueurs, de Sitinstit (lire ici). En revanche, pour ce qui est de la pertinence pédagogique des contenus, là c’est à l’internaute de se forger sa propre idée. Louise Merzeau comme Isabelle Quentin considèrent que les enseignants sont bien assez grands pour faire le tri eux-mêmes. « Un bon prof est un prof qui use à bon escient de sa liberté pédagogique en fonction de son contexte, de ses élèves et personne ne peut mieux savoir que lui ce qui va convenir à sa classe » dit cette dernière.

Une nouvelle génération d’enseignants

En tout cas, ce n’est pas l’institution qui se chargera d’émettre un avis sur tel ou tel site. Les blogueurs le disent, ce qu’elle en pense, nul ne le sait puisqu’il n’y a aucun contact.
 Mais cela n’a rien d’étonnant.
 « On est resté longtemps sur une
 volonté de diffusion des bonnes
 pratiques et de l’innovation basée
 sur une logique de généralisation,
 c’est-à-dire qui remonte vers le
 haut pour redescendre ensuite
 vers le bas. Cela ne fonctionne
 plus aujourd’hui et il faut être sur
 des logiques de dissémination car
 les nouveaux contenus se diffusent plus lentement mais de 
façon plus efficace à travers la
 capillarité des réseaux  », estime
 Jean-Marc Merriaux, directeur
 général du réseau Canopé (lire ici). Les blogs eux ne fonc
tionnent pas de manière verticale, mais horizontale, chacun 
pouvant y contribuer au même titre que les autres. Et c’est sans doute ça qui fait leur succès, surtout quand les outils qu’on va y chercher ne sont pas complètement ficelés, qu’on peut les prendre en main, les adapter à sa guise (lire ici). Lancé il y a quelques mois, Viaéduc s’inspire de cette démarche et M@gistère devra évoluer vers plus de souplesse. À l’heure où la blogosphère enseignante explose, il ne faut pas pour autant perdre de vue combien il est illusoire de se former seul devant son ordinateur, souligne le SNUipp-FSU qui appelle l’institution à ne pas l’oublier. Car si le temps de l’enseignant 2.0 n’est peut-être pas encore venu, on n’en est pas loin. « Les blogs, ce que ça change dans ma manière de travailler ? Rien du tout, j’ai toujours fonctionné comme ça » s’amuse Ivan, jeune enseignant en poste depuis quatre ans. CQFD.


L’ensemble du dossier
- Présentation du dossier
- Réseaux : Une culture numérique plus que des outils informatiques
- « Des logiques de dissémination » : 3 questions à Jean-Marc Merriaux
- Du côté des blogueurs : Années 2010, l’odyssée des sites
- Du côté des utilisateurs : Au bon blog
- Les enseignants y trouvent liberté, collégialité » : Entretien avec Louise Merzeau