Dossier "En campagne pour l’école rurale"
Présentation du dossier
16 juin 2015

Le 11 juin, le SNUipp-FSU organisait à Blois un colloque qui montrait qu’on ne peut plus parler de « l’école rurale » mais qu’il y a « des écoles rurales », les réalités démographiques, sociales et économiques des territoires concernés étant très diverses. Sur le terrain, les acteurs s’organisent.

Les géographes appellent ça « la diagonale du vide », une large bande parcourant la France depuis les Landes jusqu’à la Meuse, traversant des régions où la densité de la population est inférieure à 30 habitants au kilomètre carré. C’est la France rurale dont la diagonale n’a pas l’exclusive puisque d’autres parties du pays connaissent la même situation, les zones de montagne par exemple. Cette France c’est aussi celle de l’école rurale. On la caractérise bien souvent en quelques mots : isolement des communes, forte dépendance des transports scolaires, organisations particulières des écoles, moins de quatre classes par école. Mais en réalité la disparité est telle entre les territoires qu’on ne parle plus de l’école rurale mais « des écoles rurales ». Telle est l’analyse qu’en fait le géographe Yves Jean en soulignant la « diversité des situations démographiques, économiques et sociales » entre les territoires (lire ici). Quels points communs en effet entre un village en pleine ré-urbanisation en deuxième ou troisième couronne d’une métropole ou d’une grande ville, et une communauté de petits villages du Cantal dont la démographie déjà peu dynamique est à peine stable quand elle ne décline pas ? Comprendre ces disparités est d’autant plus important que près du quart des élèves Français sont scolarisés dans ces zones.

Des organisations pédagogiques différentes

Fait particulièrement notable, selon des études menées par le sociologue Yves Alpe, les élèves des milieux ruraux ont de meilleurs résultats à l’entrée en 6e que leurs camarades vivant en milieu urbain. Car malgré les difficultés que génère la ruralité, les acteurs de terrain ont sans doute su trouver des réponses adaptées à leur territoire pour contribuer à la réussite des élèves. « La taille réduite des classes et des écoles contribue à ces bons résultats », souligne Yves Alpe (lire ici). Les écoles à classe unique ou les classes à multi-niveaux s’imposant du fait de la faible démographie scolaire, peuvent être des organisations pédagogiques pertinentes. Le sociologue insiste aussi sur le dispositif très spécifique des EMALA. Ces équipes mobiles académiques de liaison et d’animation, sortes de « plus de maîtres que de classes » avant l’heure, faisant la tournée des écoles pour intervenir dans les classes, coordonner des projets et mettre du matériel à disposition des équipes, etc. Autre effet de la ruralité sur l’école, la mixité sociale : il y très difficile en effet de « contourner » la carte scolaire. Mais l’école des champs n’a pas que du bon, notamment en ce qui concerne les équipements dont elle dispose. Selon « Le visage de l’école rurale aujourd’hui  », enquête menée par le SNUipp-FSU (lire ici) les niveaux d’équipements entre les écoles rurales sont assez disparates. Près de 70 % n’ont pas de salle dédiée à l’EPS par exemple, plus de 14 % n’ont toujours pas de photocopieur ou encore 19 % ne disposent pas d’ordinateur et les budgets alloués par les communes par élève vont de 15 € à plus de 75 €. Et puis, l’école ne vit pas en vase clos. Les mutations des territoires, l’organisation des intercommunalités, se répercutent aussi sur le système éducatif au niveau local. Il y a belle lurette que le temps d’un village-une école est révolu, et le nombre de communes sans école va grandissant : plus de 13 000 à ce jour, soit 1 600 de plus qu’il y a dix ans. Elles représentent plus de 35 % des 36 600 communes françaises (lire ci-contre).

Trouver des solutions dans la concertation

La tendance est depuis des années déjà à l’organisation en Regroupements pédagogiques intercommunaux (RPI). Pas de modèles préétablis. Ici plusieurs villages conservent leur école, la répartition des élèves se faisant par tranches d’âges dans chacune d’entre elles. Ailleurs on préfère limiter le nombre de sites, parfois en le réduisant en un seul groupe scolaire. L’évolution de l’infrastructure scolaire implique tous les acteurs locaux de l’école, à commencer par les bâtisseurs et financeurs, les maires. Ils savent bien que la présence d’une école est un élément d’attractivité de leur territoire, mais ils ne veulent pas jouer avec le feu non plus. Investir d’accord, mais si c’est pour que la prochaine carte scolaire annonce la fermeture de l’école, non merci. Dans le Cantal, les parties prenantes de l’école ont conclu un deal. Ils ont signé « la convention pour l’aménagement du territoire scolaire cantalien ». Les maires du département et le ministère se sont mis d’accord, pas de suppression de postes durant trois ans en contrepartie de quoi les acteurs locaux devront créer davantage de RPI, diminuer le nombre d’écoles de moins de trois classes. Les discussions sont en cours, le représentant des maires raisonne en termes de « bassin scolaire », le représentant du SNUipp départemental plaide pour un examen au cas par cas (lire ici). C’est donc bien dans la concertation entre les acteurs locaux qu’il est possible de trouver des solutions adaptées aux réalités territoriales. Dans l’Yonne, un RPI qui possédait jusqu’à présent quatre sites, n’en comptera plus que deux à la rentrée prochaine, l’essentiel des élèves ne fréquenteront plus que l’école de Ligny (lire ici). La particularité dans ce RPI, le consensus qui est sans doute à la base de la réussite de la mutation. « Nous prônons le développement et la pérennité de réseaux imaginés, élaborés et construits par des acteurs de terrain plutôt que construits sur la base d’un modèle centralisé », affirme le secrétaire de la Fédération nationale pour l’école rurale Michel Baron (lire ici). L’ancien enseignant enfonce cependant le clou, il faut « arrêter la suppression programmée des petites écoles. Là où cela fonctionne bien on ne touche pas (…) Là où il n’y a rien, l’État et les collectivités territoriales doivent instaurer un système de péréquation ». Il y a donc bien plusieurs écoles rurales, mais l’enjeu reste le même : garantir la réussite de tous.

L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier
- L’école à l’épreuve des mutations territoriales
- Enquête SNUipp : le visage de l’école rurale
- Convention : Échange postes contre réorganisation
- Yves Alpe : « Il n’y a pas de déficit des élèves ruraux en terme de réussite scolaire »
- Yonne : un RPI en mouvement
- Michel Baron (FNER) « Pour des écoles rurales de qualité et de proximité »