Dossier "L’EPS se replace au centre"
Présentation du dossier
7 avril 2015

Troisième discipline en volume horaire, l’EPS répond à des enjeux éducatifs fondamentaux. Pourtant, elle est souvent reléguée au second plan. Le nouveau socle commun vient rappeler toute la place qui doit être la sienne à l’école.

« À l’école on n’apprend pas à faire du vélo pour faire du vélo, on apprend à faire du vélo pour découvrir le monde ». Si la formule de Marc Prouchet, ancien formateur au centre Michel Delay est une métaphore du rôle de l’école, elle l’est aussi par analogie pour celui de l’éducation physique et sportive. Le nouveau socle commun adopté en mars par le Conseil supérieur de l’éducation lui accorde une bonne place puisqu’il reconnaît le langage du corps comme un des langages fondamentaux et estime que l’EPS « accompagne et favorise le développement physique  », qu’elle constitue un langage, un moyen d’expression. Pour Pascal Grassetie, «  il faut faire valoir que travailler en équipe, s’adapter aux situations, être dynamique, gérer ses émotions, tous ces point reconnus par la société peuvent être attribués à l’EPS » (lire ici). Le formateur à l’Espé de Bordeaux était invité le 23 mars au colloque consacré à cet enseignement co-organisé par le SNUipp-FSU et le Syndicat national d’éducation physique (SNEP-FSU), auquel participait aussi Denis Paget, membre du Conseil supérieur des programmes. Pour ce dernier, « l’EPS est présente à travers tous les domaines du socle  » : l’exploitation des capacités intellectuelles et physiques, le bien être et la santé, la maîtrise de techniques et d’élaboration de stratégies. Une discipline fondamentale qui au-delà de ses apports propres permet aussi d’aborder l’éducation au vivre ensemble, à l’égalité filles-garçons ou encore, l’apprentissage du principe de la règle.

12,5% du temps scolaire

Des enjeux reconnus et ce n’est pas pour rien si avec trois heures par semaine, l’EPS représente en volume horaire la troisième discipline à l’école, après les maths et le français. Selon une enquête Eurydice, la France est même le pays de l’UE qui y consacre le plus de temps à l’école. Mais si l’emploi du temps « officiel » lui confère un statut particulier, dans la pratique tout ne va pas de soi. Dans un rapport publié en 2012, l’Inspection générale note que si les programmes prévoient 3 heures hebdomadaires, le temps moyen qui lui est consacré est de 2 heures. Pour une bonne part cela s’explique par le temps passé à se préparer pour l’activité, à se déplacer quand il faut se rendre à la piscine par exemple, ou encore à la part dévolue aux récréations, mais pas seulement. La réforme des rythmes vient aussi perturber le respect des programmes. La tendance est parfois de rattraper sur le temps de l’EPS celui qui fait défaut pour boucler les programmes des autres disciplines d’où, selon la Dgesco, « un risque de déséquilibre des domaines d’apprentissage à prendre en compte ». Risque aussi « d’externaliser » vers périscolaire non pas la prescription du ministère, mais la pratique sportive (lire ici). Du côté de la hiérarchie la situation est paradoxale. Fortement encouragée par des conseillers pédagogiques EPS présents sur le terrain elle est peu évaluée par l’IEN. Le rapport de l’IG note que sur la masse globale des inspections réalisées chaque année « une sur huit devrait être adossée à l’observation et à l’analyse d’une séance d’EPS » compte tenu du temps d’enseignement prévu chaque semaine. Or, ce n’est quasiment jamais le cas (lire ici). Cela vaut aussi pour la formation initiale. L’EPS représente 12,5% du temps scolaire mais seulement quelques heures y sont consacrées dans le meilleur des cas. Quant à la formation continue, c’est sans commentaire.

La reprise de confiance des décrocheurs

La pratique de l’EPS, c’est aussi une question de moyens. Matériels d’abord : le niveau d’équipements disponibles pour les écoles n’est pas le même partout. Il dépend largement des budgets débloqués par les communes pour permettre aux écoles de disposer de matériels sportifs et d’installations (gymnases, piscines, stades…) Du coup, la pratique de l’EPS est l’objet de fortes inégalités territoriales. En témoigne le village de Gaâs, 500 habitants, dans les Landes. «  L’hiver, une salle de sport fait cruellement défaut, le préau couvert et fermé est humide, peu sûr et bas de plafond  » témoigne Nathalie, une des enseignantes de l’équipe (lire ici). A contrario, l’école Charles Martin de Bordeaux dispose d’un contexte favorable : juste en face l’école, des terrains de foot, de rugby, de hand, une piste d’athlétisme dans l’école, une équipe motivée qui a construit un vrai projet d’école autour de l’EPS. Et cette pratique n’est pas sans effets sur les classes. « Un bon tiers de nos élèves sont en grande difficulté scolaire avec souvent des problèmes de comportement. L’EPS favorise la reprise de confiance des élèves décrocheurs. La réussite dans les APS restaure l’estime de soi » souligne Vincent Maurin le directeur, (lire ici). Le point commun entre les deux écoles : l’une comme l’autre font appel aux ressources de l’USEP. Dans la première cette coopération s’effectue dans le cadre de rencontres. Dans la seconde, le rôle dévolu à l’association est beaucoup plus important. Une subvention de la mairie permet de salarier des animateurs qui interviennent sur le temps périscolaire. Pour des enseignants, parfois en difficulté avec la discipline, l’association permet les échanges de pratiques, la mutualisation de matériels, l’accès aux ressources, un accompagnement dans cet enseignement. Pour d’autres, le recours à des intervenants extérieurs peut être une solution. Mais attention, prévient le formateur d’EPS de l’Espé de Grenoble Yvan Moulin, « le manque de temps pour construire un cadre peut amener les enseignants à s’en remettre aux techniciens  » (lire ici). Et, alors que s’élaborent les nouveaux programmes, Pascal Grassetie rajoute : « un programme est bon s’il fait consensus et s’il est assez souple pour que chacun en tant que concepteur de son enseignement puisse le mettre à sa main ».

L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier
- Rapport de l’IGEN : L’EPS débriefée
- « Mettre les pratiques sportives à l’étude » : Trois questions à Pascal Grassetie, formateur EPS à l’Espé de Bordeaux
- Projet sportif à Bordeaux : Charles Martin, une école friande d’USEP
- École rurale dans les landes : A Gaâs, le sport fait campagne
- « Un apprentissage fondé sur des expériences concrètes » : Entretien avec Yvan Moulin, formateur en ESPE