Dossier "Évaluation des élèves : dépasser la mesure"
Présentation du dossier
12 janvier 2015

Faut-il supprimer la note à l’école ? Alors que la Conférence nationale sur l’évaluation des élèves s’apprête à rendre ses préconisations pour réformer le système, la problématique semble se résumer dans l’opinion publique à cette question forcément réductrice. Pour les enseignants, elle est toutefois cruciale. Les évaluations ont été renforcées en maternelle et les nationales déplacées du CE2 au CE1 et de la 6e au CM2, le ministère a mis en place le livret personnel de compétences… Les mesures imposées ces dernières années ont suscité des interrogations : des évaluations pour quoi faire et pour qui ? Les PE ont besoin d’y voir clair (lire encadré ci-dessous).

La mise en place du socle commun de compétences, de connaissances et de culture, la prochaine entrée en vigueur des nouveaux programmes (en 2015 pour la maternelle et en 2016 pour l’élémentaire), conduisent à revoir les règles d’évaluation du travail des élèves. Elles doivent aussi contribuer à rendre l’école plus efficace. Alors que dans les années 70 nombre de pays européens ont engagé une réflexion sur le sujet et ont centré leurs évaluations sur les compétences des élèves, la France, elle, se situe « entre immobilisme et mouvement », « au milieu du gué ». Ce sont les conclusions du rapport du Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) publié en décembre*, basé sur la comparaison de l’évaluation à la Française avec celle des autres pays de l’OCDE.

Quelle finalité pour les évaluations ?

Dans ces pays, l’évolution de la note traditionnelle vers d’autres manières de procéder comme le repérage par les lettres, permet « de cerner plus précisément les performances attendues et atteintes et renseignent donc mieux les élèves et leurs parents sur les compétences déjà acquises ou les domaines dans lesquels l’élève doit encore progresser » souligne la sociologue de l’éducation Nathalie Mons (lire ici). Ce faisant, la présidente du Cnesco pose le problème de la finalité des évaluations. Quand les mieux classés à PISA se sont engagés dans cette voie, la France, elle, est restée malgré les évolutions sur un fonctionnement ambigu. Les évaluations nationales y étaient très sommatives, pointant les acquis des élèves aux moments charnière de leur scolarité, sans pour autant avoir une vocation formative, celle d’accompagner l’enfant dans ses apprentissages scolaires. De plus, les mêmes épreuves devaient aussi servir à évaluer les performances de l’école, devenant un outil pour le pilotage du primaire. Dans son rapport sur l’évaluation, l’Inspection Générale insiste sur ce point : « l’absence de différenciation entre évaluation formative et sommative est récurrente. Le mélange des deux empêche les enseignants de connaître le niveau des acquis des élèves et donne à ces derniers le sentiment d’être en contrôle permanent, ce qui engendre une forme de stress pour certains » (lire ici). Pour le SNUipp-FSU c’est l’évaluation au service des apprentissages qui doit prévaloir. Elle doit s’appuyer sur l’avancée de chaque élève et sur la capacité des enseignants à construire des réponses didactiques et pédagogiques adaptées. Selon l’Ifé, l’évaluation formative doit être « plus un message qu’une mesure », elle doit permettre de « communiquer à l’évalué ce qu’on attend de lui et de lui faire partager les finalités de l’apprentissage ». C’est donc vers une prise de conscience des enjeux qu’elle doit tendre, pour devenir également formatrice en fournissant à l’élève des éléments d’analyse de ses stratégies d’apprentissage et favoriser la mise en place de procédures d’autorégulation.

Des évaluations bienveillantes

Pour autant, les prescriptions actuelles de l’administration laissent aux équipes des marges de manoeuvre. En témoigne l’école de Saint-Seurin sur l’Isle en Gironde. Avec la conseillère pédagogique de la circonscription, l’équipe a conçu des cartes d’apprentissages, avec pour objectif que chaque élève sache où il en est, qu’il puisse verbaliser ses progrès et que ses parents puissent suivre son parcours (lire ici). À la maternelle Martin Luther King de Châteauroux (Indre), les enseignants suivent la même démarche. Ils ont mis en place un « classeur des savoirs » ayant des fonctions similaires à celles des cartes d’apprentissages. « Dépasser le faire pour arriver à j’ai appris ou je sais faire. (…) Privilégier le on va apprendre plutôt que le on va faire. (…) A partir de là, on peut évaluer », explique la directrice Angélique Bosc, par ailleurs animatrice départementale de l’Ageem (lire ici).

Dans les deux écoles, la mise en place de ces outils et ces pratiques a demandé du temps et un fort investissement personnel, parfois pris sur le temps libre. Faire évoluer le système actuel, permettre aux équipes de s’approprier de nouvelles formes d’évaluation, requiert aussi certaines conditions : du temps dégagé pour un véritable travail en équipe, des effectifs réduits dans les classes, de l’accompagnement et bien sûr, de la formation initiale et continue. Pour Bernard Rey, professeur en sciences de l’éducation, il y faut en effet beaucoup de professionnalisme et de savoir faire : « interpréter les erreurs des élèves, les saisir non pas comme les effets d’un manque d’effort ou d’attention, mais comme relevant des conceptions qui font obstacle à l’accès au savoir ; repérer les élèves qui sont dans le « malentendu » à propos des tâches scolaires » (lire ici). L’évaluation au cœur du métier en somme.

*L’évaluation des élèves par les enseignants dans la classe et les établissements : réglementation et pratiques. Une comparaison internationale dans les pays de l’OCDE. Cnesco, décembre 2014.

Conférence sur l’évaluation : Contribution du SNUipp

« Depuis plusieurs années, l’image de l’évaluation s’est brouillée. Enseignants et parents ont été désorientés par des dispositifs dont les objectifs étaient loin d’être explicites et l’intérêt loin d’être partagé. » Partant de ce constat, il est donc nécessaire pour le SNUipp-FSU de reposer un cadre stable à l’évaluation en redéfinissant ses finalités et ses usages. C’est pourquoi le syndicat a tenu à prendre part au débat lancé dans le cadre de la Conférence nationale sur l’évaluation. Il y a détaillé ses propositions pour « une évaluation exigeante mais bienveillante, au service des apprentissages et de la réussite pour tous les élèves ». Il préconise notamment de différencier l’évaluation des élèves et celle du système éducatif pour lui redonner sa juste place. Mais, selon le syndicat, mieux évaluer pour mieux faire réussir impose aussi de traiter les questions de formation et de conditions de travail, notamment celle des effectifs. « Encourager, porter une attention à tous et à chacun pose de manière évidente la question du nombre d’élèves par classe ». (Lire sur snuipp.fr)

L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier
- Les pratiques analysées
- Deux questions à Nathalie Mons : « Une réflexion sur la nature des épreuves »
- Une équipe à Saint-Seurin (33) : Travail à la carte
- Maternelle à Chateauroux (36) : Apprendre avant d’évaluer
- Entretien avec Bernard Rey : « Pas un discours sur l’élève mais un discours à l’élève »