Dossier "Les parents à l’école : Entrer sans frapper"
Présentation du dossier
15 décembre 2014

Le torchon brûle-t-il entre enseignants et parents ? Le moins que l’on puisse dire en tout cas c’est qu’il y a des tensions. Ne parlons pas de la journée de retrait organisée en réaction à l’éducation à l’égalité des sexes à l’école ; une campagne cherchant à instrumentaliser l’école avec une visée toute réactionnaire. Laissons de côté aussi l’agitation des gilets jaunes et leur appel au boycott de l’école pour protester contre la réforme des rythmes scolaires. Ces manifestations caractérisées par leur virulence et leur mauvaise foi ne constituent que des épiphénomènes très minoritaires. Mais ces mouvements extrêmes mis à part, il faut bien se rendre à l’évidence, l’autorité de l’institution n’est plus ce qu’elle était. Dans les écoles, certaines interventions de parents sont vécues comme de véritables intrusions. Le malaise est latent et semble gagner du terrain chez les enseignants comme chez les parents. Selon le sondage de rentrée du SNUipp-FSU, 30% des enseignants du primaire ne sont pas satisfaits de leurs relations avec les parents, beaucoup s’estimant même victimes d’agressions verbales. Fort heureusement ce n’est pas l’opposition permanente non plus, mais parfois certaines situations pèsent.

Des désaccords pouvant conduire à la méfiance

Des « difficultés à dialoguer », des relations revêtant « un caractère plutôt sombre », une « double défiance », celle des parents vis-à-vis des enseignants et réciproquement, « des tensions de plus en plus visibles »… Le rapport de la mission d’information de l’Assemblée nationale sur les relations entre l’école et les parents paru en juillet mesurait l’étendue des incompréhensions (lire p16). « Il est sain qu’il existe des désaccords car la coéducation ce n’est pas on pense tous le même chose », estime malgré tout Paul Raoult, président de la FCPE (lire p16). Il parle aussi « des chocs de culture entre ce que les familles transmettent à leurs enfants et ce que l’école leur apprend », ajoutant : « il faut faire comprendre aux parents que l’école ne remet pas en cause leur parole, accepter que des visions différentes des choses puissent s’exprimer ». Les tensions n’ont pas pour seule origine les « chocs de culture ». Les devoirs, il y en a trop ou pas assez, les méthodes d’apprentissage, il faut en changer… Ces interventions ne sont pas rares et pas du seul fait des familles les plus proches de l’école, comme on pourrait facilement le croire. Chez les familles populaires aussi, le doute s’immisce parfois. « Il y a une confiance première des parents à l’égard de l’école. Mais les règles de l’échange n’étant pas claires et partagées, cette confiance première peut rapidement devenir méfiance voir défiance  » explique Pierre Périer, professeur en sciences de l’éducation (Fsc 405). En arrière plan peut-être, et quel que soit le niveau social, une même préoccupation, celle de la réussite et de l’avenir professionnel de ses enfants. La crise, anxiogène, suscite des tensions nouvelles, pèse sur l’école devenue malgré elle le réceptacle des angoisses des familles dans un contexte socioéconomique marqué par le chômage. « Ces tensions rejaillissent sur ceux qui sont en première ligne : les enseignants et les représentants des parents d’élèves », estime Gilles Monceau, professeur en sciences de l’éducation (lire p19). Dans ces conditions, la solution n’est certainement pas dans le repli sur soi, mais comment rétablir le lien ? Les enseignants ont besoin d’être outillés, d’être formés, dotés de moyens et soutenus par l’institution. Le café médiatique offert aux parents par la Ministre, rue de Grenelle, reste bien loin du compte.

Besoin du soutien de l’Institution

Mais c’est avant tout sur le terrain que la confiance se (re)construit. Premier cas de figure à l’école Jean Moulin de Nîmes dans le Gard, au coeur du quartier plus que sensible du Chemin bas d’Avignon. Tout un dispositif a été mis en place pour ouvrir les portes de l’école aux parents. Le jeudi,sur le temps scolaire, c’est justement le moment du café des parents. Dix à vingt personnes à chaque fois pour débattre de thèmes choisis par l’animateur en concertation avec l’équipe. « Ce que nous voulons, c’est associer les parents et les rendre acteurs » confie le directeur de l’école (lire p17) qui bénéficie d’une décharge compète et de l’intervention d’un animateur payé par la Mairie. Changement de décor dans le Pays de Gex, dans l’Ain. Une circonscription où le niveau de vie est plutôt élevé. Ici, « les réactions des parents sont poussées à l’extrême » confie une enseignante. Certains parents d’élèves n’hésitent pas parfois à user de leur entregent pour passer au-dessus de la hiérarchie, plus nombreux sont ceux qui contestent les leçons à apprendre, corrigent les corrections des maîtres, exigent des classes transplantées… Mais là, les équipes se trouvent bien démunies, sans soutien de l’institution (lire p16). Rétablir la confiance là où elle vacille, c’est en quelque sorte le maître mot. Pourquoi faut-il de la confiance parents-enseignants ? Parce que c’est une des conditions de la réussite scolaire. « Peut-être que les parents dont les élèves réussissent le mieux sont ceux qui investissent le plus l’école », s’interroge Gilles Monceau (lire p19). « Ce qui est sûr, c’est que dès lors qu’on bouge la place des parents dans l’école, qu’on leur donne une place sans leur dire ce qu’ils ont à y faire, le climat scolaire change et s’améliore ». Alors, aux parents, ne faut-il pas leur ouvrir la porte ?

Un lien à consolider

Les parents d’élèves, usagers de l’école y ont une place officielle. Au sein des conseils d’écoles, leurs représentants élus donnent leur avis sur les questions intéressant la vie de l’école, votent le règlement intérieur et participent à l’élaboration du projet d’école. Ils siègent également au Conseil départemental de l’éducation nationale, instance consultative où sont notamment présentées les décisions de carte scolaire. Les enseignants, eux, doivent consacrer une partie de leurs 108 heures réglementaires aux relations avec les familles. La loi de refondation s’est penchée sur la relation des parents à l’école mais, hormis son incitation à la création d’espaces parents dans chaque établissement, elle s’est surtout contentée de mettre l’accent sur des dispositifs déjà existants sans vraiment dépasser le stade des déclarations d’intention. Le café des parents récemment mis en place par la ministre relève plus d’une opération médiatique que d’un réel souci de faire évoluer les pratiques

L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier
- Rapport assemblée nationale : développer la coéducation
- Trois questions à Paul Raoult, président de la FCPE : « « Expliquer pour recueillir l’adhésion des parents » »
- Nîmes : Et si on prenait un café à l’école  ?
- Pays de Gex (01) : Les enseignants font tampon
- Entretien avec Gilles Monceau, professeur en sciences de l’éducation, laboratoire EMA, Université de Cergy-Pontoise : « Jouer sur les ambiguïtés »