Dossier "Manuels scolaires : Les mettre à la page"
Présentation du dossier
13 octobre 2014

Avec la refonte des programmes du primaire, il va falloir revoir les manuels scolaires. Une occasion pour questionner cet outil pédagogique vieux comme l’école et qui doit s’adapter aujourd’hui à de nouveaux usages.

Ce n’est pas un saut dans l’inconnu, mais il va falloir viser juste. Les nouveaux programmes pour la maternelle entreront en vigueur à la rentrée 2015, la consultation est en cours et on attend la rédaction des textes officiels pour cette fin d’année. Pour préparer les fichiers, les outils pédagogiques, le livre du maître, ça va être court. « Nos équipes d’auteurs partent des hypothèses qui semblent les plus solides, au risque de devoir tout reprendre au dernier moment », confie Sylvie Milochevitch responsable des éditions primaire chez Hatier (lire l’article). Pour leur part, les nouveaux programmes de l’élémentaire qui entreront en vigueur en 2016 ne posent pas ce problème. Ils seront finalisés en juin. Habituellement c’est en janvier que les éditeurs mettent sous presse, il faut que les manuels arrivent dans les écoles vers le mois de mars afin que les professeurs des écoles puissent les sélectionner, les prendre en main. L’élaboration d’un manuel ne tenant pas seulement compte des programmes, ils auront donc le temps nécessaire pour réunir en amont des équipes d’experts tenir compte des pratiques, et tenter de proposer des ouvrages facilement utilisables. Expérimenter avec les enseignants Manque de temps ou pas, la nécessité de produire de nouveaux manuels fournit sans doute une occasion, celle de remettre les choses à plat. « À l’heure de la révolution numérique, au moment où l’école cherche les voies d’un enseignement plus personnalisé, la question du manuel, de sa forme, de son utilité et de son utilisation, se pose dans des conditions nouvelles. A quoi sert-il ? Sert-il effectivement  ? Dans quelle mesure et pour quoi les élèves et les enseignants en ont-ils besoin et l’utilisent- ils ? Qu’en attend l’institution ? Qui doit payer ? Que signifie au siècle d’internet le manuel pensé du temps de Jules Ferry ? » Dans un rapport publié en mars 2012 l’IGEN semblait prendre date posant des questions pertinentes sur les usages (lire l’article). Mais il n’y a pas non plus qu’une seule manière de faire pour élaborer un manuel. Dans le Puyde- Dôme, les chercheurs Sylvie Cèbe et Roland Goigoux ont pris le temps de la pratique en classe avant de finaliser leur manuel de lecture-compréhension Lectorino et Lectorinette. Leurs outils ont été expérimentés dans les classes, sur le principe de l’échange entre la théorie et la pratique. « Au début certaines séances étaient trop longues, ou des outils trop lourds. Il a fallu redécouper les séances ou alléger des phases pour les rendre plus dynamiques », indique Frédéric Gilbert, enseignant en CE1-CE2 à Chanat-la-Mouteyre qui a participé à l’expérience (lire l’article).

20% des enseignants utilisent le manuel numérique

La remise à plat, c’est aussi tenir compte de la réalité des usages. Bien souvent, le manuel n’est pas l’alpha et l’omega des supports pédagogiques. Chacun le prend à sa main, utilise d’autres documents selon les séances ou les notions à aborder. Dans certaines écoles où les enseignants d’un même niveau ont fait le choix d’utiliser le même manuel, tous ne l’utilisent pas de la même manière. En mars dernier, Fsc (n°397) publiait un reportage réalisé dans une grande école de Saint- Marcellin-en-Forez dans la Loire, où les 3 CP travaillaient avec Ribambelle : « avec l’expérience on enlève ou on ajoute plus de choses » confiaient les enseignants (lire le reportage) De toute évidence le choix des manuels est une question complexe. En témoignent encore ces réseaux sociaux sur lesquels les PE donnent leur avis sur tel ou tel manuel, échangent, font part de leurs interrogations pédagogiques, racontent leurs pratiques, se posent des questions entre pairs. « En géographie j’utilisais les classeurs MDI. Je les trouvais très pratiques car on pouvait choisir des itinéraires en fonction de nos besoins, de nos intérêts », témoigne par exemple un socionaute (lire l’article). La remise à plat, ça consiste encore à tenir compte des mutations qui s’opèrent dans le corps enseignant et dans ses pratiques. Le numérique gagne du terrain, plus de 20% des enseignants du premier degré utilisent un manuel numérique, ils n’étaient que 8% en 2011. De plus en plus d’écoles sont équipées et les enseignants semblent séduits par toutes les possibilités qu’ouvre le tableau blanc numérique (garder la trace du travail fait avec les élèves, mélanger différentes ressources, apporter du multimédia, l’interaction…). Bien entendu, les usages sont limités par le matériel, notamment dans les écoles mal équipées. Dans une vision prospective, le professeur à l’ENS Cachan Éric Bruillard estime que l’usage du numérique à l’école s’inscrit dans les gènes du métier : « Un enseignant a toujours produit et modifié ses ressources pour les adapter à ses élèves. Le numérique peut simplifier ce travail et faciliter les échanges de ressources qu’elles viennent des éditeurs ou des enseignants eux-mêmes » dit-il lire ici. Et puis, comme le souligne Eric Bruillard, le manuel « a aussi un rôle de transmission des valeurs ». A ce titre, il fat l’objet de forts enjeux sociétaux. La remise à plat des manuels c’est l’opportunité d’en finir avec ces travers qui parfois persistent, ceux de la représentation des stéréotypes, de la reproduction des schémas sociaux … En revanche, il y a une question à laquelle la sortie des nouveaux manuels ne répondra pas, c’est celle des inégalités territoriales. Toutes les écoles ne seront pas forcément aussi bien fournies les unes que les autres. On sait que le montant des crédits pédagogiques peut varier de 1 à 10.

L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier
- Le coût des outils pédagogiques
- Au rapport : Un usage paradoxal
- Trois questions à Sylvie Milochevitch, directrice éditoriale du secteur scolaire primaire aux éditions Hatier : « Tenir compte des différentes pratiques des enseignants »
- Lectorino et Lectorinette : Un outil irrigué par la pratique quotidienne
- Échanges professionnels : Parler manuels, c’est parler métier
- Entretetien avec Éric Bruillard, Professeur d’informatique à l’ENS : « Le numérique peut faciliter les échanges de ressources »