Dossier "Inspection : changer de rapport"
Présentation du dossier
3 octobre 2014

Stressante, plus marquée par les lourdeurs administratives que par sa dimension formative, l’inspection reste une préoccupation pour les enseignants. Décryptage d’un dispositif plein de contradictions.

Entre les deux mon coeur balance. 50 % des enseignants du 1er degré sont insatisfaits de leur relation avec l’inspection, ce qui voudrait dire que l’autre moitié n’y trouve rien à redire ou presque. Cet équilibre révélé par un sondage du SNUipp-FSU réalisé au mois de juin dernier n’est en réalité que de façade. Il n’est pas nécessaire de creuser longtemps pour se rendre compte que tout n’est pas soit tout noir soit tout blanc et qu’en vérité, l’inspection est un sujet très préoccupant pour les PE. 82% estiment que le rapport à la hiérarchie est purement administratif, 75 % qu’il s’agit d’un contrôle qui ne tient pas compte de leurs préoccupations. En outre, si pour les ¾ d’entre eux cette relation n’est pas perçue comme conflictuelle, 70 % regrettent qu’elle ne soit pas basée sur un accompagnement et 66% qu’elle ne se traduise pas par davantage d’écoute et d’échanges. 78 % trouvent ce moment stressant et aucun consensus ne se dégage sur les aspects positifs de cet exercice qui peut être jugé valorisant (52 %) ou constructif (49 %) mais aussi inutile (56 %) et peu formateur (58 %).

Des modalités fixées il y a plus de 30 ans

Contradictoire, donc, la première donnée du sondage avec les suivantes, mais ce n’est pas l’unique ambiguïté qui traverse ce dossier. L’ambiguïté, elle émane d’abord de l’administration qui n’a pas modifié des modalités de fonctionnement définies il y a plus de 30 ans par une note de ser- Stressante, plus marquée par les lourdeurs administratives que par sa dimension formative, l’inspection reste une préoccupation pour les enseignants. Décryptage d’un dispositif plein de contradictions. vice (lire p16). Cette note formule aussi des recommandations quant à l’entretien, l’observation en classe ou la visite d’établissement, les rapports, les notes… Des modalités précisées par une nouvelle note en 1994 sur la stratégie à adopter en cas de refus d’inspection et par l’ajout en septembre 2013 du référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation (lire p16). Pas grand chose de neuf donc et si l’école a bien changé, les inspecteurs restent contraints à courir plusieurs lièvres à la fois, ce qui les assoit forcément entre deux chaises vis-à-vis d’enseignants qui déplorent de plus en plus la lourdeur des taches administratives, quand le SNUipp-FSU juge cette situation « inefficace et infantilisante ». Les inspecteurs doivent tout à la fois contribuer à l’amélioration de l’enseignement, à l’évaluation de l’enseignant et à la gestion des ressources humaines. De manière transversale il s’agit aussi de procéder à un contrôle de conformité par rapport aux programmes et instructions de l’Éducation nationale (lire p13). Et la note attribuée, outre qu’elle obéit à des règles pouvant varier entre les départements et parfois même à l’intérieur d’un même département (lire p16), conditionne la progression de carrière. Elle est parfois vécue comme arbitraire d’autant qu’en de rares exceptions heureusement on frise la caricature. Ici une inspectrice qui exige que durant son passage la classe soit soumise à un exercice de chant, là un inspecteur qui demande des séances de science même si l’enseignant, affecté à temps partiel dans la classe, ne s’est pas occupé de cet enseignement. L’ambiguïté, on la retrouve encore chez les enseignants eux-mêmes. Certes, il sont très critiques face à cette évaluation, mais semblent hésitants dès lors qu’il faudrait franchir le pas pour aller vers autre chose car la note reste à ce jour le seul indicateur permettant une reconnaissance de leurs compétences professionnelles. Des deux côtés, on reste attaché aux modalités actuelles. « Les inspecteurs y voient toujours un fondement important de leur métier ; les enseignants craignent d’autres modes d’évaluation et préfèrent cette solution sous-optimale » assure Xavier Pons sociologue de l’éducation (lire p17).

Déconnecter note et inspection professionnelle

Dans le Val-d’Oise, les équipes d’inspection ont franchi le Rubicon. Elles ont mis en place un système d’inspection collective. Une évaluation des pratiques des équipes d’écoles auprès des élèves débouchant notamment sur un plan de formation. Quant à l’attribution de la note, elle est complètement déconnectée et résulte d’un travail fait en amont en individuel. Pas facile à faire il est vrai : «  le dispositif est lourd mais il donne des clés pour travailler ensemble et permettra à chacun d’apporter des points de vue différents sans prétendre détenir la vérité  » reconnaît Philippe Mauget IEN dans la circonscription de Saint-Ouen-l’Aumône (lire p15). Ces problématiques ne peuvent pas être ignorées, d’autant qu’un rapport de l’Inspection générale datant de 2013 pointe la nécessité d’évaluer… les évaluateurs. L’inspection n’améliore pas la qualité de l’enseignement au bénéfice des élèves, « faute d’accompagnement » (lire p14). Comment lever ces contradictions ? Le Syndicat national des personnels d’inspection de la FSU a élaboré une charte « qui définit une déontologie de l’inspection » comme l’explique son secrétaire général Paul Devin (lire p14). « Elle doit s’effectuer dans le respect du droit des personnels et reposer sur une confrontation d’expertises différentes et complémentaires. L’enseignant maîtrise la pratique quotidienne (…) l’inspecteur se place dans une positions à distance. » Mais pour le SNUipp-FSU, il faut encore aller plus loin. Déconnecter note et inspection professionnelle lèverait pas mal de ces ambiguïtés, servirait davantage le développement professionnel pour privilégier les aspects formatifs de l’exercice plutôt que sa dimension sommative et, au final, agirait en faveur de la réussite des élèves.

L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier
- Rapport : L’inspection inspectée
- Trois questions à Paul Devin, IEN, secrétaire général du SNPI-FSU : « Une confrontation d’expertises »
- Val d’Oise : Et si on la jouait collectif ?
- Évaluation : quelles évolutions ?
- Entretetien avec Xavier Pons, maître de conférences en sciences de l’éducation : « Quelle effectivité ? quelle équité ? quelle efficacité ? »