Dossier "Redoubler : c’est dépassé ?"
Présentation du dossier
8 septembre 2014

Le redoublement doit devenir « exceptionnel ». Derrière le flou de cette préconisation se cache une pratique bien ancrée dans le système éducatif français. Y mettre fin suppose une profonde transformation de l’école avec des moyens adaptés.

Il y a des jours comme ça où les infos distillées par les organismes officiels tombent à pic. En ce mardi 2 septembre, jour de rentrée des classes et alors que Fenêtres sur cours est en train de boucler son dossier sur le sujet, l’Insee ressort ce chiffre clef : 12% des élèves arrivent en 6e avec une année de retard. Ce n’est pas un hasard si l’info est reprise sur toutes les ondes, ça change du sujet des rythmes qui n’a cessé d’accaparer l’actualité ces derniers mois, mais ça pose aussi un éclairage sur une des nouveautés annoncées dans le cadre de la loi d‘orientation de 2013 : le redoublement revêt désormais un caractère « exceptionnel ». En réalité, le décret d’application correspondant, qui pourrait spécifier ce que signifie exactement ce terme « exceptionnel  », reste en attente. On en a bien une petite idée, il pourrait concerner les élèves victimes d’une longue maladie durant l’année scolaire, ou de certains élèves en situation de handicap. Mais pour l’instant les enseignants devront composer avec ce qu’ils ont déjà entre les mains : les textes de 2005 notamment qui préconisent le recours à un programme personnalisé de réussite éducative pour accompagner les élèves (lire l’article).

Inefficace et coûteux

1989 avec les cycles, 2005 avec la loi Fillon, 2013 avec la loi d’orientation sur l’école, régulièrement l’affaire revient sur le tapis et l’on ne peut pas dire que rien ne bouge puisque le taux de retard en fin de CM2 diminue d’année en année (lire l’article). Mais pour autant, la France reste un des pays de l’OCDE où l’on redouble le plus. Dans les pays comparables, la moyenne est de 7 % et dans certains pays, c’est même redoublement zéro. C’est le cas par exemple de la Finlande, pays maintes fois cité en exemple. Son système de fonctionnement de l’école et les moyens permettant le suivi des élèves en difficulté font que tout le monde y termine à l’heure sa scolarité obligatoire. D’autres pays n’admettent pas le redoublement mais ont des pratiques plutôt contestables (lire l’article). Alors pourquoi vouloir toujours s’en prendre au redoublement ? Les raisons sont multiples et disons-le, parfois pragmatiques. Le système est inefficace puisqu’aux évaluations internationales les élèves français ne brillent guère. D’autres études montrent aussi que si un mieux est constaté l’année du redoublement, les effets deviennent négatifs seulement deux ans plus tard. De plus, le redoublement s’avère inéquitable. À niveau égal, on a plus de risque de redoubler si on est dans une classe « forte » que si on est dans une classe « faible ». Et c’est sans parler des effets de cette pratique sur l’élève lui même. « Nous connaissons tous un enfant pour qui le redoublement n’a pas été catastrophique, voire bénéfique pour repartir du bon pied  », mais « les conséquences néfastes sur le plan psychologique sont souvent mésestimées » note Thierry Troncin, formateur à l’Espé de Bourgogne (lire l’article). Et puis, le redoublement ça coûte cher, 6 000 € par an et par élève au primaire, soit 415 M€ pour le premier degré, l’équivalent d’environ 6 500 postes de PE. En cette période la question n’est pas dénuée d’intérêt pour le ministère. Pourtant, à voir ce qui se passe sur le terrain, on ne peut pas dire que le redoublement pose vraiment problème. Les parents font majoritairement confiance à l’enseignant et, convaincus du bien fondé des ses décisions, peu s’opposent au redoublement de leur enfant même si, Paul Raoult, président de la FCPE se dit contrarié parce que « l’élève redoublant est exclu de sa tranche d’âge et qu’il se sent dévalorisé  » (lire l’article).

Soutenir d’abord les élèves les plus faibles

Mais si le redoublement perdure c’est aussi parce qu’il a ses partisans. Certains le considèrent comme un outil de remédiation qui aidera les élèves à rattraper leur retard. Pour d’autres, c’est la question de l’homogénéité des classes qui est en jeu car elle serait un gage de réussite pour les élèves. Pour d’autres enfin, la peur du redoublement aurait un effet incitatif : « si tu travailles mal tu redoubleras ». Alors, comment faire autrement ? La question vaut son pesant d’or. Peut-on envisager une école sans redoublement dans les conditions actuelles d’accueil des élèves et de moyens alloués à l’éducation ? Faire autrement, c’est toujours possible, avec les moyens de différencier les pratiques, de bénéficier de temps pour croiser les regards et travailler en équipe, pour suivre une formation appropriée. C’est faisable, avec un gros investissement personnel, comme le démontre l’élémentaire Clément de Montmagny (94) où l’organisation de l’école en classes multi-âges permet de trouver des alternatives. C’est le cas aussi à Beynost (01) où l’équipe a pu mettre en place un dispositif pédagogique permettant une différenciation au sein de chaque classe, avec des emplois du temps aménagés dans l’école (lire l’article). Alors, peut-on en finir avec l’exception française ? Denis Meuret, professeur en sciences de l’éducation en est convaincu : « il faut mettre en place des politiques éducatives avant tout pour les élèves les plus faibles », dont on sait qu’ils constituent le gros du bataillon des exclus du système éducatif (lire l’article). « Les soutiens qui marchent le mieux sont les soutiens précoces ». Une bonne raison de plus en faveur de moyens et d’accompagnement pour la transformation de l’école primaire.

L’ensemble du dossier :
- Le redoublement ne peut plus être qu’exceptionnel
- Une exception française en voie de disparition ?
- Des alternatives pour apprendre et rester ensemble
- Du côté des parents : Des adhésions de principe
- Et ailleurs : Mais comment font-ils donc ?
- Trois questions à Thierry Troncin : « Une rigidité structurelle sclérosante »
- Entretien avec Denis Meuret : « Coûteux, inéquitable et inefficace »