Dossier "Prof d’écol : vous me reconnaissez ?"
Présentation du dossier
5 septembre 2014

Dégradée, peu reconnue et dévalorisée, c’est ainsi que les enseignants du premier degré perçoivent leur profession selon un sondage réalisé pour le SNUipp-FSU. Une crise à plusieurs facettes qui traduit d’abord celle dont souffre l’école. Il est grand temps de restaurer la confiance.

« Plus de six enseignants sur dix se déclarent insatisfaits de leur situation professionnelle actuelle et ce constat s’accentue nettement avec l’ancienneté. Près de neuf enseignants sur dix ont le sentiment que leur profession a une mauvaise image dans la société française. » Dans « Les préoccupations des enseignants en 2014 », enquête réalisée pour le SNUipp-FSU en juin dernier, Harris interactive décrit des enseignants en proie au doute, ayant une vision négative de leur profession malgré, et c’est à noter, une nette fierté à exercer ce métier (lire l’article). Le malaise, on l’a vu venir, on l’a vu grandir depuis plusieurs années jusqu’à parvenir à ce point où le voilà bien installé. Il n’y a rien de bon à attendre d’une telle situation, pas plus pour les enseignants qui en souffrent, que pour les élèves dont la réussite réclame un minimum de sérénité dans les écoles et les classes. Alors que s’engage l’an II de la réforme de l’école primaire, il est grand temps de restaurer cette confiance qui s’est étiolée au fil des années. La crise, c’est celle de la confiance en soi pour des enseignants qui ont parfois le sentiment de ne pas y arriver. Il y a ce taux de 15% d’élèves en difficulté que l’institution ne parvient pas à résorber et dont on a trop facilement tendance à les rendre seuls responsables. Il y a la perte de repères quand tout ce qui fait le cœur du métier, la classe, la pédagogie, semble moins important aux yeux de la hiérarchie que les démarches administratives, les contraintes organisationnelles... Les enseignants doivent reprendre la main : c’est ce que propose le SNUipp (lire l’article).

Un métier qui ne s’invente pas

La crise, elle s’alimente aussi de ces non-dits qui laissent à penser qu’enseigner ne demande pas de compétences particulières. On se souvient de la polémique soulevée par Gilles de Robien sur l’apprentissage de la lecture. Il suffisait simplement d’appliquer une méthode précise pour que les élèves apprennent à lire avec succès à tous les coups : les enseignants étaient remisés au rang d’exécutants. Les politiques de formation mises en œuvre par la suite reposaient sur ce même ressort. « Ces dernières années, une formation initiale défaillante, l’abandon de l’apprentissage des méthodes pédagogiques et une formation professionnelle quasi inexistante ont accentué les difficultés. Les enseignants sont accompagnés la première année puis abandonnés et ils ont le sentiment de pratiquer leur métier de façon de plus en plus isolée  » souligne Eric Charbonnier, expert en éducation auprès de l’OCDE (lire l’article). Crise encore quand la hiérarchie n’est plus perçue comme une ressource, mais comme le gendarme de l’Inspection d’académie débarquant dans les écoles pour contrôler, vérifier, enjoindre. L’ergonome Fabien Coutarel pour qui « il n’y a pas vraiment d’encadrement dans l’école », le dit avec force. Ce qui manque, c’est « quelqu’un qui soit proche des équipes, en soutien, qui ait des compétences et du temps pour aider à construire des réponses collectives aux difficultés quotidiennes du travail et aux problèmes de pratique professionnelle. Quelqu’un qui puisse proposer un cadre et des ressources mais aussi faire respecter ce cadre  » (lire l’article). Au fond, ce qu’il décrit ici, c’est le profil type de l’IEN tel qu’il devrait être sur le terrain. Mais l’épreuve des faits est implacable, dans leur travail nombre d’inspecteurs se cantonnent aux contrôles tâtillons réclamés plus haut. Ceux qui croient que le mot pédagogie a encore un sens semblent être devenus des perles rares. Dans la 3e circonscription de Périgueux (24) les équipes travaillent avec un inspecteur de cet acabit. Eric Gutkoswki a construit un rapport hiérarchique avec les enseignants et les équipes basé sur une relation de professionnel à professionnel. Le climat qui s‘instaure est plus empreint de confiance que de méfiance. Le cadre devient tout de suite plus propice à l’émergence de dynamiques autour de projets et de pratiques à haute teneur pédagogique. « La confiance qu’il met dans nos choix pédagogiques nous donne l’élan de s’impliquer sans la peur d’être mal jugé » commente une enseignante (lire l’article). Ces « bonnes pratiques », peuvent se retrouver dans une charte élaborée dès 2009 par le syndicat FSU des inspecteurs qui s’inquiétait de la tournure prise par les inspections (lire l’article).

Les attentes des parents

La crise, c’est encore cette sorte de défiance à l’égard de l’école et des enseignants qu’exprime un nombre grandissant de parents. S’interroger sur les méthodes mises en œuvre, sur la pertinence de donner ou pas des devoirs à la maison, n’est plus l’apanage des seules familles des classes moyennes. Spécialiste des sciences de l’éducation, Séverine Kakpo constate une exigence grandissante des familles populaires envers l’école. La persistance de l’échec scolaire, la crise économique et un taux toujours très élevé de chômage, ne sont pas sans expliquer cette pression sociale. Docteur en sciences de l’éducation, Anne-Marie Chartier nuance quelque peu le tableau : « des parents peuvent avoir confiance dans l’enseignant, dans l’équipe pédagogique d’une école, mais dans le même temps être méfiants à l’égard de l’institution en général » (lire l’article). Et puis, la crise c’est enfin celle de la dévalorisation du métier, qui se traduit notamment par des salaires reconnus parmi les plus bas des pays de l’OCDE, pour un métier qui requiert un haut niveau d’étude et de qualification. La crise de confiance, c’est en fait celle de l’école. Cette dernière se nourrit du manque de reconnaissance du métier d’enseignant qui, comme un ver dans la pomme, affaiblit le système. Et c’est sans doute le levier qu’il faudrait actionner quand les études internationales démontrent que les pays dans lesquels les élèves réussissent le mieux sont aussi ceux où l’enseignant est le plus valorisé.

L’ensemble du dossier :

- Se recentrer sur le métier
- Sondage snuipp : en quête de reconnaissance
- 3 questions à Éric Charbonnier, expert à la direction éducation de l’OCDE
- 3 questions à Anne-Marie Chartier, chercheuse associée au LA RHRA/ENS-Lyon
- Circonscription : Quand la hiérarchie accompagne
- IEN : Un encadrement à restaurer
- Entretien avec Fabien Coutarel, ergonome, enseignant-chercheur