Dossier " Professeur des écoles : un portrait à retoucher "
Présentation du dossier
17 juin 2014

Le bilan social publié par le ministère est sans appel : les indicateurs qui permettent de juger de la situation de l’école et de ses personnels virent au rouge. Une photographie qui appelle à faire bouger l’école.

On pourra longtemps s’interroger sur la perte d’attractivité du métier que révèle la chute du nombre de candidats aux concours. En 2014, près de 10% des postes n’ont pu être pourvus au concours exceptionnel. Alors que le gouvernement entend procéder à 30 000 recrutements d’ici la fin de la mandature, y auraitil en France une crise des vocations ? Et si les véritables raisons de la perte d’attractivité du métier étaient ailleurs ? À la lecture du bilan social de l’éducation publié par le ministère, le doute n’est guère permis.

Prenons le cas de Sandrine. À 40 ans passés, ça fait bientôt 15 ans qu’elle enseigne et si n’étaient ses élèves auxquels elle est attachée, la camaraderie avec les collègues, l’amour du métier, on pourrait dire que sa vie de PE n’est pas un long fleuve tranquille. Sandrine est la PE moyenne telle qu’elle ressort du Bilan (lire l’article). Comme le rappelle Catherine Moisan, directrice de la Depp, l’exercice « s’impose à toutes les entreprises mais aussi à la fonction publique, qui doivent établir un bilan social concernant leurs personnels. Il s’agit de leur rendre compte d’un état des lieux ». C’est donc une obligation légale qui présente un sérieux avantage, celui de proposer une photographie sans concession de l’état de l’école et des personnels, difficilement contestable, et dont toutes les composantes de la communauté éducative peuvent s’emparer : « c’est un document de référence intéressant pour les décideurs » (lire l’article) et pour les représentants du personnel aussi.

Le bilan social a le mérite de la transparence et de l’exhaustivité. Tout y passe : conditions de travail, formation continue, rémunérations, progressions de carrières, concours, retraites, congés maladie… et les maîtres maux qui en ressortent sont inégalités, pénibilité, injustices et perte d’attractivité.

De criantes inégalités de revenus

Les inégalités apparaissent au niveau des rémunérations entre primaire et secondaire. Un PE recruté à Bac + 5 gagne 5 000 € de moins par an qu’un certifié entré au collège au même niveau d’étude, plutôt dévalorisant pour les enseignants du primaire. Le constat n’est pas nouveau. En 2013, selon l’OCDE, les PE français étaient moins bien payés que la moyenne de leurs collègues des pays membres de l’organisation. Elle affirmait que « les écarts de salaire entre les enseignants du primaire et ceux du secondaire sont plus marqués en France que dans la moyenne de l’OCDE ». Selon elle les enseignants de collège gagnent 9% de plus que ceux du primaire, l’écart moyen des pays membres se situant à 5%. La disparité des rémunérations, elle, transparaît aussi au sein même de l’école primaire. On y constate des écarts de 10 000 € par an entre les PE les moins bien payés et ceux qui gagnent le plus (lire l’article).

Les inégalités ce sont aussi celles qui apparaissent entre hommes et femmes. Le salaire net inscrit au bas du bulletin de paye de ces dernières est inférieur de 8% à celui de leurs collègues masculins. Et si elles représentent plus de 80% des effectifs enseignants, au fur et à mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie, elles sont de moins en moins représentées pour devenir carrément minoritairesdès le premier niveau, celui de l’inspection de l’éducation nationale (lire l’article).

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Les congés maladie, témoins de la pénibilité

La pénibilité. Elle est patente dès lors que l’on aborde la question du temps de travail. Elles sont plus que consommées, les 27 heures de temps de service hebdomadaire. Et si le temps devant élèves a été ramené à 24 heures en 2008, la réalité du métier c’est en moyenne 44 heures de travail par semaine et même un peu plus pour celles et ceux qui assument une fonction de direction d’école (lire l’article). Le bilan social confirme ainsi les résultats d’une étude réalisée par le SNUipp- FSU en octobre 2012.

Mais la pénibilité a un autre révélateur : les congés maladie. Le nombre de journées d’arrêt de travail pour raison de santé ne cesse de progresser, notamment chez les moins de 30 ans et chez les plus de 50 ans, âges correspondant à l’entrée dans le métier et à la fin de carrière (lire p 15). Les injustices quant à elles vont se nicher de ci de là. C’est le cas pour les demandes de mutations par exemple, moins de 4 enseignants sur 10 obtiennent satisfaction quand leur demande est motivée par un rapprochement familial (lire l’article).

Injustice aussi quant au départ à la retraite. Que l’âge légal survienne en cours d’année scolaire, peu importe. Il faudra émarger jusqu’au 31 août alors que dans le secondaire quand c’est fini, c’est fini. Les mauvaises langues diront que l’école ferme fin juin, mais les directeurs, eux, savent très bien que leur année n’est pas pour autant terminée (lire l’article).

Injustice encore, quand on regarde le système d’évaluation des enseignants. Non seulement l’inspection n’est guère efficace dans le sens où elle n’a pas de vertu formatrice pour eux, mais la note qui en découle détermine durablement le rythme de l’avancement de chacun et génère des écarts de salaires (lire l’article).

On pourrait citer encore la chute de la formation continue qui pèse sur la capacité des enseignants à s’adapter aux évolutions de leur métier, à maîtriser les nouveaux enseignements qu’ils doivent dispenser (lire l’entretien). La situation n’est pas reluisante. Le métier est de plus en plus complexe, la pression sociale de plus en plus forte, ce qu’attendent les enseignants : non pas des chausses trappes mais de la confiance et de la reconnaissance. Un Bilan social qui ne peut rester au fond d’un tiroir et qui appelle à faire bouger l’école.

L’ensemble du dossier :

- Présentation du dossier
- PE : un métier à réhabiliter
- Portrait de PE : profil haut et bas
- Rapports hiérarchiques inspection à revoir
- Rémunérations inégalités à tous les étages
- en BREF
- Chrono : Jamais autant de temps
- « Les différences persistent »