Dossier « L’enfant perturbateur : un "cas" d’école »
Présentation du dossier
5 mai 2014

C’est « le cas », l’élève agité, celui qu’on a du mal à caractériser mais qui perturbe la vie de la classe et le travail de l’enseignant. Comment travailler avec lui, l’accompagner lui aussi sur le chemin des apprentissages et de la réussite ? Vraiment pas simple.

Qui ne se souvient pas du petit cancre, celui qui était assis au fond de la classe, tout près du radiateur  ; le doux rêveur ou la douce rêveuse qui tombait des nues chaque fois que la maîtresse lui posait une question. Il faut dire que la littérature, le cinéma regorgent de personnages espiègles et sympathiques  : Ducobu, les enfants de La guerre des boutons, Boulard dans Les profs... Même le grand Prévert lui faisait dire « non avec la tête » mais « oui avec le cœur » . Que les clichés ont la vie dure ! Car évidemment, les enseignants savent que tout cela n’est qu’angélisme. La réalité à laquelle ils sont souvent confrontés est bien plus complexe, c’est celle des élèves qui ont «  mal à l’école  » et souvent plus même, ces élèves qu’on dit «  agités, décrochés des apprentissages  » , ces élèves qui «  perturbent  » la classe. Comment prendre en compte leurs difficultés ? Pas toujours facile. Tout ne relève pas des idées reçues. Le fait que l’élève n’apprenne pas n’a pas toujours posé de problème. C’était le temps de l’école de la IIIe République ou celui des 30 glorieuses. Accéder à un métier, trouver un travail quand on n’avait pas de diplôme, c’était le lot commun d’une grande partie de la population. Mais la littérature ne dit rien du traitement par l’école de ces élèves victimes de troubles du comportement. N’y en avait-il donc point ? Est-ce en raison de la massification, des attentes sociales de plus en plus exigeantes envers l’école, qu’ils sont devenus si visibles aujourd’hui ? (lire l’article). Après tout, peu importe, tout comme les autres, ces élèves ont le droit d’apprendre, de réussir leur scolarité, de ne pas être oubliés sur le bord du chemin de l’école. Mais ce genre de chose c’est toujours plus facile à dire qu’à faire.

La mise en place de repères

L’élève perturbateur c’est l’enfant agité, bruyant, dont « les perturbations troublent la vie de l’école, le travail des enseignants et celui des autres élèves » comme le définit Thierry Troncin de l’Espé de Bourgogne (lire l’article). Le psychopédagogue Serge Boimare parle de « la peur d’apprendre » (lire ici) de ces élèves qu’on a du mal à caractériser. S’agit- il d’enfants atteints de troubles du comportement, d’enfants qui ont des soucis à la maison, qui s’ennuient dans la classe, qui évoluent dans un contexte social difficile, qui sont en situation de handicap ou dont l’agitation est passagère ? C’est souvent difficile à analyser de prime abord. Pour autant, ces élèves interpellent le maître et l’école, ils l’interrogent sur sa posture professionnelle, sur sa pratique pédagogique. Dans la salle des maîtres on se parle du « cas » , un peu la patate chaude qu’on ne veut pas avoir dans sa classe à la rentrée, qu’on envoie un moment dans celle du collègue histoire de ramener un peu de sérénité dans la sienne. Frédérique Petit-Bellanger, formatrice à l’Espé d’Amiens, parle du « nomadisme de l’élève difficile » et d’une gestion du « cas » tout à fait contreproductive (lire ici). Alors que faire ? La première chose comme souvent est de ne pas rester seul(e). Le travail en équipe, les regards croisés, les actions concertées, constituent déjà une première approche. Les chercheurs soulignent l’importance de la mise en place de repères, de rituels qui aideront l’élève perturbateur à mieux intégrer le groupe classe. « Il importe de construire un cadre de fonctionnement explicite avec un nombre restreint de règles construites collectivement  », ajoute Thierry Troncin.

Toute la complexité de l’acte d’enseigner

Et puis, il y a les RASED, largement décimés mais qui constituent une ressource considérable. «  Le dispositif RASED constitue une réponse pertinente à la prise en charge des élèves ‘perturbateurs’ quand les aides proposées par les enseignants ne permettent pas de dépasser certaines difficultés, d’appréhender leurs origines plurielles ou de les approcher globalement. Nous sommes des ex-pairs formés à la difficulté scolaire » résume Maryse Charmet, la présidente de la FNAREN (lire l’article). Certains IA ont élaboré un protocole de gestion de ces élèves. C’est à la fois une aide au repérage et un outil d’accompagnement avec parfois l’intervention du CPC pour l’élaboration et le suivi de stratégies. À Andrézieux dans la Loire, Stéphanie, maîtresse en CE1, a sollicité le dispositif car malgré les organisations mises en place avec le reste de l’équipe elle se sentait «  dans l’impasse  ». «  Je culpabilisais, je m’en voulais de ne pas trouver de solutions  » (lire l’article). À Toulouse, à l’école Ernest Renan située en REP+, l’équipe a inscrit depuis trois ans dans son projet d’école la prise en compte des difficultés liées au comportement. Des aménagements, qui ne nécessitent pas de modifications importantes, comme la réorganisation de l’accueil en classe pour éviter que les élèves ne se croisent et ne se bousculent dans les couloirs, ont été mis en place. Cette école de 10 classes bénéficie de deux maîtres surnuméraires et de l’intervention d’animateurs du centre de loisir (lire l’article). La façon d’accompagner les élèves perturbateurs ne peut pas être déconnectée des moyens dont disposent les équipes. Le nombre d’élèves par classe par exemple est un facteur non négligeable. Mais que ce soit en équipe, avec les RASED, avec l’accompagnement de protocoles ou les ressources proposées par l’institution (lire ici), la leçon à retenir est que l’élève perturbateur révèle toute la complexité de l’acte d’enseigner et de l’acte d’apprendre. Les réponses à apporter sont multiples et l’école à elle seule ne peut pas tout

L’ensemble du dossier :

- Présentation du dossier
- Une prise en compte institutionnelle
- Historique : passés au premier rang
- « Entendre et accompagner les enseignants »
- Protocole dans la Loire : mieux voir le trouble
- En bref
- Gestion collective à Toulouse : l’autonomie dans le cartable
- « L’école comme un cadre structurant et apaisant »