DOSSIER "TRAVAIL ENSEIGNANT : LE TEMPS QU’IL FAUT "
Présentation du dossier
11 février 2014

Le travail réalisé hors la classe est particulièrement chronophage. L’organisation actuelle des Obligations réglementaires de service ne permet pas d’en prendre la mesure. Une remise à plat s’impose.

Les discussions du chantier métier consacré aux professeurs des écoles ne sont pas closes. Ce pourrait être l’occasion d’une remise à plat des Obligations réglementaires de service (ORS). Ces dernières ont été revues à la faveur de réformes des rythmes, 24 heures annuelles ayant été transférées de l’APC vers les activités qui ne sont pas réalisées devant élèves. Mais ces 24h gagnées sont bien loin de prendre en compte la totalité du temps passé hors la classe et de satisfaire au besoin de déconnecter activités devant élèves et travail hors la classe. Avec les chantiers métier, les ORS ont été revues pour la direction d’école avec une amélioration des temps de décharge. Leur définition sera également modifiée pour une partie des enseignants de l’éducation prioritaire avec un allègement du temps de service en classe, de neuf journées par an pour ceux exerçant dans les futurs REP +. Ces mesures, même si elles restent insuffisantes, vont dans le bon sens. Mais jusqu’à nouvel ordre les ORS des enseignants ordinaires se répartissent entre 24 heures de service hebdomadaire devant élèves, une heure pour l’APC et deux heures dédiées aux réunions institutionnelles. Dans ce décompte, le temps passé hors la classe est laissé de côté. Pourtant, d’après une étude de l’Inspection générale publiée en 2013, les enseignants du primaire travaillent en moyenne 44 heures par semaine. Un surplus de 17 heures lié à la préparation de la classe et qui nécessairement mord sur leur temps libre, « le mercredi et le week-end » notent les IG (lire l’article). De son côté le SNUipp-FSU a réalisé en octobre 2012 une enquête, « Vérité des prix : reconnaître les 1001 facettes du travail des enseignants des écoles », estimant à 4h30 par semaine le temps consacré aux autres activités hors la classe : conseils d’école et de cycle, concertation informelle, élaboration et mise en œuvre de projets pédagogiques, relations aux familles… (lire l’article)

Un ressenti qui traduit un malaise

Tout mis bout à bout, ça commence à faire lourd, mais le surplus d’heures de travail demande à être pondéré. En effet, ces deux études reposent sur le ressenti des enseignants, pas sur une observation rigoureuse du temps passé pour chaque tâche. « Le ressenti d’un allongement important du temps de travail vient sans doute d’une augmentation du rendement demandé », analyse Olivier Maulini, professeur en sciences de l’éducation. « Ce que l’on sait en tout cas, c’est que le sentiment de satisfaction au travail décroît dans la profession, parce que le sentiment croît que le travail à faire n’est pas celui qui devrait être fait idéalement. Personne n’a choisi ce métier pour faire des tâches administratives », poursuit-il (lire l’entretien). Les enseignants lui donnent raison à en croire les témoignages recueillis dans l’Orne à l’occasion d’une table ronde réunissant un panel représentatif de la profession. Ils constatent une accumulation de tâches chronophages imposée par une hiérarchie toujours plus exigeante. « Il faut laisser une trace de tout, on passe plus de temps à montrer qu’à faire » regrette l’un d’entre eux. Les 108 heures annualisées aujourd’hui dédiées à ce travail sont largement consommées par des tâches davantage liées aux exigences de l’administration qu’aux besoins pédagogiques (lire l’article). Nécessité d’organiser le travail d’un côté, de rendre compte de l’autre, rien d’étonnant à ce que le travail invisible participe au malaise qui a gagné la profession ces dernières années.

La confiance aux enseignants gage d’efficacité

Le système tel qu’il fonctionne aujourd’hui témoigne d’ un manque de confiance envers les professeurs des écoles. Ils doivent justifier toujours plus des activités effectuées hors la classe. Pourtant, la confiance envers les maîtres est un facteur déterminant de l’efficacité de l’école. C’est en tout cas ce dont témoigne le récurrent premier de la classe aux évaluations PISA : la Finlande. Comme en France, les enseignants du premier degré bénéficient de 3 heures hebdomadaires en plus des 24 heures passées avec leurs élèves. Mais le contenu de ces 3 heures est laissé à leur entière discrétion. A eux d’élaborer durant ce temps les meilleures solutions, les meilleures façons de fonctionner en équipe, de s’organiser dans la prise en charge des élèves. « Je ne tiens aucun registre, on ne me demande aucun contrôle… il faut juste que le travail soit fait ! » rapporte Ilkka Luoma-Aho, directeur d’une école à Savonlinna. Ce dont souffre l’école en France, c’est d’un manque de reconnaissance de la professionnalité de ses maîtres. Pour le SNUipp-FSU cette reconnaissance passe par une meilleure prise en compte du travail hors la classe. Ramener le temps de service devant élèves à 21 heures, sans diminuer pour autant la durée hebdomadaire passée dans la classe par les enfants, constituerait un premier pas vers la compensation de tout ce temps (lire l’article). Cette prétention du syndicat est-elle hors de portée ? Pas si on considère ce qui a été fait pour les SEGPA. Ces dernières sont passées en 2002 de 24 heures à 21 heures (lire l’article). Un juste retour des choses quand ce qui caractérise le travail enseignant c’est « la sensation de n’en avoir jamais fini » et comme le dit la sociologue Françoise Lantheaume (voir la vidéo) « la porosité » entre vie professionnelle et vie personnelle.

L’ensemble du dossier :

- Présentation du dossier
- Passer à 21+3
- Préparer la classe du temps après l’école
- Finlande : une bonne dose de confiance
- Métier : parler de tant de travail
- Enquête : La face cachée du métier
- En BREF
- « Un travail ostentatoire et ignoré en même temps »