Dossier : "Nouveaux programmes | Reprendre le cours de l’histoire "
Présentation du dossier
18 décembre 2013

L’écriture des nouveaux programmes est l’occasion d’interroger l’enseignement de l’histoire au primaire, centré depuis 2008 sur le roman national. Les enseignants ont besoin de programmes « réalisables » et les élèves d’une histoire qui leur permette de comprendre le présent et de devenir citoyen.

Selon une étude de la Direction de l’évaluation de la prospective et de la performance parue en juin, le niveau des élèves baisse en histoire. L’enquête de la DEPP porte sur deux cohortes arrivées en fin de collège, celles de 2006 et de 2012 et note en six ans « un glissement général des performances vers le bas ». « Les réponses des élèves révèlent des apprentissages plus superficiels et des pratiques culturelles laissant une moindre place à ces centres d’intérêt ». Certes, les rédacteurs de la note ont étudié les performances des élèves en fin de 3e et non pas au primaire. Mais les résultats observés dénotent un désintérêt, une désaffection pour la filière Histoire, comparable sans doute à celle observée pour les filières scientifiques il y a quelques années.

Alors que le plan de travail du Conseil supérieur des programmes devait être présenté au CSE du vendredi 6 décembre, il est sans doute temps de se pencher sur les programmes de découverte du monde pour le cycle 2 et d’histoire au cycle 3, pour redonner le goût de l’histoire aux élèves. Certes, ceux évalués par la DEPP ne sont pas passés par les programmes de 2008, mais ces derniers restent très décriés. L’enseignement de l’histoire se focalise sur les grands repères temporels, centrés sur l’Histoire de France. En CP-CE1 ces repères doivent être « mémorisés avec les grandes dates et les personnages de l’histoire de France » tandis que dans les niveaux suivants l’étude de questions « permet aux élèves d’identifier et de caractériser simplement les grandes périodes qui seront étudiées au collège. Elle s’effectue dans l’ordre chronologique ».

« Les programmes de 2008 manquent de logique et restent dans l’ambiguïté. Ils reviennent au roman national, à une histoire franco-française, mais sont obligés de terminer sur une histoire européenne… » souligne l’historien Philippe Joutard (lire l’article). « Le roman national », c’est enseigner une histoire à forte connotation patriotique, celle des grands personnages (Vercingétorix, Jeanne d’Arc, Napoléon…), des grandes batailles : Charles Martel à Poitiers en 732, François 1er à Marignan en 1515, Napoléon à Austerlitz en 1805… Mais quid des contextes politiques, sociaux, économiques ? Quelles résonnances avec le présent ? Les programmes de 2002 s’étaient montrés plus ambitieux, moins ethno-centrés, prétendant « construire une intelligence du temps historique fait de simultanéité et de continuité, d’irréversibilité et de rupture, de courte et de longue durée ».

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Des outils pour rentrer dans la démarche

Les résultats de la dernière note de la DEPP, venant après ceux des évaluations faites dans le primaire en 2005 et 2007, montrent une nouvelle fois les difficultés que peuvent rencontrer les enseignants pour prodiguer cet enseignement ainsi que les difficultés d’apprentissage des élèves. Aujourd’hui, ce dont a besoin l’école c’est de programmes « réalisables » comme le préconise le SNUipp-FSU (lire l’article).

Des programmes réalisables, c’est-à-dire des programmes accessibles tant au niveau de leurs contenus que des démarches que les enseignants du primaire sont en capacité de suivre. Parmi ces démarches, la mise en situation problème (par exemple, pourquoi les châteaux de la Renaissance ne ressemblent- ils pas à ceux du Moyen-âge ?) ou l’analyse de documents historiques (à partir d’un tableau, d’un texte d’archive, d’une carte ancienne…). A l’école des Rochers à Clamart, Cyril Labat utilise, lui, le récit pour capter l’attention de ses élèves : films historiques, discours, documents divers, appuient sa démarche (lire l’article). Les places que peuvent prendre les récits historiques sont multiples, ils permettent notamment de créer plus de proximité, de rendre les époques plus sensibles par évocation de l’atmosphère, et aussi d’apporter des connaissances.

Les approches ne peuvent toutefois pas être identiques d’un cycle à l’autre. Avec ses élèves de CE1 à Montrouge, Elsa Bouteville travaille sur la structuration du temps en le reliant à l’histoire, en posant des situations problème : « comment les hommes préhistoriques faisaient-ils pour se repérer dans le temps, sans outils ? ». Une façon d’entrer dans l’étude de la préhistoire (lire l’article).

Ces pratiques de classe sont à mettre à l’actif d’enseignants qui ne sont pas des historiens. Pourtant, enseigner l’histoire dans une telle perspective demande une formation, tant initiale que continue, les dotant des outils permettant de rentrer dans la démarche, de maîtriser les méthodes, de savoir conduire une recherche documentaire et s’appuyer sur ces documents. La question des ressources est de ce point de vue fondamentale, de même que la publication de documents d’accompagnement qui devront être approfondis.

Travailler sur l’urgence du passé

La vocation de l’enseignement de l’histoire au primaire est moins de former des petits historiens que d’aider les élèves à structurer le temps, à prendre conscience de l’utilité de l’histoire pour comprendre le présent et devenir citoyen. C’est ce que résume l’agrégé d’histoire Benoît Falaize (lire l’entretien) : « à l’école élémentaire, il s’agit moins de faire apprendre que de faire comprendre. L’essentiel tourne autour de deux idées : transmettre le goût de l’histoire (…), s’intéresser au sens de l’histoire, comprendre ce qu’elle nous apprend, aborder la démocratie, la guerre, l’immigration… et ceci en lien avec l’actualité » dit-il avant d’ajouter « il faut travailler sur l’urgence du passé », belle formule pour entrer dans l’histoire.