Dossier : "Fonctionnement de l’école : Quelle direction ?"
Présentation du dossier " Fonctionnement de l’école : Quelle direction ?"
12 novembre 2013

Alors que le ministère ouvre le chantier direction, le SNUipp-FSU a réalisé une enquête, donnant la parole aux directrices et directeurs. Leurs priorités : plus de temps, un allègement de la charge administrative et une meilleure rémunération.

En priorité, ils veulent plus de temps pour assumer leur fonction de direction, un allègement de leurs charges administratives et une meilleure reconnaissance salariale. Au moment où le ministère de l’Education nationale s’apprête à ouvrir le chantier de la direction, le SNUipp-FSU a réalisé une enquête auprès de plus de 9 000 enseignants du primaire, dont 91% de directrices et directeurs, les invitant ainsi à participer au débat (lire l’article). Leurs autres priorités concernent la nécessité d’une formation avant la prise de responsabilité, un mode de recrutement restant ouvert aux enseignants ayant déjà effectué une mission d’intérim et, des modalités d’affectation reposant d’abord sur le barème. Ces dernières années, le SNUipp n’a cessé de dénoncer les conditions de plus en plus difficiles dans lesquelles la plupart des directrices et des directeurs doivent accomplir leurs tâches. Faire face à la masse de travail administratif est devenu mission impossible. Elle est d’autant plus ingrate qu’elle donne parfois le sentiment de répondre davantage à un besoin de contrôle des équipes par l’administration qu’aux besoins éducatifs des élèves ce qui ne va pas sans créer certaines tensions. Le syndicat a conduit plusieurs initiatives (Fsc spécial « Direction et fonctionnement « , campagnes « Halte à la surcharge «  et « Je réponds quand j’ai le temps « ) dont l’objectif était de demander une remise à plat et l’ouverture de discussions (lire l’article). La mise en œuvre du chantier en fournira-t-elle l’opportunité ? En tout cas le syndicat y portera des revendications d’autant plus légitimes qu’elles expriment les souhaits de celles et ceux qui assument les fonctions de direction ; au regard du nombre de personnes interrogées les résultats de l’enquête ne souffrent en effet d’aucun problème de crédibilité.

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Au minimum un quart de décharge pour tous

Ces revendications s’appuient tout d’abord sur un constat simple : dans près de 90% des écoles les temps de décharge de direction sont insignifiants au regard du travail à effectuer et dans 37% d’entre elles ils sont quasiment inexistants. En élémentaire la décharge est complète à partir de 14 classes, il s’agit d’une demi décharge pour les écoles de 10 à 13 classes, d’un quart de 4 à 9 classes et d’au mieux deux journées par an dans les écoles de 1 à 3 classes. Ces seuils sont légèrement inférieurs en maternelle. Alors que le ministère consacre 9 600 postes aux décharges, il en faudrait 4 500 de plus pour que tous bénéficient au moins d’un quart de temps (lire l’article). Mais il faut aussi évoquer l’aide administrative. De 25 000 EVS en 2007 ce qui était largement insuffisant au regard du nombre d’écoles, on est passé à 5 000 en 2012 et le recrutement de 10 000 EVS à la rentrée 2013 est loin de compenser les pertes. Le ministère a mis en ligne sur son site Eduscol, un vade-mecum censé apporter aux directeurs des ressources. Il est significatif de noter que les fiches qui accompagnent cet aide-mémoire concernent principalement la gestion de l’école (contrôle d’assiduité des élèves, inscription des enfants, financement des écoles, mode de recrutement d’emplois de vie scolaire…), rien en revanche sur la dimension pédagogique. Le décret de 1989 relatif aux directeurs d’école n’ignore pas cet aspect du travail : « le directeur d’école assure la coordination nécessaire entre les maîtres et anime l’équipe pédagogique », il doit susciter « au sein de l’équipe toutes initiatives destinées à améliorer l’efficacité de l’enseignement » , mais ces prescriptions sont submergées par tant d’autres qu’il semble parfois bien difficile de faire front. « A chaque nouveau ministre de nouvelles tâches s’empilent » déplore Sylvie Ferrié, directrice dans l’Hérault qui préfèrerait « se concentrer davantage sur le pédagogique » (lire l’article). C’est à ce souci que répondent les demandes d’allègement du travail administratif et l’augmentation du temps de décharge.

Une reconnaissance salariale

Mais il y a une autre question qui taraude les directeurs, c’est celle de la rémunération. Certes, elle concerne l’ensemble des enseignants qui subissent une perte de leur pouvoir d’achat imputable notamment au gel du point d’indice depuis quatre ans, mais chez les directeurs elle prend une autre résonance. Les directrices et directeurs demandent une reconnaissance salariale de leur travail et de leur responsabilité. L’indemnité existante leur semble insuffisante et, la bonification indiciaire est très inégale entre petites et grandes écoles. « Les directeurs qui n’ont pas de décharge, donc plus de travail sur leur temps personnel, ont les plus faibles indemnités «  constate Richard de Angelis, directeur de maternelle dans les Bouches-du- Rhône. Pour bien faire, pour tenter d’être efficaces, les directeurs sont sans véritable ressource pour tout ce qui concerne la conduite de « la vraie vie de l’école «  (lire l’article). Pour y parvenir, ils puisent dans leur propre expérience d’enseignant, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose et leur assure une vraie légitimité auprès de leurs adjoints. Alors que ces dernières années le débat a porté sur la création d’un « statut «  des directeurs, le fait que ces derniers puissent occuper une fonction non hiérarchique aux cotés de leurs pairs reste important. Mais pour autant, comme le montre l’enquête, le statu quo n’est plus possible. « Si je me réfère à la définition retenue aujourd’hui pour la compétence, je dirai que le directeur doit avoir un bagage de connaissances des programmes et de leur mise en œuvre, du fonctionnement de l’école et d’une équipe, des capacités à organiser le travail visant à la réussite de tous les élèves et des aptitudes à faire vivre des relations humaines de manière harmonieuse «  rappelle Hervé Duchauffour, maître de conférence en sciences de l’éducation. Il est grand temps de mettre ces exigences en adéquation avec le quotidien des directeurs.(lire l’entretien)

SOMMAIRE DU DOSSIER :

- Présentation du dossier " Fonctionnement de l’école : Quelle direction ?"
- Chantier direction : le SNUipp-FSU affiche clairement ses priorités.
- Le temps fait tout à l’affaire
- En bref
- Au quotidien : Une fonction sous tension
- Un temps de décharge minimal
- Faire évoluer la fonction de direction, une priorité !