Dossier : "Innovation : des essais pour transformer"
Présentation du dossier
9 septembre 2013
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Innover, mais c’est quoi innover ? Pour le Petit Larousse illustré la définition est somme toute bien établie, c’est « introduire quelque chose de nouveau pour remplacer quelque chose d’ancien dans un domaine quelconque ». Ça veut dire quoi pour l’école ? Dès qu’on aborde le sujet on commence à marcher sur des oeufs. Les avis divergent sur deux points : la définition même de l’innovation éducative et sa finalité. La plupart des mouvements pédagogiques pourtant fondateurs et porteurs de l’éducation nouvelle, se méfient du terme même. GFEN, ICEM, AGEEM* le prennent avec des pincettes, avec une tendance à le définir plutôt par défaut, en le caractérisant comme un processus, une posture. Pourquoi cette méfiance ? « L’injonction à l’innovation s’est diffusée sous l’effet des prescriptions internationales » souligne le directeur du Centre Alain Savary de l’IFE, Patrick Picard, se référant aux recommandations de l’OCDE contenues dans le manuel d’Oslo pour l’innovation dans l’éducation. Au mois d‘avril dernier le ministère de l’Education nationale a mis en place un Conseil national de l’innovation pour la réussite éducative (CNIRE). Il devra formuler des propositions, en juin prochain, un rapport d’étape devant être présenté dans les semaines à venir. Pour son président le sociologue Didier Lapeyronnie, « il est nécessaire qu’il y ait de l’innovation au risque que le système éducatif ne se sclérose ». « Le problème, ajoute-t-il, est de savoir comment valoriser des innovations sans que l’institution ne les étouffe » (lire l’article). Et c’est bien ce que redoutent les acteurs de terrain échaudés par des précédents. La création du CNIRE n’est pas pour le coup une innovation. En 2000 sous le ministère de Jack Lang, le « Conseil national pour la réussite scolaire » avait vu le jour avec comme objectif « de soutenir, évaluer et diffuser les initiatives prises dans les différents établissements scolaires ». A peine arrivé au ministère deux ans plus tard, Luc Ferry s’était empressé de le supprimer tandis qu’en 2005, François Fillon, nouveau locataire de la rue de Grenelle, introduisait dans la nouvelle loi sur l’école l’article 34 source de toutes les méfiances. Ce dernier imposait une autorisation de la hiérarchie avant toute expérimentation, limitait celle-ci à une durée de cinq ans, délimitait ses champs d’application. Aujourd’hui Vincent Peillon affirme que « l’innovation ne peut pas être une injonction ministérielle » et qu’ « aucune innovation dictée par le haut ne saurait réussir ». Mais le soupçon d’une institution qui chercherait à instrumentaliser l’innovation en la fléchant avant tout sur ses prescriptions demeure.

Changement sur la pédagogie

La professeure de l’éducation Françoise Cros estime qu’on prête aujourd’hui « plusieurs usages » à l’innovation. « L’institution s’en sert pour piloter le système éducatif en la dirigeant vers la réforme. Les associations elles, désirent valoriser des pratiques originales susceptibles d’être connues et discutées sous l’angle éducatif. Et on lui prête aussi d’autres fonctions comme celles de résoudre un problème, de s’adapter aux changements sociétaux ou de rester un espace de liberté. » A chacun donc sa propre approche, mais la chercheure dégage cinq points fondamentaux qui permettent de caractériser une innovation (lire l’entretien), en soulignant notamment que cette dernière n’est pas liée à l’utilisation d’un objet, ce que pourrait laisser penser l’introduction des TICE à l’école. Le numérique ne constitue une innovation que s‘il est porteur de changement sur la pédagogie ou sur la relation aux élèves. Pas besoin de tablette pour innover. C’est ce que montre l’équipe de l’école primaire Paul Langevin à Vizille dans l’Isère. L’innovation a consisté à libérer du temps aux enseignantes de la maternelle pour dédoubler les classes de l’élémentaire pendant la sieste des plus petits. Ainsi est mis en œuvre une forme de plus de maîtres que de classes qui constitue une nouveauté pour l’équipe. Cette expérience présente un autre intérêt, celui d’aller vers une institutionnalisation de ce mode de fonctionnement dans l’école (lire l’article). Car la pérennisation d’une innovation implique qu’elle devienne routine.

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Diffuser les expériences

Autre aspect, l’innovation n’est pas non plus un dispositif ou une pratique figés. Ainsi Sophie Andreu à Nanterre a mis la pratique du rugby au goût du jour dans sa classe de moyenne section. Se faisant, elle a répondu à des besoins des élèves décelés en salle de motricité. Elle a mis en œuvre une approche transversale des enseignements mais aussi, progresse par tâtonnements, par ajustements : un processus d’adaptation caractérisant lui aussi une démarche innovante. Dernière question, comment éviter que les expériences issues de l’innovation enseignante ne se perdent dans la nature ? Comment permettre qu’elles profitent aux autres enseignants ? C’est la question de la diffusion des résultats de l’innovation qui est posée. « Il faut des échanges entre enseignants et entre enseignants et supérieurs hiérarchiques » prévient Françoise Cros. Il faut également que le CNIRE ne soit pas une simple vitrine des belles expériences, que les chercheurs soient appelés à y travailler, que le ministère les diffuse sans les « étouffer ». Pour le SNUipp-FSU l’innovation est aussi une question syndicale (lire ci-contre). Par ses initiatives comme l’organisation de colloques ou son Université d’automne, à travers ses publications, le syndicat donne à voir, il montre des pistes en s’appuyant sur l’expertise des enseignants. Tout ça parce que l’innovation doit être avant tout un levier de la transformation de l’école au service des apprentissages et de la réussite des élèves.

* Groupe français d’éducation nouvelle, Institut coopératif de l’école moderne, Association générale des enseignants des écoles et classes maternelles publiques.

L’ensemble du dossier :

- Présentation du dossier
- Le SNUipp-FSU, syndicat de la transformation de l’école
- Innover : L’impossible définition ?
- EN BREF
- Projet maternelle : Nanterre au cœur de la mêlée
- S’adapter en équipe : Changement de cadre
- « De multiples définitions »