Dossier | Rentrée : Ce qui attend l’école
Présentation du dossier
26 août 2013

Les premières mesures de la loi sur l’école entrent en vigueur. Transformer l’école réclame des moyens, du travail en équipe de la formation et la prise en compte de l’expertise des enseignants.

Une année s’est écoulée depuis le lancement de l’élaboration de la loi d‘orientation et de programmation pour l’école. Voici venu pour le ministère, le temps de la mise en œuvre des mesures prévues pour cette rentrée et de la réflexion pour celles qui viendront plus tard. L’étape qui se joue à partir du 2 septembre est décisive. « Les lois n’ont pas un pouvoir magique et ne peuvent évidemment suffire à transformer l’école. Tout est dans l’exécution » indiquait la sociologue Marie Duru-Bellat dans un précédent Fsc (n° 378). Le texte affirme la priorité donnée au primaire. Cela se traduit par la programmation de créations de postes : 3 000 postes à la rentrée, 11 000 de plus d’ici la fin de la mandature qui devront être confirmés dans les budgets à venir. La question des effectifs enseignants constitue d’autant plus un levier de la transformation de l’école qu’elle doit accompagner à la fois une hausse démographique du nombre d’élèves et la mise à disposition d’enseignants pour le plus de maîtres que de classes et à la scolarisation des moins de trois ans (lire l’article). Ces nouveaux postes seront loin de compenser les 21 000 perdus dans le primaire ces cinq dernières années. Ces derniers mois, cette question a plutôt été occultée dans le débat public. Celui-ci s’est focalisé essentiellement sur la réforme des rythmes scolaires qui concernera seulement 20% des écoles cette année, 80% restant dans l’attente pour 2014. Dommage car le changement de rythme très complexe à mettre en œuvre, soulève un grand nombre de questions et ne saurait à lui seul permettre d’atteindre l’objectif d’amélioration de la réussite des élèves (lire l’article).

S’appuyer sur l’expertise des enseignants

Si la mise en œuvre de la loi affirme la priorité au primaire elle doit rompre avec des années de mépris du métier, d’asphyxie budgétaire et de gouvernance autoritaire. La mise en place des diverses mesures doit tenir compte de l’expérience des enseignants et de leur expertise. Il en va notamment ainsi pour l’entrée en vigueur prévue ultérieurement de certaines dispositions de la loi. Parmi elles, figurent la création en 2014 du conseil école-collège pour lequel les plans d’actions devront être validés par les conseils d’écoles (lire l’article), mais aussi l’élaboration de nouveaux programmes devant être appliqués en 2015. Ce travail d’élaboration a été confié au Conseil supérieur des programmes créé l’année scolaire dernière. Pour l’ancien président de la commission chargée des programmes de 2000, l’intervention des enseignants dans le processus est indispensable. Philippe Joutard préconise en effet « une consultation générale dès la première mouture » des programmes prévue avant la fin de l’année. « Cela permettrait que les enseignants pointent ce qui semble faisable ou infaisable » ajoute-t-il. De son côté, le SNUipp estime que pour cela il leur faut du temps et des échanges et il demande comme ce fut le cas en 2002, une journée banalisée (lire l’article).

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Besoin de mesures durables

La mise en œuvre de la loi ne doit pas se faire sans les enseignants. Ils doivent reprendre la main sur leur métier après des années de multiplication de prescriptions, d’injonctions pour appliquer des supposées « bonnes pratiques » qui seraient les remèdes miracle aux maux de l’école. C’est le cas avec les Activités pédagogiques complémentaires (APC) se substituant à l’Aide personnalisée à raison d’une heure par semaine dans le cadre de la réorganisation des 108 heures, en remplacement des 60 heures précédemment dédiées à l’Aide personnalisée, qui disparaît (lire l’article). Qu’il s’agisse du contenu de ce temps, de la constitution de groupes restreints d’élèves ou du moment où l’on place ces activités, ce temps est de la responsabilité des équipes pédagogiques. Le SNUipp s’est montré ferme auprès du ministre pour que cette disposition soit relayée dans les circonscriptions (lire l’article). Cependant, le texte de loi laisse des blancs comme pour la redéfinition des cycles qui nécessitera des moyens (lire l’article). Il laisse d’importants dossiers en friche. Alors que les pratiques réclament d’articuler des temps de formation professionnelle et des temps de travail en équipe, de bénéficier des apports de la recherche, les actions de formation peinent à se mettre en place. La création des Espé (École supérieures du professorat de l’éducation) qui a suscité de grandes attentes débouche sur un constat alarmant : moins d’heures de formation que précédemment… Et puis, la formation continue, essentielle pour accompagner des pratiques professionnelles moins que jamais figées, reste la grande oubliée. La FC se résume pour l’essentiel à des heures d’autoformation, en partie à distance, prises sur les 108 heures, voire hors du temps de service (lire l’article). Enfin, alors que depuis dix ans les ministres qui se sont succédés rue de Grenelle ont voulu les uns après les autres marquer leur passage au ministère par un empilement de nouvelles lois, faire avancer l’école réclame de la constance. L’objectif est de s’attaquer à la difficulté scolaire pour favoriser la réussite de tous élèves. En la matière, Marie Toullec-Théry, Maître de conférence en sciences de l’éducation, estime qu’« il est temps que cesse la « valse » des dispositifs pour offrir aux enseignants une stabilité, source d’un confort professionnel dont ils ont besoin pour modifier durablement leurs pratiques dans l’espace de leur classe et de l’école » (lire l’entretien). On ne saurait mieux dire.