Dossier "Éducation contre l’homophobie | L’école interpellée "
Présentation du dossier
12 juin 2013

« Ces professeurs qui veulent imposer la théorie du genre à l’école ». Sous ce titre pour le moins dénonciateur, Le Figaro s’est livré dans son édition du mercredi 29 mai à un virulent réquisitoire. Sa cible : « éduquer contre l’homophobie dès l’école primaire », un document ressource mis en ligne sur le site du SNUipp à l’intention des enseignants et contenant des outils théoriques et pratiques pour aborder la question de l’homophobie au primaire. En cause aussi, le colloque organisé sur le même thème quelques jours plus tôt par le syndicat en présence de nombreux chercheurs ayant travaillé sur cette question. La charge du quotidien national tombait fort à propos, au moment où, loi en faveur du mariage pour tous oblige, le débat public était quelque peu pollué par des relents ouvertement homophobes. Pour le SNUipp au contraire, la réflexion sur l’éducation contre l’homophobie ne doit rien à l’air du temps. La publication et l’événement qu’il a initiés constituent l’aboutissement de plusieurs années de travail. En 2010, avec la Commission LGBT créée au sein de la FSU six ans plus tôt, le syndicat a engagé ce travail à partir d’un constat simple, si depuis la circulaire de rentrée de 2008 le ministère invitait les enseignants du premier degré à aborder le sujet à l’école, ces derniers ne disposaient ni des documents d’accompagnement ni des ressources nécessaires. Se pencher sur ce problème n’a rien d’anodin. L’éducation contre les discriminations fait partie intégrante de la mission de l’école, mais il s’agit bien de prendre en compte « toutes les discriminations ». Qu’on le veuille ou non, le regard de la société vis-à-vis de l’homosexualité a singulièrement évolué en quelques décennies. Les marches des fiertés qui datent du début des années 1970 aux Etats-Unis puis en Europe et qui ont pris de l’ampleur à partir des années 80 sont là pour en témoigner. Et si aujourd’hui le SNUipp publie des documents à l’intention des enseignants, il n’est pas seul à prendre en compte ces évolutions et leurs conséquences sur l’éducation.

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Accueillir tous les enfants, toutes les familles

C’est ainsi par exemple que le ministère de l’éducation nationale a commandé un rapport à son chargé de mission Michel Teychenné sur les discriminations LGBT à l’école. L’association SOS Homophobie vient de publier une étude montrant combien les gestes et paroles homophobes sont présents à l’école (lire l’article). Bref, la lutte contre l’homophobie n’est pas une lubie syndicale, ce n’est pas non plus un sujet mineur, mais un véritable enjeu d’éducation pour l’école. « Les insultes, la mise à l ‘écart, les violences génèrent une honte qui reste ancrée pour la vie. On connaît aujourd’hui le mal-être des jeunes homosexuels garçons et filles, l’isolement, les conduites à risque, le taux de tentatives de suicides supérieur aux autres jeunes... » souligne le psychanalyste Serge Héfez. L’école ne serait-elle pas interpellée ? Et puis, l’école a pour vocation d’accueillir tous les enfants, et toutes les familles. Or, que cela plaise ou pas, l’homoparentalité est avec les familles monoparentales ou recomposées par exemple, une des facettes de la transformation progressive de la notion de famille. Quand les enseignants s’interrogent sur la pertinence d’une éducation contre l’homophobie, ils agissent en tant que professionnels ayant à cœur d’enseigner en toute neutralité à tous les enfants issus de toutes les familles. C’est ainsi par exemple qu’à l’école Monge à Toulouse, l’homophobie s’inscrit dans le projet d’école consacré à la lutte contre les discriminations au même titre que le racisme, le sexisme, le rejet des élèves en situations de handicap. (lire l’article)

Eduquer à l’égalité des sexes et sexualités

Pour nombre d’enseignants cette éducation est déjà en œuvre. A l’école maternelle La Lison de Saint-denis (93), ils n’ont pas esquivé leurs responsabilités. La présence d’une famille homoparentale a posé à la fois la question de l’accueil des parents, mais aussi celle des réponses à apporter à tous les enfants face à leurs inévitables questions (lire l’article). Aborder le sujet, c’est aussi pouvoir le faire dans un cadre de séquences de classe, avec des outils appropriés d’autant que l’éducation précoce reste la meilleure façon de lutter contre les discriminations. Dans la moyenne et grande section de l’école maternelle de Saint-Florentin (89), la maîtresse travaille avec l’album « Tango a deux papas, et pourquoi pas ? ». Et si au début quelques rires fusent, très vite vient le moment du questionnement (lire l’article). À partir de quand doit-on se préoccuper du sujet ? Fathira Acherchour, porte parole de l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiennes, note que « dans le premier degré, le contact direct avec les enseignants implique que les familles homoparentales se rendent visibles alors qu’au collège, au lycée, les situations familiales ne se font jour qu’en cas de problème ». Bref, le sujet est devenu inévitable à l’école primaire car c’est là que tout se joue (lire l’article). La contribution du SNUipp au débat n’a rien de fortuit (lire l’article).

Pas toujours évident pourtant en l’absence de ressources et de formation de se confronter à la réalité des situations familiales. « A l’école, je pense que les beaux discours ne sont pas très utiles » suggère la professeure en sciences de l’éducation Nicole Mosconi (lire l’entretien). « Il faut rebondir sur ce qu’on observe, comme les injures " pédé , " gonzesse " ». Sans doute avec un traitement à distance et indirect pour ne pas humilier les élèves. Pour lutter contre la misogynie et l’homophobie, il faut éduquer les élèves à l’égalité des sexes et des sexualités" . C’est sans doute comme ça que tout doit commencer.

L’ensemble du dossier :

- Présentation du dossier
- Besoin de programmes et de formations
- Accueillir les familles | Neutralité et attention
- « Une reconnaissance officielle des parents sociaux »
- Projet d’école : une discrimination parmi d’autres
- Homophobie, en milieu scolaire aussi !
- Parler d’homoparentalité, et pourquoi pas ?
- En BREF
- « Un rapport étroit avec le sexisme »