Présentation du dossier
8 septembre 2011

Prendre en compte l’hétérogénéité, 
un enjeu de taille 
pour réduire les inégalités scolaires, mais qui ne va pas 
sans difficultés 
dans le quotidien 
de la classe.

JPEGLa prise en compte 
de l’hétérogénéité, 
un enjeu de taille 
pour réduire les inégalités scolaires, mais qui ne va pas 
sans difficultés 
dans le quotidien 
de la classe.

Lors du colloque organisé en mai par le SNUipp, « Le travail enseignant en quête de sens, un métier à transformer », la sociologue Françoise Lantheaume interrogeait les motifs de souffrance professionnelle des enseignants du primaire. Selon elle, « la crise du travail enseignant » prend sa source dans « une avalanche de prescriptions » et la difficulté de répondre à une double attente, celle de transmettre les savoirs en respectant « le principe d’égalité de tous les élèves qui implique la mise à distance des particularismes » et celle « de produire un service adapté aux besoins des individus ». Dans son analyse, la chercheuse de l’Institut des sciences et pratiques d’éducation et de formation mettait le doigt en plein là où les enseignants ont mal à leur métier : la gestion de l’hétérogénéité. L’hétérogénéité est une richesse qui profite tout autant aux enfants en difficulté qu’aux bons élèves. C’est un élément incontournable du métier. Mais elle pose des difficultés de plus en plus prégnantes pour les enseignants. C’est ce que souligne l’enquête réalisée par le SNUipp à l’occasion de ce colloque.

Une lassitude des enseignants

Pour 60% d’entre eux l’hétérogénéité est ce qui pose le plus de problème d’un point de vue professionnel. Leur avis sur l’intégration des élèves en situation de handicap qui reste difficile pour 63% conforte l’idée que la prise en compte des différences pose problème. D’où une certaine lassitude qui gagne parfois les esprits comme en témoignait cette enseignante interrogée dans le sondage : « l’hétérogénéité tant d’un point de vue des compétences des élèves que des comportements, ajoutée au nombre d’élèves, rend les objectifs du métier impossibles à atteindre et est source de stress et d’insatisfaction. »

Parler d’hétérogénéité, c’est tenir compte de toutes les dimensions du phénomène : hétérogénéité de niveau et de culture scolaire, de comportement, d’origine sociale ou encore, de la différence due au handicap. Mais à proprement parler, il n’y a là rien de nouveau, ces situations ont toujours existé à l’école, du moins depuis qu’elle a été démocratisée. Pour l’historien de l’éducation Claude Lelièvre, le tournant, dans la prise en compte de cette question se situe en 1989 avec la loi d’orientation « qui entend mettre l’élève réel au centre du système éducatif et propose un nouveau modèle de structuration : les cycles ». Vingt ans plus tard « une vraie organisation en cycles est loin d’être mise en œuvre partout » note-t-il, listant les principaux obstacles : le besoin de concertation, de rupture avec les pratiques antérieures, d’une formation appropriée (voir l’interview).

Des initiatives innovantes et adaptées

Plus que jamais l’école est soumise à des pressions : fortes attentes sociales, accroissement des demandes institutionnelles, ambition de la réussite de tous au niveau du socle commun, évolution des connaissances… Pourtant, sur le papier, on ne peut pas dire que l’institution soit complètement démunie. La création des RASED avec des maîtres spécialisés, les dispositifs d’éducation prioritaire, les CLIS, les CLIN… constituent autant d’outils permettant de différencier, d’individualiser, mais c’est justement au moment où la crise économique et sociale accentue les attentes que ces moyens sont lourdement impactés par la politique de l’emploi public et les suppressions massives de postes décidées par le gouvernement.

Pour sa part, Roland Goigoux, professeur des universités à l’IUFM d’Auvergne, estime que le manque de moyens n’est pas seul en cause. Il identifie « un manque de compétences pédagogiques, mis notamment en lumière par le dispositif d’aide personnalisée ». Et le chercheur de souligner la difficulté de nombre d’enseignants à faire de la « différenciation pédagogique » qui aille au delà du simple soutien (voir l’interview). Et pour lui il faut d’abord « aider les enseignants ».

Faire face, c’est innover, être créatif dans un travail collectif et sur le terrain les initiatives montrent que les enseignants ne renoncent pas même si c’est difficile. C’est ce que démontrent des équipes qui, confrontées à diverses formes d’hétérogénéité, apportent des réponses adaptées à la situation de leur école. A la maternelle de Villeparisis (Seine-et-Marne) on profite de la sieste des PS pour travailler en petits groupes, notamment sur les difficultés langagières (lire l’article). Dans l’école RAR Claude Bernard de Tours (Indre et Loire) on travaille par groupes de besoin grâce à la présence d’une maîtresse surnuméraire (lire le reportage). Dans l’école rurale multiniveaux de Mainsat (Creuse), on gère l’hétérogénéité des niveaux et l’hétérogénéité de culture scolaire à l’intérieur de chacun des niveaux (lire l’article).

Bref, la prise en compte de l’hétérogénéité s’apparente souvent à un exercice de virtuose alors que le système tout entier devrait tendre vers une organisation permettant de répondre aux attentes avec beaucoup plus d’aisance : la réussite de tous les élèves dans leur hétérogénéité, un vrai motif de transformation de l’école.

« Une école, des élèves »

Le SNUipp-FSU a commandé un film sur l’école primaire à la documentariste Rebecca Houzel. Cela a donné « une école, des élèves » un document de 40 mn qui interroge la question de l’hétérogénéité à travers l’expérience d’une équipe d’école qui en a fait le pivot de son projet d’école. Dans les départements des initiatives sont programmées autour de sa projection pour débattre de la nécessaire transformation du métier d’enseignant. Travail en équipe, « plus de maîtres que de classes », formation, ces réponses à la difficulté professionnelle méritent d’être discutées pour être approfondies et partagées collectivement. Quelle place donner au travail en équipe ? Plus de maîtres de classe, oui mais pour quoi faire ? La formation, quelles priorités ? Pour le SNUipp, c’est en aidant à être mieux armés professionnellement que l’on aidera tous les enfants à mieux réussir.

Sommaire du dossier :

- du temps pour différencier
- Claude Lelièvre : « Ne pas figer les différences »
- un maître supplémentaire pour moduler 
les tâches
- en bref
- travailler en effectif réduit
- Roland Goigoux : « Il faut aider 
les enseignants »