Pour réduire l’échec scolaire, le gouvernement organise dans la précipitation l’aide personnalisée et annonce 3000 suppressions de postes de Rased. Prendre en compte les difficultés demande au contraire travail en équipe et intervention d’enseignants spécialisés .
Depuis la rentrée l’aide personnalisée se met péniblement en place. L’association des maires de France demande son report, les enseignants sont confrontés à l’impréparation pédagogique… 60 heures ont été " libérées" par la diminution du temps de classe, pour que les enseignants puissent travailler avec les élèves en difficulté. Parallèlement, le ministère a annoncé pour 2009 la suppression de 3000 postes d’enseignants spécialisés des RASED, estimant sans doute que son nouveau dispositif permettrait à lui seul d’atteindre l’objectif maintes fois claironné de diviser par trois en 5 ans le nombre d’élèves sortant du primaire sans maîtriser l’ensemble des savoirs fondamentaux qu’ils auraient dû y acquérir. Ce " noyau dur " de 15% d’élèves entrant au collège en situation de difficulté ou d’échec scolaire reste stable. Comment le réduire ? La question vaut en effet d’être posée. Mais comment y répondre sans évaluer les dispositifs existants ? En effet, la réflexion sur l’aide n’est pas nouvelle (lire l’article). Elle apparaît pleinement au grand jour à l’occasion de la naissance du collège unique en 1975 dont découlent à la fois la démocratisation de l’école et l’hétérogénéité des élèves dans les classes.
Depuis, un dispositif chasse l’autre ou vient s’ajouter aux autres créés antérieurement. Mais leur mise en cohérence est rarement pensée et leur évaluation quasiment jamais réalisée. Résultat : un sentiment d’empilement, de précipitation, domine chez les enseignants (lire l’article). " En matière d’aide, le plus n’est pas garant du mieux ", prévient Jacques Bernardin. Ce maître formateur président du GFEN estime en effet que " multiplier les dispositifs peut brouiller les repères, et pas seulement pour les parents, amener la confusion quant au public visé et quant aux prérogatives des uns et des autres, amenant chacun à attendre de l’autre qu’il fasse ce que lui ne fait pas " (lire l’article).
Le public visé, voici bien un sujet de réflexion incontournable. Sans doute, l’aide personnalisée pourrait être efficace pour des élèves en difficulté légère ou passagère, pour consolider les acquisitions de ceux qui en ont besoin y compris sur le temps de classe. Pour le professeur en sciences de l’éducation Roland Goigoux, il faut commencer par proposer des activités spécifiques en petits groupes, qui correspondent à la part la plus stable, la plus prévisible des difficultés. C’est une prise en compte préventive qui est proposée par le chercheur, basée sur la professionnalité des enseignants. Mais il précise aussi que le rôle de l’enseignant n’est pas de faire du sur-mesure (lire l’article).
Ce rôle est clairement dévolu aux Réseaux d’aides spécialisées pour les élèves en difficulté avec les maîtres E ou G, mais aussi avec les autres enseignants spécialisés des services de soins ou des établissements. « Certaines difficultés d’apprentissage ne peuvent se dénouer que dans un cadre qui permet d’avoir un regard décalé par rapport aux exigences du programme », explique Serge Boimare, directeur du CMPP Claude Bernard à Paris. « Dans les écoles c’est le rôle des réseaux, à l’extérieur celui des CMPP » (lire l’entretien). Observation valable aussi pour la prise en compte, dans le cadre de la loi handicap, de besoins spécifiques face auxquels les enseignants non spécialisés peuvent se retrouver nettement démunis. Comment enseigner par exemple à un élève sourd profond ou aveugle sans l’aide d’un spécialiste ?
A l’extérieur de l’école, l’aide se décline aussi en termes d’accompagnement à la scolarité : accompagnement éducatif, programmes de réussite éducative, dispositifs associatifs type « Coup de pouce », études surveillées, etc., qui mettent en oeuvre des intervenants autres que les enseignants. Mais là encore la réflexion n’est pas aboutie. « Il faut clarifier la place de chacun, enseignants, parents, associations d’aide ou collectivités locales pour mobiliser les acteurs et non pas les mettre en concurrence » affirme le maître formateur Jean-Michel Zakhartchouk tout en indiquant que ces dispositifs sont à penser en cohérence avec le temps scolaire » . Mais qu’il s’agisse de l’aide à l’intérieur ou à l’extérieur de l’école, l’enjeu n’est pas d’enfermer l’enseignant seul dans sa classe avec les élèves comme le laissent présager la mise en place de l’aide personnalisée et la suppression annoncée des Rased. L’efficacité de l’aide relève de la coopération entre les divers intervenants susceptibles d’apporter leur pierre à l’édifice. C’est ce que montrent les pratiques sur le terrain (lire l’article). L’aide relève de l’accompagnement normal de l’apprentissage, lequel ne peut se satisfaire du seul modèle transmissif. Dans ce contexte, la formation est un élément central de la mise en œuvre d’une aide efficace, mais cette dernière passe aussi par l’organisation de la coopération dans les écoles, avec l’ensemble de professionnels.