Contribution programmes
Préalables à la rédaction de nouveaux programmes de français
22 septembre 2013

Pour Danièle Manesse, professeur de sciences du langage, quand 20% des élèves sortant du primaire ne sont pas suffisamment autonomes et armés dans la maîtrise de la langue, il convient, en préalable à la rédaction de nouveaux programmes de français, d’identifier les forces et les faiblesses de ceux de 2002 et de 2008.

La multiplicité des programmes concernant l’enseignement du français depuis 20 ans a déstabilisé les enseignants et elle atteste de la difficulté de l’école à arrêter durablement un programme de cet enseignement. Il vaut la peine de sortir de ce cycle de révisions permanentes en prenant le temps de faire un bilan lucide de la situation actuelle. Un programme de français n’est pas un manifeste politique, ni un manifeste scientifique sur la langue ; c’est d’abord un outil pour les maîtres, un cahier des charges auquel ils doivent adhérer et y puiser des repères sûrs.

Je prends comme point de départ la proposition du socle commun (actuel...) sur laquelle je pense qu’on peut s’accorder : « Savoir lire, écrire et parler le français conditionne l’accès à tous les domaines du savoir et l’acquisition de toutes les compétences. La langue française est l’outil premier de l’égalité des chance. » Or, l’enseignement de la langue à l’école me semble être le point critique, lieu des confusions maximales, dans lequel la pression croissante des disciplines savantes sur la discipline scolaire a occasionné le meilleur et le pire. Il s’agit de mettre l’accent sur ce qui « vaut la peine d’être enseigné », ce qui « unit et libère » selon la formule de l’Appel de Bobigny, pour atteindre l’objectif raisonnable et minimal suivant : que les élèves parviennent en sixième suffisamment autonomes et armés dans la maîtrise de la langue pour profiter des enseignements du collège. Actuellement, 20% des élèves sortant du primaire sont hors d’état de le faire.Voilà un constat bien établi, souvent pris à la légère par ceux qu’il dérange ; pire encore, la distance entre les compétences à l’écrit des élèves des classes populaires et celles des élèves hors ZEP est la plus grande dans la maîtrise des outils de la langue (lexique, morphologie, syntaxe et orthographe ) et elle ne cesse de s’accroître depuis 20ans.

Avant de s’arrêter à des contenus et des méthodes, il faudrait courageusement (!) prendre la mesure de cette situation. En sorte que le travail de rédaction des nouveaux programmes ne peut construire du nouveau sans être au clair sur le bilan des échecs des livraisons précédentes ; notamment sur les raisons qui ont fait échouer des beaux programmes 2002 (pour ma part, je crois que, dans leur très grande « intelligence », ils exigeaient des maîtres une prise d’initiative sans relâche dans la classe, et une formation technique très complexe). Ils ne les ont pas mis en œuvre, parce qu’en majorité, ils ne savaient pas le faire, et on a abouti à cette situation de « silence grammatical » qu’observent maints rapports de l’Inspection. Ce programme a conduit à la volte-face des programmes de 2008, réaction réaliste à ceux qui les précèdent, à coup sûrs très discutables en certains domaines, mais qui ont des vertus : ils offrent aux maîtres le choix de la méthode tout en imposant des progressions et des objectifs, une liste d’objets à enseigner, qui font un horizon rassurant.

Les contenus, je crois qu’on peut avec modestie les isoler dans la masse du possible : c’est dans le lien lecture-écriture que se construisent et prennent sens les connaissances minimales sur la langue qui permettent de construire une maîtrise suffisante de la langue, écrite et orale ; par le biais, entre autres, de routines structurantes, de formulations explicites dont on sait l’importance pour les élèves les moins armés par leur famille.

Danièle Manesse