TICE
Numérique : il va falloir passer au code à l’école
8 septembre 2014

Apprendre la programmation informatique dès l’école primaire, c’est l’objectif fixé par le président de la République le 14 juillet. La plupart des pays développés s’y mettent aussi : décodage

« Dans un premier temps, elle se fera dans le cadre des activités périscolaires et puis elle rejoindra les activités scolaires dans le cadre des nouveaux programmes. » A peine installée rue de grenelle, la nouvelle ministre de l’Éducation nationale a enfourché le nouveau cheval de bataille qui semble secouer l’exécutif depuis quelques mois : l’enseignement de la programmation informatique à l’école primaire. C’est le président de la République en personne qui en a parlé lors de son allocution du 14 juillet ce qui, en ce jour de fête nationale, n’a pas manqué de donner de la solennité à la chose. En vérité, le chef de l’État n’a peut-être pas tant fait preuve d’innovation que ça. En décembre, à l’occasion du lancement de la Semaine de l’éducation aux sciences de l’informatique, Barack Obama avait lui-même exposé sa vision des choses  : «  Nous avons besoin que les jeunes Américains maîtrisent les outils et la technologie qui changeront notre manière d’agir à tous les niveaux   », avait-il déclaré, avant d’exhorter les jeunes de son pays : «  Ne vous contentez pas d’acheter un nouveau jeu vidéo, créez-en un. Ne téléchargez pas seulement la dernière application, imaginez-la. Ne jouez pas seulement avec votre téléphone, programmez-le.   »

Une arrière-pensée, la compétitivité économique

S’il existe encore des corps de métier qui échappent au phénomène, en 2020, c’est demain, 90 % des emplois nécessiteront des compétences numériques. On pourrait bien sûr se contenter de maîtriser les usages des outils proposés, comme l’enseignent d’ailleurs la plupart des systèmes éducatifs dans les pays outillés, avec l’acquisition des compétences nécessaires à l’utilisation des principaux logiciels et à la navigation sur Internet. « Il faut désormais aller plus loin » disent les politiques. Pourquoi  ? Tout simplement parce que la création et l’innovation dans le domaine du numérique sont désormais un facteur clef du développement économique et de la compétitivité. Et même si le rapprochement entre économie et éducation fait débat à juste titre, la course internationale est bien lancée. À Washington, le ministère américain de l’éducation essaye d’insuffler cette politique au pays tout entier. Une tâche assez compliquée dans la mesure où il faut convaincre les États qui, eux-mêmes, doivent composer avec des écoles autonomes. « Le gouvernement fédéral peut seulement aider et guider les écoles, mais ne peut pas les forcer à enseigner certaines matières » avoue Janice Cuny, directrice de l’enseignement numérique à la fondation nationale des sciences (NSF), service du département de l’éducation.

Les incitations de l’état fédéral

La NSF débloquera pour commencer des moyens pour proposer et financer des formations aux enseignants du secondaire puis du primaire. Sachant que les cursus sont élaborés au niveau local, il faudra que ces financements s’avèrent attractifs, mais pour l’heure aucun budget n’est avancé. La NSF a développé des outils ressource, propose une méthode pédagogique qui n’est pas sans évocation pour les enseignants français. « L’enseignement n’est pas réalisé dans un mode traditionnel, mais plus dans la pratique et l’expérimentation. Il faut montrer immédiatement aux élèves l’intérêt des choses, ce qui devrait augmenter leur motivation » poursuit Janice Cuny. Zoom sur l’Illinois : le discours de Washington n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Le Conseil de l’éducation de l’Illinois a mis en place un programme, avec des qualifications uniformisées proposées aux enseignants des 860 districts que compte l’état. À Chicago, le système a été adopté et décliné à travers le programme «  Barriers and Supports to Implementing Computer Science (BASICS)  ». «  L’objectif est d’apporter une égalité d’accès aux cours informatiques aux enfants de tous âges et de tous niveaux, même si le processus prendra du temps pour se généraliser  », avoue Megan Griffin, responsable de l’ISBE.

Chacun sa route pour passer au concret

Retour en Europe, chez les voisins anglais. fin 2013, eux aussi ont mis les pieds dans la programmation décrétant même que 2014 devait être “l’année du code” pour inciter les établissements scolaires à s’impliquer. Si l’idée d’enseigner le code informatique aux enfants existe dans les réseaux associatifs de Grande Bretagne, le premier ministre David Cameron a décidé d’élargir son enseignement au système scolaire. Les premiers cours de codage informatique seront dispensés de manière obligatoire à partir de la prochaine rentrée, de l’élémentaire au lycée et dans le cadre scolaire. Public visé, les 5-16 ans. Pour mettre en place ce nouveau programme, le gouvernement de sa gracieuse majesté a débloqué fin 2013 une enveloppe de 500 000 £ (625 000 €). Un montant qui peut sembler modeste mais qui, au pays du libéralisme, est complété par les entreprises de l’informatique et du web qui apportent des financements complémentaires. Un fait frappant dans tout ça, la concordance des décisions des dirigeants politiques, comme si tous étaient parvenus au même niveau de conscience en une unité de temps : il faut enseigner le code à l’école. Chacun s’y met à sa manière, en composant avec la particularité de son système éducatif. En France où les politiques ont été « éclairés » par l’Académie des sciences, on va y aller pas-à-pas mais assez rapidement quand même. Tout d’abord en 2014 dans le cadre du périscolaire pour les collectivités qui voudront bien financer. Puis, une fois les nouveaux programmes élaborés, la programmation entrerait dans l’enseignement obligatoire à la rentrée 2016. Le timing est serré et a tendance à faire peur. Les questions des moyens, du matériel, de la formation sont posées. Il faudra bien y apporter des réponses pour passer du virtuel au concret.