Trois question à Alain Chaptal
Numérique : « créer un écosystème favorable »
15 décembre 2014

Comment avez-vous réagi aux annonces présidentielles de création d’un grand plan numérique pour l’école ?

Une certaine lassitude devant la naïveté d’un propos recyclant tous les lieux communs sur les technologies éducatives. D’autant que ces « plans » reposent essentiellement sur des équipements et ignorent le temps dont les enseignants ont besoin pour se les approprier. Ils sombrent dans l’oubli, ce qui permet de stigmatiser les enseignants pour leur immobilisme. Les tablettes peuvent contribuer à lutter contre la fracture numérique mais les expériences montrent que les enseignants sous-utilisent des outils qui ne correspondent pas à leurs besoins pédagogiques. Quant à l’apprentissage du code, rien ne permet de dire qu’il faut le généraliser.

Les usages du numérique sont-ils bien intégrés dans l’école primaire française ?

Clairement non. Du moins par rapport au déterminisme technologique qui consiste à considérer que l’existence seule d’une nouvelle technologie va révolutionner les pratiques. Ces discours de prophètes, guidés par l’appétit des lobbys pour de nouveaux marchés, génèrent de fortes attentes qui se confrontent à une réalité qui s’avère très décevante. Toutes les études sur les usages du numérique placent la France en queue de peloton. Ce qui n’est pas si vrai. Elles font surtout apparaître des inégalités d’équipement. Mais même si on est dans une approche assez traditionnelle, l’usage généralisé du numérique pour la préparation et la présentation des cours élargit la panoplie des outils et ouvre des possibilités pédagogiques.

À quelle condition un plan numérique peut-il être une réussite ?

Si on veut inverser la courbe du numérique, il faut créer un écosystème favorable qui suppose d’abord de mobiliser tous les acteurs locaux et de soutenir et valoriser les projets des enseignants qui innovent. Il y a aussi la question de la maintenance. Les outils doivent être entretenus régulièrement. Enfin il faut garantir la sécurité des traces numériques pour éviter qu’ils servent à évaluer les enseignants ou à profiler les élèves. Plus qu’un plan, il faut s’intéresser à tous ces petits éléments qui vont permettre à l’enseignant de s’approprier des outils tout en prenant en compte la réalité de la classe, pour éventuellement faire évoluer ses pratiques. Mais à son rythme et sur la base du volontariat.