Suppression de la note
Notes : Toute une partition à réécrire
18 novembre 2010

Construite sur le classement et la compétition, la note n’est pas le seul paramètre à procéder de la même logique aux conséquences désastreuses pour les élèves en difficulté. C’est toute une gamme de leviers qu’il faut bouger.

Faut-il supprimer les notes à l’école élémentaire ? Le ministre de l’Education nationale n’y est guère favorable. Il l’a dit hier jeudi 18 novembre à Paris, à l’occasion de la Journée internationale de la philosophie organisée à l’Unesco : la note « peut être utile » a-t-il lâché. Pour Luc Chatel, "il ne faut pas voir la note comme l’échec, comme le rejet, comme la sanction. C’est aussi l’évaluation d’un travail, ça peut être pour l’élève un objectif et un projet de progression". Le ministre réagissait ainsi à l’appel lancé par l’Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev) qui organisait fin septembre la 3e Journée du refus de l’échec scolaire. L’association avait lancé à l’issue de cette manifestation la pétition « Pour la suppression des notes à l’école élémentaire », signée par de nombreuses personnalités comme les chercheurs Eric Debarbieux, François Dubet, Agnès Florin, Thomas Sauvadet, Eric Maurin, l’écrivain Daniel Pennac, les pédopsychiatres Marcel Rufo et Nicole Catheline, le généticien Axel Kahn ou le psychiatre Boris Cyrulnik.

Une notation inutilement sélective

Les signataires estiment que le « système de notation et l’obsession auquel il répond, crée, dès l’école élémentaire, une très forte pression scolaire et stigmatise les élèves qu’il enferme, progressivement, dans une spirale. » Pour eux, « les conséquences (…) sur les élèves en difficulté sont désastreuses : fissuration de l’estime de soi, absence de valorisation de leurs compétences, détérioration des relations familiales et à terme, souffrance scolaire. » Au contraire, l’Afev voudrait que l’école devienne « pour tous les enfants, une étape positive de leur construction, de leur épanouissement, du développement de l’estime de soi et de l’élaboration d’un rapport sain aux apprentissages ». D’où son idée de « supprimer une notation inutilement sélective à l’école élémentaire ».

Une compétition qui reproduit les inégalités

En réalité, la note n’a rien d’obligatoire au primaire, et c’est sans doute pour cela que tout en restant opposé à sa suppression, le ministre n’y est pas non plus franchement hostile. A la question, "pour vous, pas question de supprimer les bulletins de notes dans l’immédiat ?", il a juste répondu un "non, on n’en est pas là". Pour le SNUipp, ce débat « met à jour la question essentielle de la réussite des élèves ». Dans un communiqué publié hier soir, le syndicat affirme que « la notation n’est en fait que la face visible d’un système éducatif français construit sur le classement et la compétition et qui reproduit les inégalités sociales ». Ces propos sont corroborés par de nombreuses études, dont celles de la sociologue Marie-Duru-Bellat qui dans « L’inflation scolaire : les désillusions de la méritocratie » démontait les logiques de compétition en œuvre à l’école. C’est pourquoi le SNUipp estime que « la culture de la note ne peut être, seule mise en cause et de nombreux autres leviers doivent être actionnés ».

De nombreux autres leviers à faire bouger

« Repenser les évaluations qui au contraire des tests de CM2 et CE1 doivent permettre de mesurer les réussites et les progrès des élèves, mettre en oeuvre une vraie formation professionnelle initiale et continue des enseignants contrairement aux réformes en cours, en finir avec les redoublements inefficaces, mieux prendre en charge et plus vite les enfants qui décrochent en permettant le travail en petits groupes grâce à plus de maîtres que de classes et par le développement des réseaux d’aides, accompagner les enseignants à mettre en oeuvre les cycles car tous les enfants n’apprennent pas au même rythme... » Au-delà de la note, ce sont les principales pistes à mettre en discussion pour développer pleinement une «  autre logique que celle de la compétition » comme le souhaite l’Afev.

- Jeunes des quartiers populaires en souffrance à l’école

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Le communiqué du SNUipp