Jack Lang a comparé la publication des nouveaux programmes à la " révolution " qu’ont été les instructions officielles de 1923. Luc Ferry de son côté reprend les comparaisons entre les résultats au certificat d’études de 1920 et ceux de 1997 pour nous annoncer que l’école est en panne.
Les années 20 auraient-elles été l’âge d’or de l’école primaire ? Un détour par des documents de l’époque s’imposait. Les archives départementales n’en manquent pas. En 1930, en vue de commémorer les lois scolaires de 1881 et 1882, l’inspecteur d’Académie de l’Orne s’interroge sur les progrès effectués durant cette période : " Nos petits élèves paraissent-ils avoir gagné en valeur intellectuelle et morale ? Les maîtres sont-ils en progrès ? ". On peut lire aux archives de l’Orne les réponses des inspecteurs primaires des trois circonscriptions du département mais aussi certains rapports d’instituteurs et institutrices. L’opinion la plus exprimée se félicite des progrès faits depuis cinquante ans. Un instituteur écrit : " La discipline est moins rigide aujourd’hui, l’enfant aime l’école, il y vient avec plaisir. Le travail scolaire est plus intéressant, les leçons de choses, les images, les expériences, la concrétisation de l’enseignement, en un mot, le rendent plus attrayant. (...)En général le niveau semble plus élevé ".
Formation des maîtres, méthodes pédagogiques, connaissances des élèves, l’école primaire a changé et en bien ? Pas tout à fait aussi simple. Ces rapports laissent apparaître quelques opinions contradictoires. " L’étendue des programmes et la variété de l’enseignement qu’il faut donner aujourd’hui empêchent d’avoir une connaissance aussi approfondie des éléments qui autre fois faisaient l’unique objet de la classe " explique une institutrice.
En orthographe, français, écriture, les résultats des comparaisons faites entre les cahiers de 1900 et ceux de 1930 ne sont pas en faveur de ces derniers. Le niveau commencerait-il à baisser ?
L’inspecteur primaire de Mortagne-au-Perche qui ne sait exprimer une opinion sur ce sujet propose : " Je n’aperçois qu’un moyen sûr de répondre à cette capitale question : la confrontation méthodique et scrupuleuse des compositions d’examens au CEP à différentes époques (?). A défaut, (?) je pense que toutes les opinions émises sur le niveau des études primaires, restent des opinions personnelles sans valeur suffisante pour figurer dans un rapport officiel ".
On aurait apprécié une telle prudence d’un ministre qui s’autorise à comparer des résultats à 77 ans d’écart sans prendre les moindres précautions et pour en tirer des conclusions partielles. D’autant que le certificat d’études primaires ne fait pas l’unanimité à l’époque.
Dans un bulletin syndical de 1923, Edmond Thérou, instituteur et secrétaire départemental du syndicat, écrit à ce propos : " Les examinateurs sont comme des douaniers qui scrutent le contenu des valises aux changements de zone. Il importe que les valises, je veux dire les têtes, soient bien bourrées pour avoir du succès. Un instituteur qui a l’ambition légitime de voir ses candidats réussir au certificat d’études primaires doit se faire bourreur de crâne, quelque désolation qui l’en vienne affliger ". De plus, cet examen (ou ce gavage ?) ne concerne qu’un petit nombre.
L’inspecteur primaire d’Argentan dans son rapport de 1930 estime que " 10% des effectifs, au maximum " le passent. Et il ajoute que pour lui, l’école publique peut encore donner de meilleurs résultats et ceci en allongeant l’âge de la scolarité. Car n’oublions pas qu’à cette époque l’école s’arrête pour la plupart entre douze et quatorze ans.
Si les années 20 ont été un âge d’or, c’est par l’intérêt que les contemporains ont porté à l’école. Sans jamais se satisfaire des résultats acquis, les législateurs comme les professionnels ont cherché à améliorer un système pour le rendre plus juste et plus efficace.