Dossier "Les parents à l’école : Entrer sans frapper"
Nîmes : Et si on prenait un café à l’école  ?
15 décembre 2014

« En revenant du Maroc, mon fils a dit à son père qui conduisait : "vas-y tamponne les autres voitures !" C’était ce qu’il faisait en jouant sur sa console. J’ai compris qu’il avait du mal à faire la différence entre son jeu et la réalité.  » La parole circule facilement parmi la dizaine de mamans présentes au café des parents organisé tous les jeudis à l’école élémentaire Jean Moulin à Nîmes. Aujourd’hui, l’animateur Cyprien Krier, membre d’une association d’éducation populaire, l’IFAC* et rémunéré par la ville de Nîmes, a choisi, en concertation avec les enseignants, d’aborder le thème de la violence. La fréquentation du café qui se tient sur le temps scolaire oscille entre 10 et 20 personnes depuis sa création, l’an dernier. Une réussite qui n’est pas la seule parmi la panoplie d’actions développées pour «  associer les parents d’élèves et les rendre acteurs » selon la formule de Yohann Mouysset.

Entre café et petits gâteaux, on aborde sans préjugé des sujets comme la violence sur les écrans, les châtiments corporels, les risques de la pédophilie...

La pédagogie ne suffit pas

En poste depuis 7 ans, le directeur de l’école, également coordonnateur du réseau, est entouré d’une équipe stable qui a constaté que pour répondre aux difficultés des élèves, la pédagogie ne suffit pas. L’école se trouve en effet au coeur d’un quartier qui cumule les étiquettes peu flatteuses de la déshérence socio-économique : ZUS, ZSP, RAR puis ECLAIR et bientôt REP +. Ces labels ont le mérite de dégager quelques moyens qui vont permettre de mettre sur pied un vaste projet. Sur le temps scolaire, l’effort est porté sur une communication importante et accessible en direction des parents. « Parler pédagogie lors des réunions de rentrée ne suffit pas  », précise Yohann, « à l’accueil du matin, les parents peuvent accompagner leurs enfants dans les classes qui leur ouvrent les portes toute la journée trois fois par an. Le livret scolaire est remis en main propre chaque trimestre. Nous utilisons aussi le dispositif mallette des parents en CP et fin de CM2 ». Hors temps scolaire, une opération « études ouvertes » permet aux parents de participer aux études encadrées avec leurs enfants et vient compléter le dispositif « coup de pouce clé  » mis en place au CP. L’enseignante de l’UP2A assure également 3 heures par semaine d’atelier socio-linguistique pour armer les parents en français mais aussi les familiariser aux codes de l’école. Et la convivialité n’est pas oubliée : plus de 500 personnes partagent le méchoui chaque fin d’année dans la cour de l’école.

Échec à la JRE

Pour Yohann, « la réussite du projet repose sur l’investissement des enseignants qui pour l’instant y retrouvent leur compte car le climat scolaire, la bonne image de l’école, rejaillissent sur la qualité de leurs conditions de travail ». Quant aux résultats, pas toujours facile de les quantifier mais quelques indicateurs sont éclairants : « 60 % de participation aux élections de parents d’élèves et des familles qui tentent de contourner la carte scolaire pour que leurs enfants restent dans cette école ». A l’école Jean Moulin, la JRE a fait un fiasco alors que certaines écoles nîmoises étaient parmi les plus touchées du territoire.

*Institut de formation, d’animation et de conseil

Voir aussi :
- Un reportage Eduscol dans cette école

L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier
- Rapport assemblée nationale : développer la coéducation
- Trois questions à Paul Raoult, président de la FCPE : « « Expliquer pour recueillir l’adhésion des parents » »
- Nîmes : Et si on prenait un café à l’école  ?
- Pays de Gex (01) : Les enseignants font tampon
- Entretien avec Gilles Monceau, professeur en sciences de l’éducation, laboratoire EMA, Université de Cergy-Pontoise : « Jouer sur les ambiguïtés »