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Neurosciences et apprentissages
12 novembre 2013

Pour Marie Gaussel, chargée d’étude et de recherche à l’Institut français de l’Education, les travaux des neurosciences sont un apport, parmi d’autres, à la compréhension de ce qui se passe chez les enfants dans le cadre des apprentissages. Attention néanmoins à ne pas les surévaluer.

Que sont les « neuromythes » et en quoi concernent-ils l’école ?

Les « neuromythes » sont des croyances liées au fonctionnement du cerveau, démenties par la science mais largement répandues et relayées. Le mythe des 10% d’utilisation du cerveau en est un car l’imagerie cérébrale prouve que notre cerveau est actif à 100%. Le mythe du cerveau gauche et du cerveau droit en est un autre comme celui des différences entre les cerveaux de l’homme et de la femme. D’autres croyances concernent plus particulièrement l’école. Le style d’apprentissage par exemple qui voudrait que chacun apprenne par un canal privilégié, auditif, visuel ou kinesthésique, va à l’encontre de ce qu’on sait sur l’interconnectivité du cerveau. Il utilise l’ensemble de ces canaux perceptifs en interaction pour un traitement global de l’information. Enfin, tout ne se joue pas avant trois ans ! Il y a bien des périodes sensibles, des fenêtres d’opportunité où le développement des connexions cérébrales va être plus important mais il n’y a rien qui permet de lier la densité synaptique du premier âge aux capacités d’apprentissage.

Pourquoi ces croyances ?

Les neurosciences utilisent principalement l’imagerie cérébrale, des images en relief et en couleur où s’activent certaines zones. On voit le cerveau en train de penser et on est prêt à croire tout ce qui accompagne ces images. D’autant plus que les médias les utilisent abondamment et relayent de façon sensationnelle les conclusions prudentes des chercheurs. En fait les images sont des constructions informatiques très complexes et sont déjà des interprétations qu’il convient de regarder avec précaution. Mais le cerveau fascine aussi parce qu’il est au centre de grandes questions sur l’intelligence, l’inné ou l’acquis, l’esprit. Il est aussi logique de penser qu’en connaissant mieux le fonctionnement du cerveau, on pourrait favoriser les apprentissages.

C’est le cas ? Que disent les neurosciences sur l’apprentissage ?

On comprend mieux le fonctionnement anatomique du cerveau mais on n’est toujours pas capable d’en tirer des applications pour les apprentissages. Quelques points sont cependant intéressants pour les enseignants. Les neurosciences montrent que le développement du cerveau est le produit d’interactions entre une organisation cérébrale de base – l’inné – et un environnement social et affectif – l’acquis. L’enseignant qui fait partie de l’environnement de l’enfant participe donc à son développement. De plus il est prouvé que la plasticité cérébrale dure toute la vie car le cerveau opère des connexions et génère des neurones à tout âge. Il peut être bon d’apprendre aux élèves que l’intelligence n’est pas fixe et que ce qui leur échappe aujourd’hui pourra être appris d’une autre façon demain. Les neurosciences ont également montré que la mémoire se travaille et se structure au cours de l’apprentissage à condition qu’il y ait du sens et des liens entre les différents items à apprendre. Enfin les recherches nous apprennent que les éléments cognitifs, émotionnels, et physiologiques de l’apprentissage sont indissociables et que donc la prise en compte de l’état d’esprit de l’apprenant est importante.

Le labo des neuroscientifiques peut-il s’exporter dans les salles de classe ?

Non c’est impossible encore d’un point de vue technique et contestable d’un point de vue éthique. Une expérience basée sur des recherches neuroscientifiques a voulu mesurer si une formation des maîtres « aux principes scientifiques de la lecture » pouvait améliorer les compétences en lecture d’élèves de CP. Les résultats ont été peu probants et ont surtout montré l’écart qui sépare les chercheurs en neurosciences de la réalité de la classe et des attentes des enseignants en termes d’efficacité pédagogique. Les neurosciences ne peuvent être pour l’instant qu’un apport parmi d’autres à la compréhension de ce qui se passe chez les élèves au moment de l’apprentissage. On le voit d’ailleurs au niveau des troubles « dys » où elles accompagnent la psychologie pour trancher entre troubles médicaux et difficultés d’apprentissage et proposer des pistes de remédiation pour les élèves.

Lire :
- neurosciences et éducation : la bataille des cerveaux