Dossier "Évaluation des élèves : dépasser la mesure"
Nathalie Mons : « Une réflexion sur la nature des épreuves »
12 janvier 2015

Deux questions à Nathalie Mons, professeur de sociologie à l’Université de Cergy-Pontoise, présidente du Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco)

« Une réflexion sur la nature des épreuves »

Pourquoi remettre à nouveau sur la sellette l’évaluation des élèves ?

Par la mise en place du socle commun de compétences, connaissances et culture au milieu des années 2000, il y a eu changement de paradigme scolaire : passer d’une école centrée sur les moyens et les programmes scolaires à une école qui doit relever le défi de l’acquisition d’un socle commun par l’ensemble des élèves au sortir de la scolarité obligatoire. Cette réflexion actuelle fait que la question de l’évaluation est centrale. La France hésite entre deux modèles d’évaluation et les superpose actuellement : l’un traditionnel fondé sur la prescription de contenus très cadrée par les programmes scolaires et sur des évaluations certificatives harmonisées, pilotées par l’État comme le brevet ou le bac ; l’autre superposant de nouveaux ingrédients au modèle ancien, comme des strates sédimentées, avec le socle et son évaluation. C’est cet assemblage, à ce jour hétéroclite, d’ancien et de nouveau qu’il faut mettre en cohérence. Il est à noter que sur le chemin du socle commun et de l’évaluation, le primaire est le niveau d’enseignement qui a le plus fait avancer ses pratiques pédagogiques.

Quels enseignements pouvez-vous tirer de la comparaison avec les pays de l’OCDE ?

A partir des années 1970, dans de nombreux pays de l’OCDE, les réflexions voient le jour autour d’évolutions de la notation chiffrée traditionnelle soit vers des écoles sans notes au primaire, comme au Danemark ou en Finlande, soit vers de nouvelles échelles de notation par niveaux de compétences, repérés par des lettres par exemple, comme en Angleterre. Ces nouvelles échelles de notation permettent de cerner plus précisément les performances attendues et atteintes et renseignent donc mieux les élèves et leurs parents sur les compétences déjà acquises ou les domaines dans lesquels l’élève doit encore progresser. De nouvelles formes d’épreuves sont aussi proposées aux enseignants, des formations aux évaluations formatives sont développées pour eux. Ces expériences étrangères sont intéressantes car au-delà du débat actuel sur la notation, trop réducteur pour être intéressant et faire avancer notre école, elles nous montrent qu’une réflexion sur l’évaluation doit embarquer également une réflexion sur la nature des épreuves, les liens avec les contenus à enseigner, la communication en direction des familles.

L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier
- Les pratiques analysées
- Deux questions à Nathalie Mons : « Une réflexion sur la nature des épreuves »
- Une équipe à Saint-Seurin (33) : Travail à la carte
- Maternelle à Chateauroux (36) : Apprendre avant d’évaluer
- Entretien avec Bernard Rey : « Pas un discours sur l’élève mais un discours à l’élève »