Dossier "L’EPS se replace au centre"
Michel Baron (FNER) « Pour des écoles rurales de qualité et de proximité »
16 juin 2015

Entretien avec Michel Baron, secrétaire de la Fédération nationale pour l’école rurale (FNER)

« Pour des écoles rurales de qualité et de proximité »

Michel Baron est enseignant retraité. Il a passé une trentaine d’années dans des écoles rurales du Val d’Oise puis du Loir-et-Cher. Il milite depuis 25 ans au sein de la FNER dont il est aujourd’hui le secrétaire.

Comment s’organise l’école rurale aujourd’hui ?

Parlons plutôt des écoles rurales tant les disparités sont grandes. Aujourd’hui, elles scolarisent un quart des élèves de primaire. Ces écoles dépassent rarement 4 classes. Celles où l’on trouve les enfants de la maternelle au CM2 sont devenues assez minoritaires. Les autres sont organisées en RPI souvent dispersés
- avec niveaux répartis sur plusieurs communes - parfois concentrés sur une seule commune. Indépendamment de cela, il existe aujourd’hui des écoles, regroupées ou non, qui fonctionnent en réseaux officiels ou officieux, ce qui permet aux enseignants et aux élèves de travailler ensemble. Nous prônons le développement et la pérennité de tels réseaux, imaginés, élaborés et construits par des acteurs de terrain plutôt que fabriqués sur la base d’un modèle centralisé venu « d’en haut ». L’organisation de la structure scolaire devrait avant tout être choisie et non imposée.

Quels sont les enjeux du maintien d’un service public d’éducation en milieu rural ?

Les enjeux sont multiples : social, humain, économique, territorial, écologique, pédagogique... Chaque enfant devrait pouvoir fréquenter une école publique à proximité de son domicile, ce qui devient rare en milieu rural où les distances, déjà accrues par définition, sont encore allongées par les politiques de regroupement massif. Et puis les transports génèrent des dépenses, de la pollution, de la fatigue... Il faut savoir aussi que beaucoup de communes rurales sont pauvres. Pour autant, elles ont leurs propres ressources. On sait que la participation des familles, aux élections de parents, aux manifestations, aux sorties..., y est importante : l’école est souvent un lieu de vie au sein d’un village, et un maillon essentiel de l’équilibre des territoires. Il faut donc favoriser et encourager les partenariats locaux avec les associations, les parents, les mairies. Enfin, les milieux socio‑professionnels sont souvent plus variés dans un village que dans un quartier, d’où, en général, davantage de mixité sociale dans l’école rurale. Si l’on ajoute les avantages liés aux classes « multi-âge », le maintien de l’école rurale de proximité relève donc de l’évidence.

Que faire pour que l’école rurale fonctionne mieux ?

D’abord arrêter la suppression programmée des petites écoles ! Là où cela fonctionne bien, on ne touche pas, on observe, on s’en inspire ! Là où il n’y a rien, l’État et les collectivités locales doivent instaurer un système de péréquation pour faire vivre partout une école rurale, publique et laïque. Seules des politiques volontaires et cohérentes, assorties de moyens de fonctionnement suffisants et durables, pourront assurer le maintien de ces écoles. Des engagements pluriannuels honnêtes devraient permettre de donner une bonne visibilité en terme de maintien des classes et des écoles, contrairement aux actuelles conventions départementales dotées de ce préalable inacceptable, le regroupement forcé, menant à la fermeture de nombreuses écoles. Les élus ont besoin de garanties avant d’engager des dépenses, importantes à l’échelle d’une petite commune : investir, embaucher du personnel, entretenir et moderniser bâtiments et équipements... Enfin, les classes multi-âge ne doivent plus être un tabou. D’autant qu’on constate que c’est là que les élèves obtiennent les meilleurs résultats. Il faut donc préserver, voire rechercher l’hétérogénéité des âges, des niveaux, des milieux socio‑culturels, qui favorise les interactions entre les enfants.

Cela suppose des enseignants formés ?

C’est essentiel. Il faut rétablir une véritable formation initiale, sur au moins 2 ans, et continue de qualité, avec des modules consacrés à des aspects spécifiques du métier en zone rurale tels que pédagogie du multi-âge, gestion du petit nombre, des distances, connaissance des territoires ruraux et de leurs habitants : environnement local, culturel, historique, géographique, linguistique, économique, social... Cela suppose aussi d’articuler théorie et pratique avec au moins un stage obligatoire en milieu rural et d’y garantir la présence de maîtres-formateurs. Nous pensons enfin qu’il serait souhaitable de développer et de faciliter la co‑formation en encourageant toutes les initiatives, comme par exemple la gestion partagée d’une classe entre un débutant et un enseignant expérimenté.

A consulter :
- Le site de la FNER

L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier
- L’école à l’épreuve des mutations territoriales
- Enquête SNUipp : le visage de l’école rurale
- Convention : Échange postes contre réorganisation
- Yves Alpe : « Il n’y a pas de déficit des élèves ruraux en terme de réussite scolaire »
- Yonne : un RPI en mouvement
- Michel Baron (FNER) « Pour des écoles rurales de qualité et de proximité »