DOSSIER "TRAVAIL ENSEIGNANT : LE TEMPS QU’IL FAUT "
Métier : parler de tant de travail
11 février 2014

Le métier, ce sont les enseignants qui en parlent le mieux. Fenêtres sur Cours s’est déplacé à Alençon (61) pour écouter une parole ancrée dans la réalité des écoles.

Parler métier avec des enseignants de l’Orne ? C’est d’abord déjouer les pièges tendus par la SNCF peu encline à desservir ce département et son chef-lieu Alençon à 200 km de Paris. Mais dès le début de la table ronde réunissant une dizaine de profs d’écoles, on est vite en terrain connu. La parole se libère pour parler de ses conditions de travail, de son attachement aux élèves et au métier mais aussi des nombreux empêchements à l’exercer comme on le voudrait. Le temps qui manque, la sensation de n’en avoir jamais fini reviennent dans tous les propos. Pour Olivier, qui enseigne en cycle 2, « on ne dissocie pas les différentes composantes de notre boulot, ça tourne en permanence et on ne décroche pas. » Caroline, directrice 2 classes en RPI, croule sous les mails : « J’ai 30 messages par jour. Alors comme j’habite à 5 minutes de l’école, j’y retourne dès que j’ai un moment pour faire le tri. Heureusement, pendant les vacances je ferme tout. » Une parenthèse appréciée aussi par Patricia, enseignante référente au cœur de l’application de la loi sur le handicap de 2005 : IEN, parents, AVS, MDPH, établissements spécialisés... Patricia fait le lien, essaie « d’être réactive tout le temps » pour aider à la mise en place des PPS, passe son temps sur la route et au téléphone. L’accumulation de tâches chronophages, imposées par une hiérarchie toujours plus exigeante revient comme un leitmotiv. Anthony, jeune directeur de 31 ans n’imaginait pas le métier ainsi : « Il faut laisser une trace de tout, on passe plus de temps à montrer qu’à faire ». Même ressenti pour Coralie, 27 ans, qui occupe un poste fractionné : « Déjà à l’IUFM, on nous demandait de travailler 6 heures pour préparer une séquence de 45 minutes. CPC et IEN ont un niveau d’exigence qui ne correspond pas à la réalité du métier ». Catherine qui exerce en maternelle résume l’avis général : « Ce manque de confiance qui transparaît quand on exige sans arrêt des preuves de notre travail finit par être vexant. ».

Une concertation difficile

Le travail en équipe et la prise en charge collective de ces difficultés permettent-ils d’alléger un peu la barque ? Dans l’école d’Anthony, « l’équipe très stable et soudée permet de travailler sur des objets communs même si on n’a pas le temps de tout formaliser par écrit. ». Selon Catherine, « la concertation est indispensable, encore faut-il qu’elle se fasse dans l’intérêt de l’enfant ». Jean-Claude qui enseigne en maternelle pointe les limites d’un fonctionnement par affinités : « On ne sait pas bien faire et on ne se permet pas de se dire vraiment les choses, de ce fait beaucoup de réunions ne servent à rien. » Avis partagé par Olivier qui déplore qu’il n’y ait « ni temps consacré, ni formation au travail en équipe ». Pour Noémie, qui travaille en ZEP, « on a besoin de temps c’est sûr, mais aussi de liberté pour l’utiliser quand on en a besoin. »

Changement de temps ?

Même s’ils témoignent d’un malaise indéniable, nos enseignants de l’Orne n’ont pas abandonné tout espoir. Ils voient la réforme des rythmes qui s’appliquera chez eux en 2014 d’un œil plutôt positif. Olivier pense que « vu la lourdeur de la semaine Darcos, il faut essayer autre chose ». Impliqués dans la préparation, Catherine estime que « sur le papier, c’est bien » tout comme Anthony qui relève néanmoins « le gros travail pour les directeurs avec beaucoup de réunions avec les élus, les parents qui se déroulent de 18 à 20 heures. » Mais tous attendent un vrai changement de cap pour se sentir mieux dans leur métier. Catherine parle de « la nécessité de simplifier radicalement tout ce qui est transmission d’informations. » Coralie et Anthony insistent sur la formation. Olivier, lui, prône une diminution du temps d’enseignement. Il estime que « le travail différencié auprès des élèves suppose une préparation beaucoup plus élaborée et diversifiée qu’avant ». Jean-Claude attend un assouplissement des programmes car pour lui, « les collègues vivent dans la crainte que les élèves n’aient pas tout assimilé ». Toujours cette obsession du temps qui pour Catherine doit être « optimisé et assoupli » et pour Noémie « mieux étiqueté et consacré à de vrais objets de travail ».

L’ensemble du dossier :

- Présentation du dossier
- Passer à 21+3
- Préparer la classe du temps après l’école
- Finlande : une bonne dose de confiance
- Métier : parler de tant de travail
- Enquête : La face cachée du métier
- En BREF
- « Un travail ostentatoire et ignoré en même temps »