Dossier " Éducation prioritaire : ambition réussite"
Métier : Des éclairs d’héroïsmes
3 octobre 2013

À Besançon, l’équipe pédagogique de l’école Bourgogne, classée ECLAIR en 2011, a une régle fixe, commune et quotidienne : poser les cadres de vie et les tenir. Pour eux-mêmes, pour les élèves et pour les enseignements, bien sûr !

C’est à Besançon, dans son quartier le plus peuplé, Planoise, classé zone franche urbaine, avec ses deux collèges, ses cinq écoles élémentaires, ses onze maternelles que se trouve l’élémentaire Bourgogne. 340 élèves, 17 classes, une grosse bâtisse classique, fonctionnelle, de deux étages, une école, labellisée ZEP jusqu’en 1999, puis REP, puis RAR en 2006 et finalement ECLAIR en 2011.

A la clé pour ce dernier label, un sentiment d’amertume car « ECLAIR, c’est la fin de l’engagement de l’Etat avec une contractualisation vide de contenu » tempête Christine, l’énergique directrice. Heureusement, ici, le travail « en ZEP », on connaît bien. L’équipe pédagogique, stable depuis des années, a mis en place un cadre de règles communes. Pour tous les déplacements, récré, toilettes, bibliothèque, changer de classe... une seule consigne : « zéro blabla ». Travaillée à la rentrée, rappelée autant que nécessaire, cette règle de calme et de sécurité, inscrite dans le règlement intérieur de l’école, permet d’éviter les dérangements, les incidents, les accidents. Assister à une remontée de récré du cycle III dans cette école, c’est un peu comme entrer dans un sas où l’enfant joueur, bavard et turbulent reprend son uniforme d’élève, déjà prêt pour le travail de classe. Les récrés sont elles-mêmes très encadrées : 5 adultes de cour, 2 adultes de soins et le classeur « Stop la violence » sous le bras de l’un d’entre eux. Tout incident de cour engageant la responsabilité d’un élève est consigné dans le classeur, avec communication immédiate à la famille. La commission « Sentinelle », composée du psychologue, de 2 maîtres et de la directrice, permet de poser les problèmes plus graves de discipline, de prendre le recul nécessaire et de décider à plusieurs. Car dans cette école, toutes les décisions, de quelque nature qu’elles soient, sont prises à une majorité de 80%, permettant de créer l’adhésion de l’équipe par le débat professionnel.

La co-intervention plébiscitée

C’est par la stricte tenue de ces cadres de comportement que les enseignements peuvent alors se dérouler dans les classes car « moins il y a de cadre, plus les élèves vont mal », en référence à une perte des cadres familiaux déjà traumatisants. S’ensuit alors une grande cohérence dans les enseignements, notamment grâce à la co-intervention, plébiscitée, dans les classes avec Coralie et Claudine, animatrices soutien de l’ECLAIR ou par leur participation à une recherche-action avec le centre Alain Savary de Lyon. Tous le disent : « Deux dans la classe et on prend les problèmes différemment, on change notre regard, notre attention, notre point de vue. » L’équipe de circonscription, très présente, travaille au plus près du terrain. Selon l’équipe, deux critères distinguent leur enseignement en Education Prioritaire : leur rapport aux parents et la nécessité de co-éduquer dans le respect et la confiance et leur volonté farouche de réduire les écarts avec les élèves hors-EP. Même si la motivation des élèves passe parfois au second plan tant leur difficultés de vie sont importantes, même si le social prédomine sur le pédagogique, même si les maîtres passent « un temps de folie » à l’école, même si tous les ans ils relèvent un défi, « on est de cette école, ici ils ont besoin de nous, et pourtant on n’est pas des héros... mais quand même ! »

Sommaire du dossier :

- Présentation du dossier " Éducation prioritaire : ambition réussite"
- Pour une relance ambitieuse de l’EP
- L’EP en chiffres
- « L’heure est à la décision politique »
- Métier : Des éclairs d’héroïsmes
- en BREF
- Cartographie : Quel dessein pour la géographie prioritaire ?
- « Généraliser la dotation inégalitaire »