Mehdi met du rouge à lèvres (P) David Dumortier, ill. Martine Mellinette - Cheyne (Poèmes pour grandir) 2006 (12,50€) Dès 8 ans et pour tous
4 mars 2008

- Mehdi, Mehdi, pourquoi mets-tu du rouge à lèvres ?
- Pour que mes bises restent plus longtemps sur toi.

« Un petit garçon s’habille en fille. Quand on le surprend, il rougit, en attendant que l’enfance passe sur ses joues.

Il s’appelle Mehdi. »

« Mehdi va à l’école avec du rouge à lèvres...

« En plus, il a des manières de fille. Elles sortent toutes seules. Elles lui échappent des mains. Il est trop tard quand il essaie de les rattraper. »...

« Mehdi aime les roses roses, les flamants roses, les cochons roses, les roses des sables, les rosaces à la rigueur, les Rosalie parce qu’on n’en rencontre pas souvent et les feutres rose fluo. »...

Mais il aime aussi les marrons glacés ! Il raffole des coquelicots « qui fleurissent avec du sang » juste au bout des lèvres. Il apporte sa poupée Barbie à l’école. Il aime le tourbillon de la cour qui l’habille des guenilles du vent. Il donne du millet à son cerf-volant pour qu’il devienne un oiseau sur le bleu du ciel. Il aime la voix d’Oum Kalsoum, la grande chanteuse égyptienne, morte il y a longtemps « qui fait pleurer les Arabes à cause de l’amour »...

On imagine les remarques désobligeantes, les questions saugrenues, les représentations qu’on lui renvoie... Mais Mehdi ne se laisse ni faire ni défaire et n’a pas sa langue dans sa poche. Le jour où Léo l’a taxé de pédé, comme les garçons qui se font du bouche à bouche,

« toute la classe a fait houuuuu à Mehdi. Pour se défendre, Medhi a crié :
- C’est qui qui veut faire pompier quand
Il sera grand ?
Il a compté sept doigts levés, puis il a dit :
Vous aussi vous ferez du bouche à bouche dans un accident ! »

Parfois il se sent un peu solitaire, lui qui préfère regarder les femmes plutôt que les footballeurs, et joue avec les filles à « s’ennuyer pour de faux » pour pouvoir « rêver tranquillement tout seul »... Mais il y a Anthony qui adore les compliments de Mehdi, et Rosalie qui le matin se précipite sur lui pour avoir tout son rouge à lèvres sur ses joues.

Mehdi ne plie pas, il aime la vie, déborde de tendresse pour les autres et les choses. S’il changeait, quelque chose manquerait au monde.

"C’est pas pareil depuis que Mehdi est là.
Et quand, il n’est pas là, c’est pas pareil
non plus.
Pourvu qu’il reste pareil,
pour que ce soit toujours pas pareil."

Dans ce très beau poème, David Dumortier va bien au delà du thème de l’homosexualité. Il rend sensibles, avec tendresse, pudeur, justesse de ton, ces heureux moments de l’enfance où les identités sexuelles ne sont pas encore figées, où se mêlent encore masculin et féminin, où l’ambivalence est une richesse. C’est un éloge de la diversité, contre tous les formatages, les préjugés, les exclusions.

Quelques autres titres de Daniel Dumortier :

* Ces gens qui sont des arbres (Cheyne) - Sélection liste Cycle 3 - MEN)
* La Clarisse (Cheyne)
* Une fille de ferme (Cheyne)
* Croquis de métro (Le temps des cerises)