Dossier "Évaluation des élèves : dépasser la mesure"
Maternelle à Chateauroux (36) : Apprendre avant d’évaluer
12 janvier 2015

Dans le groupe Ageem de l’Indre, on pratique en maternelle une évaluation positive qui pointe les acquis plutôt que les manques. On réfléchit également à la conscientisation des apprentissages qui apparaît comme un préalable à l’évaluation.

« Dépasser le faire pour arriver à j’ai appris ou je sais faire. A partir de là, on peut évaluer. » C’est le crédo d’Angélique Bosc, directrice de l’école maternelle Les quatre vents-Martin Luther King à Châteauroux (36), mais aussi celui du groupe de l’Ageem de l’Indre qu’elle anime.

Le classeur des savoirs devient un outil de la classe qu’on peut consulter et emporter à la maison.

« Comment rendre les élèves conscients de leurs apprentissages ? » est la question qui finalement prime sur celle de l’évaluation. Suite à une animation pédagogique de Christine Bauducco sur « le classeur des savoirs * » le groupe de collègues s’est approprié la démarche et s’est lancé dans un travail d’expérimentation. Il s’agit de relier les activités pratiquées à un apprentissage et, dans sa classe de petits-moyens, Angélique fait verbaliser le «  on a appris » qui correspond à une photo des enfants en action. Les fiches ainsi réalisées collectivement rejoignent le classeur des savoirs, consultable dans la classe et dans les familles. Pour les maîtresses, cela change le regard sur sa pratique car il faut traquer l’implicite et l’invisible et « privilégier le ‘on va apprendre’ plutôt que le ‘on va faire’  ».

Une évaluation positive

Les élèves se piquent au jeu et les plus grands cherchent systématiquement ce qu’ils apprennent à travers chaque activité. Tout n’est pas réglé pour autant car «  ‘on a appris à tracer des ronds’ par exemple ne veut pas dire que tous savent le faire » précise Angélique. C’est pourquoi à partir de janvier elle associe à certains de ses travaux des brevets mis au point par l’enseignante blogueuse Christine Lemoine** pour témoigner à la fois de l’activité pratiquée et d’un niveau de compétence acquis individuellement. Quant au traditionnel livret d’évaluation exigé par l’institution et demandé par les familles, il existe aussi. Mais dans l’école, il est résolument positif puisque seules les réussites y sont pointées en vert.

Ageem : association générale des enseignants des écoles et classes maternelles publiques / *aux éditions Retz / ** maternailes.net

Exemples : Cahier de réussites et de progrès

Partager l’évaluation avec les élèves, garder une mémoire des apprentissages, construire une liaison école-famille-élève avec un regard positif sur l’enfant, fournir un outil d’évaluation formative aux enseignants. Ce sont les objectifs des cahiers de réussites et de progrès en maternelle. Le groupe départemental « maternelle » de Vendée (85) en propose deux exemples, détaillés par leurs concepteurs, sur le site de l’académie. Le premier en version papier est proposé au téléchargement. Le second est numérique et montre comment les outils multimédias peuvent rendre compte des progrès des élèves. www.pedagogie.ac-nantes.fr

Ressources institutionnelles : Le contexte de l’évaluation

Parmi les nombreuses ressources en lignes proposées par le site de la Conférence nationale sur l’évaluation, on trouvera la vidéo d’une intervention de Jean-Marc Monteil, professeur au Cnam. Celui-ci montre à travers deux narrations scientifiques combien l’évaluation est liée à un contexte et que la performance mesurée ne rend pas compte des capacités des individus. Il détaille notamment comment une même tâche de reproduction de figure peut être plus ou moins réussie selon qu’elle est présentée comme un travail de dessin ou un travail de géométrie. www.conference-evaluation-des-eleves. education.gouv.fr

Évaluation formative : Assessment for learning

L’évaluation pour les apprentissages (assessment for learning) a été théorisée par deux chercheurs britanniques Paul Black et Dylan William au début des années 2000. Le site académique de Montpellier en rappelle les caractéristiques fondées sur quatre pratiques corrélées : la mise en œuvre de questions orales efficaces ; un usage formatif de l’évaluation sommative, en identifiant systématiquement dans les productions des élèves trois succès et une voie d’amélioration ; le développement des interactions et des échanges ; l’utilisation de l’auto-évaluation et de l’évaluation par les pairs. http://cardie.ac-montpellier.fr/

L’ensemble du dossier :
- Présentation du dossier
- Les pratiques analysées
- Deux questions à Nathalie Mons : « Une réflexion sur la nature des épreuves »
- Une équipe à Saint-Seurin (33) : Travail à la carte
- Maternelle à Chateauroux (36) : Apprendre avant d’évaluer
- Entretien avec Bernard Rey : « Pas un discours sur l’élève mais un discours à l’élève »