Contribution programmes
Maternelle : Mireille Brigaudiot
22 septembre 2013
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Pour Mireille Brigaudiot, linguiste, la rédaction de nouveaux programmes pourrait permettre de refonder l’école maternelle autour de trois priorités.

De nouveaux Programmes pour la maternelle, dans le cadre d’une refondation de l’Ecole, une aubaine ! Je m’autorise trois vœux...


- Plutôt que de reprendre les Programmes 2008 avec des amendements qui aboutiraient à des incohérences, je souhaite un nouveau texte dont l’introduction pose une éthique du métier : les enfants qui sont en décalage provisoire ou durable par rapport à ce qu’on attend ordinairement à un palier du cycle, sont « prioritaires ». Les maîtres interagissent plus souvent avec eux et font tout pour se caler au mieux dans leurs zones proximales d’apprentissage. Dans cette optique, les programmes se présentent sous forme de domaines avec, pour chacun, quelques objectifs de fin de cycle. Ceux-ci sont non-découpables en sous-objectifs ou performances ponctuelles ; ils sont les buts de fin de GS auxquels tous les maîtres tendent, en s’adaptant à l’âge et au développement des enfants.


- Les écoles maternelles sont des écoles où ces objectifs scolaires restent l’horizon mais elles sont aussi « maternelles », ce qui veut dire qu’elles sont des lieux de vie sereins, où les parents ont une grande place, où il n’y a pas de course aux performances et où les évaluations sont utilisées par les maîtres pour affiner leurs actions. Ceux-ci sont vigilants pour, dans certains cas, demander de l’aide au réseau ou aux partenaires du médico-social, notamment dans le courant de la MS.


- Pour le langage, il y a trois grands domaines. Le premier est le langage oral : les objectifs sont de prendre la parole dans une conversation pour aller jusqu’à poser des questions ou argumenter son point de vue et de tenir un discours tout seul devant un groupe. Le deuxième domaine est la mise en œuvre des activités symboliques sous quatre aspects décisifs : les jeux (des jeux dits symboliques aux jeux sociaux), les images et le dessin (en réception et en production), la compréhension des mondes de la fiction (jusqu’à se poser des questions sur les histoires de la littérature enfantine), la compréhension de la symbolique de l’écrit (de sa nature langagière jusqu’à la découverte du principe alphabétique). Le troisième domaine est le langage écrit des textes, en réception et en production. Ces trois domaines correspondent à des constructions longues, dans des fréquentations et des questionnements, et pas du tout dans des entraînements précoces. La condition de la réussite du projet est la formation : elle doit donner des éléments théoriques (repères développementaux et exploration du système complexe de l’écrit) et permettre aux maîtres de s’entraîner à interpréter les réponses et comportements d’enfants pour savoir réagir.

Mireille Brigaudiot, Sciences du langage, septembre 2013